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La FPJQ remet son Prix de la noirceur au ministère de l'Agriculture

Stéphane Giroux, sur une scène, présente une plaque pour le prix remis au MAPAQ.

Le président sortant de la FPJQ, Stéphane Giroux, a annoncé le gagnant du prix.

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Marier

Radio-Canada

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a remis dimanche son Prix de la noirceur au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), en marge de son congrès annuel qui a lieu ce week-end à Saint-Sauveur. La FPJQ veut ainsi souligner le rôle qu’a joué le MAPAQ dans le congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert en janvier dernier.

Ce prix, qui a été créé en 2009 puis abandonné deux ans plus tard, vise à souligner le manque de transparence d'un organisme public, ou sa réticence à collaborer avec les médias. Il a été décerné cette année au MAPAQ par le Conseil d’administration de la FPJQ, pour souligner l’atteinte grave faite par le Ministère aux droits d’un divulgateur, Louis Robert, qui doit en principe être protégé par la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics, ou loi 87.

Mais selon le président de la FPJQ Stéphane Giroux, la loi 87 n’a jamais atteint les objectifs mis de l’avant par la Commission Charbonneau et nous réitérons qu’il est nécessaire de la revoir entièrement.

Les divulgateurs comme Louis Robert jouent un rôle essentiel en démocratie, avance M. Giroux, puisqu’ils dénoncent des situations préoccupantes qu’ils ont constatées au sein d’un organisme public. Or, sans eux, de nombreux actes répréhensibles qui sont commis derrière les portes closes ne seraient jamais rendus publics, pense la FPJQ.

Sans lanceur d’alerte, il n’y aurait pas eu de Commission Charbonneau, rappelle la FPJQ. Les scandales dans les ministères doivent être dénoncés et ces divulgateurs doivent être protégés, estime la fédération des journalistes.

Une loi à repenser

Selon l’article 6 de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics, il faut que la personne qui veut divulguer au public des actes préoccupants soit en mesure de prouver qu’il y a un risque grave pour la santé ou la sécurité d’une personne ou pour l’environnement. C’est donc au lanceur d’alerte qu’incombe le fardeau de la preuve, plutôt qu’à l’organisme public qui est mis en cause.

La FPJQ trouve aussi le cadre de la loi 87 trop restrictif, car un scandale de corruption n’implique pas a priori de risque pour la santé de la population ou l’environnement.

La FPJQ demande à Québec de mettre à jour sa loi et d’en revoir les articles pour que ceux-ci protègent davantage les lanceurs d’alerte qui pourraient dès lors remplir leur rôle de rempart contre les abus et les malversations au sein des organismes publics.

Une autre disposition de la loi 87 inquiète la FPJQ : le divulgateur doit bien souvent s’adresser à un fonctionnaire nommé par la plus haute autorité administrative du ministère ou de l’organisme public. Dans ce cas, les gens qui traitent les dossiers sont, de facto, juges et parties et la dénonciation devient quasi impossible, croit la FPJQ.

Si les sonneurs d’alerte continuent d’être punis comme l’a été M. Robert, ils parleront de moins en moins aux journalistes et c’est le public qui en fera les frais.

Stéphane Giroux, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec

La saga Louis Robert

Louis Robert, un agronome qui travaillait pour le MAPAQ, a été congédié par le gouvernement du Québec en janvier dernier après avoir fourni à Radio-Canada des informations démontrant l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides. Parmi ces informations transmises à Radio-Canada, il y avait des documents internes, où des fonctionnaires du Ministère s’inquiétaient du fonctionnement du Centre de recherche sur les grains (CEROM).

L'agronome Louis Robert

L'agronome Louis Robert, le lanceur d'alerte qui avait été congédié par le MAPAQ, témoigne en commission parlementaire.

Photo : Radio-Canada

Les documents soulignaient notamment l'ingérence dans la recherche de membres du conseil d'administration pro-pesticides et une crise dans la gestion de l’organisme financé à 68 % par le gouvernement, qui n'a qu’un rôle d’observateur au sein du CA.

Saisie de l’affaire, la protectrice du citoyen avait mené une enquête et conclu que le ministère de l’Agriculture n’avait pas protégé l’identité de son fonctionnaire.

M. Robert a finalement été réintégré dans ses fonctions au MAPAQ en août dernier. Il a reçu des excuses et signé une entente à l’amiable avec le gouvernement. Cette dernière prévoit notamment des compensations financières pour le stress occasionné ainsi qu’un versement des six mois de salaire perdus durant son congédiement.

Dans le cadre des négociations, le Conseil du Trésor avait même offert à Louis Robert de prendre sa pleine retraite, alors qu’il lui reste trois ans d’exercice. Mais le fonctionnaire a refusé, préférant réintégrer son poste.

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