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« J'ai eu tort » : Bloomberg s'excuse pour les fouilles arbitraires à New York

Michael Bloomberg

Michael Bloomberg, l'air contrit, a présenté ses excuses dimanche dans un centre culturel chrétien de Brooklyn, devant une foule majoritairement noire.

Photo : Getty Images / Yana Paskova

Radio-Canada

L'ex-maire de New York Michael Bloomberg s'est excusé d’avoir défendu la politique des interpellations et des fouilles arbitraires, baptisée « stop-and-frisk », lorsqu'il a pris ses fonctions de maire pour la première fois en 2002, et d'avoir appuyé longtemps cette tactique au nom de la lutte contre la criminalité.

J'ai eu tort et je suis désolé, a déclaré le milliardaire dimanche, dans une église majoritairement noire de Brooklyn.

Cette volte-face de Michael Bloomberg surprend – lui qui a toujours défendu cette méthode policière très controversée et vertement dénoncée par nombre d'associations –, mais renforce l'idée qu'il s'apprête à se lancer dans la course à la Maison-Blanche.

Le taux d'homicides à New York est passé de 650 à 300 par an lorsque je suis parti, se défendait encore Bloomberg en janvier dernier, ajoutant que bien des services de police font la même chose, mais qu’ils ne le signalent pas ou n'utilisent pas la terminologie.

Arrestations et fouilles arbitraires

Cette politique, qui visait à prévenir le crime, a été mise en place aux États-Unis plus de 30 ans avant l’arrivée de Michael Bloomberg à la mairie. Les gens n'étaient visés que si les policiers avaient des motifs raisonnables de soupçonner qu'ils enfreignaient la loi, selon la police. Or, si les fouilles ont permis de confisquer les armes, la grande majorité des personnes détenues et fouillées ont été relâchées parce qu'elles n'avaient rien fait de mal.

De nombreux hommes racontent avoir trouvé ces rencontres humiliantes et dégradantes. Les statistiques montrent que les minorités sont beaucoup plus susceptibles d'être soumises à une telle recherche.

À New York, les policiers avaient l'habitude d'arrêter et de fouiller une multitude d'hommes, principalement noirs et hispaniques, pour voir s'ils portaient des armes.

Un macaron contre la politique « stop-and-frisk » sur la cravate d'un Noir.

Un manifestant contre la politique des interpellations et des fouilles arbitraires « stop-and-frisk » à New York, le 17 juin 2012.

Photo : Reuters / ERIC THAYER

Avec le temps, j'ai fini par comprendre quelque chose que j'ai longtemps eu du mal à admettre : j'ai eu tort sur un point important, a-t-il avancé dimanche.Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d'innocents ont été arrêtés et une immense majorité d'entre eux étaient noirs ou latinos.

Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d'entre vous, ici aujourd'hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches, a-t-il poursuivi.

Je ne peux pas changer l'histoire. Mais aujourd'hui, je veux que vous sachiez que j'ai réalisé que j'avais tort.

Michael Bloomberg

En 2013, un juge fédéral a conclu qu'en ciblant à tort des hommes noirs et hispaniques, cette pratique policière a violé intentionnellement et systématiquement les droits civils de dizaines de milliers de personnes.

À l’époque, Bloomberg a critiqué la décision, la qualifiant de décision dangereuse prise par un juge qui, à mon avis, ne comprend pas comment fonctionne le maintien de l'ordre et ce qui est conforme à la Constitution des États-Unis. La Ville avait même entamé des procédures d'appel.

Le successeur de Bloomberg, le maire Bill de Blasio, a fait de la fin de cette pratique une pièce maîtresse de sa première campagne électorale en 2013. Dans une publicité lors de la campagne, son fils Dante, qui est noir, a fait valoir que M. de Blasio mettrait fin à l'ère de l'arrêt et de la violence qui cible injustement les gens de couleur.

Accueil froid pour le mea-culpa de Bloomberg

Les excuses de l’ex-maire de New York ont été reçues avec scepticisme par de nombreux militants éminents qui ont fait remarquer qu'elles avaient été présentées alors qu'il s'apprêtait à participer à la course à la présidence des États-Unis.

Il est commode que Bloomberg s'excuse soudainement, mais qu’il n'ait rien fait pour réparer les immenses dommages qu'il a causés à d'innombrables vies, a déclaré DeRay Mckesson, un militant des droits civiques. Ses excuses ne sont pas acceptées.

Sous Bloomberg, le nombre d'arrêts et de fouilles est passé de 100 000 à près de 700 000 par année à New York. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes touchées étaient des personnes de couleur, en grande majorité des hommes noirs, a déclaré sur Twitter Samuel Sinyangwe, un activiste noir et spécialiste des données.

Bloomberg a personnellement l'argent pour commencer à payer des réparations pour ce préjudice. "Pardon" n'est pas suffisant, a-t-il ajouté.

Le révérend Al Sharpton a de son côté applaudi Michael Bloomberg pour être revenu sur sa position, mais il a ajouté qu'il devrait attendre de voir si elle était politiquement motivée.

En tant que personne qui a aidé à diriger d'innombrables manifestations, marches et rassemblements pour [dénoncer les pratiques des forces de l'ordre] dans la communauté noire, je suis heureux de voir que M. Bloomberg admet maintenant que cette politique était erronée, a déclaré M. Sharpton.

Il faudra plus d'un discours pour que les gens pardonnent et oublient une politique qui a eu un effet si négatif sur des communautés entières.

révérend Al Sharpton

Fondateur de l'agence de nouvelles économiques portant son nom, Michael Bloomberg a été maire de New York de 2002 à 2013. Il est l'une des 10 plus grandes fortunes du monde, avec plus de 50 milliards de dollars, selon le magazine Forbes.

L'ex-maire new-yorkais de 77 ans a démontré de l'intérêt ces derniers jours à l'idée de briguer l'investiture démocrate, notamment en s'enregistrant comme candidat dans les États de l'Alabama et de l'Arkansas.

Avec les informations de Associated Press, et Agence France-Presse

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