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Comment des environnementalistes américains ont freiné l'expansion des sables bitumineux

Manifestation contre le projet de pipeline Keystone XL, de Transcanada, à Lincoln en août 2017.

Manifestation contre le projet de pipeline Keystone XL, de Transcanada, à Lincoln en août 2017.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Radio-Canada

Des militants écologistes américains ont élaboré une stratégie visant à freiner l’expansion des sables bitumineux de l’Alberta, en concentrant leurs efforts sur Keystone XL et d'autres projets. Ils estiment que leurs démarches ont porté leurs fruits.

En 2008, lors d’une rencontre près de Minneapolis, aux États-Unis, des défenseurs de l’environnement ont déterminé que les pipelines étaient une cible simple et efficace pour parvenir à leurs fins.

Ils ont choisi de consacrer des fonds et des efforts pour manifester et attaquer devant les tribunaux le projet d'oléoduc Keystone XL, de l’entreprise TC Energy, qui voulait transporter jusqu'à 830 000 barils de pétrole brut par jour de Hardisty, en Alberta, jusqu’au Nebraska. Ces militants crient maintenant victoire.

Une décennie plus tard, le pétrole brut albertain est enclavé. Les prévisions de croissance ont été réduites de moitié, des entreprises énergétiques canadiennes emblématiques changent de nom ou déménagent leurs sièges sociaux, et certains groupes de l'Ouest canadien parlent de séparatisme.

Keystone a marqué un tournant.

Kenny Bruno, militant écologiste

Le New-Yorkais Kenny Bruno a travaillé pour un certain nombre d'organisations non gouvernementales (ONG) du climat, notamment Oil Change, Greenpeace et Corporate Ethics. Il a fait partie de ceux qui ont voulu concentrer les efforts des groupes sur un seul pipeline, estimant que cela pourrait causer des dommages plus importants à l'industrie.

Selon lui, les militants avaient aussi envisagé de manifester près de raffineries ou de faire du lobbyisme auprès des compagnies s'approvisionnant en Alberta, mais ils ont jugé que le fait de modifier le comportement d’une entreprise de manière isolée aurait un effet trop limité.

Une carte illustrant le tracé du nouveau pipeline Keystone XL proposé qui relierait l'Alberta au golfe du Mexique et le tracé du pipeline existant.

En vert, le tracé du nouveau pipeline Keystone XL proposé qui relierait l'Alberta au golfe du Mexique, et en gris, le tracé du pipeline existant.

Photo : Radio-Canada

« Nous avons d’abord jugé que Keystone XL était un projet essentiel à l’expansion des sables bitumineux. Et comme il n’y avait que quelques projets aussi importants, nous avons considéré que, si nous en arrêtions un, ce serait une grande réussite », dit M. Bruno.

Anthony Swift, directeur du Projet Canada pour l'organisation de défense de l'environnement Natural Resources Defence Counci (NRDC), établi à Washington, estime que les efforts concertés ont permis de freiner la croissance des sables bitumineux, qui s'est poursuivie, mais à un rythme ralenti.

Nous avons vraiment ralenti l'expansion des sables bitumineux.

Anthony Swift, directeur du Projet Canada pour l'organisation de défense de l'environnement Natural Resources Defence Council

Onze ans plus tard, le projet Keystone XL a subi plusieurs revers et n’est toujours pas terminé. Plusieurs autres projets d’oléoducs ont aussi été bloqués aux États-Unis et au Canada, tandis que d’autres ont été annulés ou tout simplement abandonnés.

Faire traîner et retarder

Bill McKibben, un des organisateurs de la première grande manifestation à Washington contre Keystone XL, dit que les environnementalistes ont appris à faire traîner et à retarder les projets liés aux combustibles fossiles pour les rendre plus coûteux.

Bill McKibben lors d'une manifestation à Washington contre le projet de pipeline Keystone XL en 2013.

Bill McKibben lors d'une manifestation à Washington contre le projet de pipeline Keystone XL en 2013.

Photo : Associated Press / Manuel Balce Ceneta

Rien ne se construit plus sans beaucoup de résistance, dit Bill McKibben, fondateur du groupe 350.org, qui travaille maintenant à convaincre les banques de ne pas financer les projets pétroliers.

Parfois, nous gagnons ces combats, parfois, nous les perdons. Mais, même lorsque nous les perdons, en retardant ces projets d'un, deux ou trois ans, c’est parfois le temps dont les ingénieurs ont besoin pour réduire le coût d'un panneau solaire ou une éolienne de 10, 15, 20 %. Les investissements dans le pétrole sont de moins en moins intéressants, explique Bill McKibben.

Des flammes brûlent au sommet de deux cheminées, dans une raffinerie de pétrole.

Les États-Unis sont désormais les premiers producteurs de pétrole au monde, devant l'Arabie saoudite, la Russie et le Canada.

Photo : iStock

Malgré leurs efforts, les militants n’ont pas entièrement atteint leurs objectifs.

Ils soulignent que les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont en hausse, notamment en Chine et que la production pétrolière aux États-Unis a plus que doublé ces dernières années. La production dans les sables bitumineux a aussi pratiquement doublé au cours de la dernière décennie.

La ligne 3 d'Enbridge est sur le point d'être achevée et l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et de Keystone XL est toujours en cours.

Malgré tout, selon Andrew Leach, économiste de l'énergie à l'Université de l'Alberta, ces groupes environnementalistes ont eu un impact majeur sur le secteur pétrolier au Canada.

C'est énorme. Ils ont changé énormément de choses, dit-il.

La suite pour Keystone XL

Le président américain, Donald Trump, a décidé de relancer le projet Keystone XL, mais l’oléoduc fait toujours face à des contestations judiciaires au Montana et au Nebraska.

Les activistes espèrent maintenant retarder le projet assez longtemps pour qu’un nouveau président soit élu et annule le permis en 2021.

La chercheuse indépendante et blogueuse Vivian Krause dit avoir compilé des données montrant l’influence étrangère sur les sables bitumineux.

Elle note, entre autres, que l’organisme Rockefeller Brothers Fund a dépensé 4,5 millions de dollars en subventions depuis 2007 pour une campagne contre les sables bitumineux et que cet argent allait aux ONG opposées à Keystone XL.

Cela n'a pas permis que le pétrole reste dans le sol. C'est loin d’être une stratégie parfaite, dit-elle.

Elle ajoute que le principal effet de la lutte contre les pipelines a été de décourager les investissements énergétiques au Canada pour les transférer aux États-Unis.

L'influence étrangère

Les militants américains affirment qu’ils combattent des projets énergétiques partout où ils le peuvent et qu’ils ne s’attaquent pas plus à l’Alberta qu'à d'autres régions.

Même si certains disent ressentir de la sympathie pour les travailleurs du secteur pétrolier de l'Alberta, ils ne regrettent pas la lutte entreprise.

À leurs yeux, retarder l'oléoduc a préservé les droits de propriété des Nébraskois et imposé des discussions nécessaires sur l'avenir énergétique de la planète.

Bill McKibben rappelle que beaucoup d’écologistes américains ont entendu parler de l’expansion des sables bitumineux par les Autochtones et les militants canadiens.

Il rejette du revers de la main la frustration du secteur pétrolier et dit qu’il est impossible d'atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en développant pleinement les sables bitumineux.

La planète ne peut pas accueillir tout le carbone que l'Alberta aimerait vendre au reste du monde.

Bill McKibben, militant

Avec les informations d'Alexander Panetta de CBC

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Industrie pétrolière