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  • L'exaspération des Libanais telle que présentée à travers la lentille de Radio-Canada

    À Beyrouth, le drapeau libanais flotte devant un immeuble en construction.

    L'État confessionnel libanais est contesté par d'immenses manifestations depuis le 17 octobre 2019.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Depuis octobre 2019, les Libanais sont descendus dans la rue pour exprimer leur exaspération politique et économique. La télévision de Radio-Canada a observé depuis quelques décennies la montée graduelle de cette colère qui bouillonne à l'heure actuelle du pays du Cèdre.

    Les Libanais unis veulent que ça change

    … Moi j’en ai marre qu’on ramène toujours le discours à chrétiens et musulmans.

    Une Libanaise vivant à Montréal interviewée par Madeleine Poulin, 29 mars 1991

    « Tous, ça veut dire tous ». Ce slogan, les Libanais le scandent en boucle lors d'immenses manifestations depuis le 17 octobre 2019.

    Cette phrase résume la volonté qu’ont les Libanais de voir partir toute la classe politique qui à la fois domine et paralyse l’État au Liban.

    Corruption endémique, endettement national, vie trop chère, ascenseur social en panne, les maux qui rongent le Liban sont multiples.

    Ce que les Libanais rejettent aussi, c’est la nature d'un système qui divise les gens selon leurs religions.

    Ce désaveu, plusieurs Libanais l’expriment depuis plusieurs années déjà.

    Le Point, 29 mars 1991

    En 1991, la journaliste Madeleine Poulin se réunissait pendant une fin de semaine avec une douzaine de Québécois d’origine libanaise.

    La journaliste présente un reportage au Point le 29 mars 1991 qui donne une bonne idée des échanges qui ont découlé de cette rencontre.

    On évoque par exemple les terribles conséquences de la guerre civile qui a détruit le Liban entre 1975 et 1989 et qui a fait 130 000 morts et des milliers d’exilés.

    Un autre élément ressort. Les participants au reportage critiquent abondamment la nature confessionnelle de l’État libanais.

    Au Liban, plusieurs l'affirment, toute décision politique ou tout avancement social sont conditionnés par l’appartenance à telle ou telle religion.

    Certains intervenants déplorent ce déterminisme qui ne correspond pas vraiment au caractère profondément multiculturel du peuple libanais.

    Plusieurs voient par ailleurs dans cette spécificité du modèle libanais un obstacle au développement d’un sentiment national et un outil qu’utilisent les puissances étrangères pour dominer le Liban.

    Plusieurs participants pointent du doigt notamment la Syrie et Israël, qui occupent militairement des portions importantes du territoire libanais.

    « Un seul peuple, toutes confessions »

    Le Téléjournal/Le Point, 14 mars 2005

    Cette phrase d’une manifestante libanaise est captée dans un compte rendu de la journaliste Catherine François présenté au Téléjournal/Le Point le 14 mars 2005.

    Cette manifestante est une des centaines de milliers de Libanais toutes religions confondues qui se sont unis en ce début de 2005 pour réclamer le départ des troupes syriennes du Liban.

    Pour comprendre ce qui se passe, il faut revenir un peu en arrière… plus précisément à l’automne 1989.

    Un an et demi avant la rencontre de Madeleine Poulin avec ses invités d’origine libanaise, le Liban s’était permis d’espérer des lendemains qui chantent.

    En octobre 1989, la guerre civile libanaise a été arrêtée par l'accord de paix de Taëf.

    Ces accords incluaient des dispositions pour un rééquilibrage des pouvoirs entre les 18 communautés religieuses qui constituent la mosaïque libanaise.

    D'autres dispositions prévoyaient par ailleurs le départ des troupes syriennes et israéliennes du Liban.

    Or, au début de 2005, une portion importante de l'accord de Taëf n’avait pas été appliquée.

    La Syrie n’avait notamment pas retiré ses troupes du Liban.

    C'est la situation qui prime lorsque le 14 février 2005, le premier ministre libanais Rafic Hariri, farouchement opposé à la présence de l’armée syrienne au Liban, est assassiné lors d’un attentat-suicide.

    Sa liquidation déclenche ce qu’on appelle la révolution du Cèdre.

    Une grande partie de la population libanaise — de toutes les communautés religieuses — descend dans la rue pour réclamer que les troupes syriennes partent.

    Le compte rendu de Catherine François constate que le 14 mars 2005, une marée humaine déferle sur la place des Martyrs à Beyrouth.

    800 000 Libanais — certaines sources parlent d’un million — exigent le départ des soldats syriens. Ceux-ci se retireront au printemps 2005.

    Quant aux rééquilibrages politiques apportés par l'accord de Taëf, ils n'ont réussi qu'à paralyser davantage l'État libanais.

    Pas étonnant dans ce contexte que la marmite sociale continue de bouillir.

    Une paralysie incurable

    Ce système est en train de détruire le Liban à tous les niveaux : économique, politique, démocratique, institutionnelle…

    Sami Gemayel, député du Parti phalangiste libanais, 2017

    Les mêmes familles avec leurs misérables politiques sont au pouvoir depuis des décennies et elles le seront de génération en génération. Pourquoi?

    Ralph, chauffeur de taxi, 2017

    Téléjournal, 27 mars 2017

    Le 27 mars 2017, la correspondante à Beyrouth Marie-Ève Bédard présente au Téléjournal un reportage qui résume très bien le ras-le-bol des Libanais… peuple et certains membres de l’élite confondus.

    On rencontre Ralph dans le reportage de la correspondante. Il est de confession druze, une branche de l’islam, mais ne pratique pas.

    La conjointe de Ralph est enseignante. Mais malgré leurs deux revenus, ils peinent à joindre les deux bouts. Il ne voit pas de débouchés pour ses trois enfants. Ralph est un homme en colère.

    On fait aussi la connaissance de Samy Gemayel. Il appartient à une des dynasties politiques les plus importantes du Liban et siège comme député du Parti phalangiste de confession chrétienne.

    Malgré ses origines privilégiées et ses origines chrétiennes, Samy Gemayel condamne la démocratie confessionnelle qui domine la société libanaise.

    Il constate que cette dernière détruit son pays et appelle de ses vœux que ce système cesse.

    C’est aussi ce que souhaitent, semble-t-il, ces milliers de manifestants présents aux quatre coins du Liban depuis le 17 octobre 2019.

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