•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des entrepreneurs disent avoir été floués par un homme d’affaires de Moncton

Daniel Bard a travaillé au sein de 3+ pendant une année et demie, jusqu'en janvier 2018.

Photo : Daniel St Louis/3+/Facebook

Sophie Désautels
Patrick Lacelle

Des Acadiens allèguent avoir perdu des dizaines de milliers de dollars aux mains d'un homme d'affaires de Moncton, Daniel Bard. Un couple lui a confié ses économies pour faire grandir son entreprise. Un père de famille a perdu l'argent de son fils tragiquement mort dans un accident de travail. Aujourd'hui, ces entrepreneurs se demandent comment cet homme, un ancien directeur de la Corporation de développement économique 3 +, a pu les berner de la sorte.

Aucune accusation n'a été portée au criminel contre M. Bard. Cependant, les poursuites civiles s’accumulent. Un juge de la Cour du Banc de la Reine a de plus condamné Daniel Bard à rembourser plus de 100 000 $ à des dirigeants d’une compagnie acadienne. Au moins une plainte a été enregistrée à la GRC par des entrepreneurs qui affirment avoir été floués par l'homme d'affaires. Voici leur histoire.

Le portrait d'une femme dans un salon de coiffure.

Saly Davis affirme avoir perdu plusieurs milliers de dollars aux mains de Daniel Bard et de son entreprise VM Venture.

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Saly Davis et son époux sont propriétaires d'un salon de beauté à Dieppe. En 2017, ils veulent investir dans une autre entreprise. Ils s'adressent à la Corporation de développement économique du Grand Moncton, 3+ pour obtenir des conseils.

C’est alors que le couple rencontre Daniel Bard pour la première fois. Il est le directeur de l’attraction des investissements de la Corporation.

Il avait l’air de quelqu’un de très important qui était juste là pour… En ses mots, il disait qu’il était là pour un passe-temps et qu’il était bénévole et pas un employé, puis qu’il était là pour redonner à la communauté, parce que ses entreprises faisaient tellement bien, se souvient Mme Davis.

Le couple discute avec l’homme. Il leur aurait dit qu'ils devaient voir plus grand. Il les fait rêver : ouvrir une école d'esthétique et de coiffure, en plus des franchises de salons de beauté. M. Bard propose d’acheter un terrain à Moncton où plusieurs entreprises pourraient s’établir pour qu’elles puissent s’entraider.

Une prise d'écran du site web d'une entreprise sur laquelle on peut lire VM Venture.

Le site web de VM Venture Management est toujours en ligne et Daniel Bard y est toujours nommé comme président-directeur général de l'entreprise.

Photo : Radio-Canada

Par le biais de son entreprise privée VM Venture Management, Daniel Bard leur fait signer une lettre d'intention, dont Radio-Canada a obtenu copie, en plus de leur promettre de trouver des centaines de milliers de dollars en prêts et investissements. Il demande au couple de verser un montant de 25 000 $ en devises américaines pour couvrir des frais administratifs.

J’ai montré ce document à quelques-uns de mes collègues et amis qui étaient des avocats. Ils m’ont dit que c’est bizarre, mais que c’est quelque chose de commun dans le domaine des affaires. Déjà à ce point-ci, moi et mon mari, nous avons fait plein de recherches sur Daniel Bard, Nous n’avons rien trouvé à l’exception des Sentinelles Petitcodiac. C’était la seule chose, a expliqué Mme Davis à Radio-Canada.

Image d'un contrat avec le logo de VM Venture.

La lettre d'intention de VM Venture signée par Saly Davis.

Photo : Radio-Canada / Paul Lanteigne

M. Bard a effectivement été directeur général des Sentinelles Petitcodiac en 2015, un organisme qui lutte pour la restauration de la rivière du même nom.

L’organisme des Sentinelles Petitcodiac n’est nommé dans aucune des poursuites visant M. Bard ou VM Venture Management.

Mme Davis allègue qu’un employé de 3+ l’a rassurée concernant M. Bard, affirmant qu’il donnerait la chemise qu’il porte à n’importe qui.

Pour un moment, ça nous a mis à l’aise, a confié la femme d’affaires.

Le couple décide donc de lui faire confiance. Les mois passent. Toujours rien. Aucune nouvelle. Désespérés, les Davis mettent de la pression. Ils doivent déménager leur entreprise bientôt et ils ont déjà investi beaucoup d’argent.

Ça fait des mois qu’on achète de l’équipement pour la construction de quelque chose qui n’existe pas encore. Il n’y a même pas de fondation, a indiqué Mme Davis

Ça, c’est de l’argent qui est en train de pourrir dans des boîtes chez moi.

Saly Davis

Après deux ans de promesses vides, les Davis se rendent à l’évidence : il se sont fait avoir. Endettés, sans local, ils exigent que Daniel Bard les rembourse.

Témoignage de Saly Davis

À l’automne 2019, ils rencontrent Daniel Bard une dernière fois. Il leur remet un chèque afin de rembourser l’investissement du couple. Ce bout de papier s'est révélé être un chèque d'un compte de banque fermé. Les entrepreneurs restent bredouilles.

Je suis certaine qu’il y en a d’autres comme moi. Je suis certaine qu’il y a d’autres petites entreprises ou des individus qui ont beaucoup donné, croit Mme Davis.

Un chèque émis au montant de vingt-cinq mille dollars.

Le chèque que Saly Davis et son conjoint ont reçu de VM Venture signé par Daniel Bard.

Photo : Radio-Canada / Paul Lanteigne

La Corporation 3+ n’était pas au courant

Frédéric Gionet était vice-président à l’intelligence d’affaires et des opérations à 3+ au moment où Daniel Bard travaillait à la Corporation. Il l’a côtoyé de juillet 2016 à janvier 2018.

Le portrait d'un homme d'affaires portant un veston et une cravate parlant à la caméra.

Frederic Gionet de la Corporation de développement du Grand Moncton, 3+

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, il soutient n’avoir aucun détail concernant les activités qui sont reprochées à M. Bard.

Ce sont des choses qu’on n’aime pas entendre, mais on n’a pas les détails. On n’a aucune idée de ce qui s’est passé, de ce qui était le mécanisme ou de ce que sont les preuves. Donc on ne se mêle pas vraiment de ça à moins que ça monte plus loin. Pour répondre, on est un peu pris à l’aveuglette, a avancé M. Gionet.

Un examen indépendant lancé

À la suite de la publication d'une enquête de Radio-Canada concernant un ancien employé de la Corporation 3+, Daniel Bard, la société de développement économique du Grand Moncton annonce lancer un processus de révision indépendante

Par communiqué de presse lundi après-midi, la Corporation 3+ a annoncé avoir été «informée d’allégations concernant un ancien employé». Cet employé n'est plus employé de la société depuis deux ans.

La Corporation 3+ affirme prendre la situation au sérieux et qu'un «examen interne a révélé que les activités commerciales privées de cette personne ne concernaient pas» la société.

Toutefois, la présidente-directrice générale de 3+, Susy Campos, a recommandé au conseil d'administration de lancer un examen indépendant de la situation. Ce processus doit commencer bientôt.

De présumées victimes du stratagème de Daniel Bard, il en existerait plusieurs selon l'avocat de Moncton Christian Michaud. Elles sont ici au Nouveau-Brunswick, mais également ailleurs, en France par exemple. Elles ont perdu beaucoup d’argent, d’après l’avocat qui les représente.

De mon côté, j’ai au-dessus de deux millions de dollars en pertes réelles qui ont été engendrées par des sommes qu’il a reçues parce que j’ai les documents à l’appui.

Christian Michaud, avocat

L’autre chose qui me permet de dire qu’il fait de la fraude, c’est qu’il a tiré des chèques pour des comptes pour lesquels il savait pertinemment qu’il n'y avait aucun sou et pour lesquels les comptes étaient fermés. Donc ça, ce n’est pas une personne qui opère de manière innocente. C’est une personne qui sait exactement ce qu’elle fait, a ajouté l'avocat.

Un homme barbu assis dans un bureau parle à une caméra.

Christian Michaud, avocat

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Condamné à rembourser des entrepreneurs floués

En fait, Daniel Bard dont l'entreprise se nomme VM Venture Management Corp, a, à son actif, au moins quatre poursuites civiles qui remontent aussi loin qu’à 2009.

En mars 2019, il a d’ailleurs été condamné par la cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick à rembourser 130 000 $ à la compagnie HIL group.

Hervé Auclair et Luc Bernard ont fondé cette entreprise de recherche et de développement en 2014 pour faire la mise en marché de produits d'une technologie existante en Europe. Leur but était d'implanter cette technologie en Amérique pour transformer les déchets organiques en granulés combustibles.

Un homme pose devant un portrait de son fils décédé.

Luc Bernard a perdu son fils en 2012.

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Ils connaissaient Daniel Bard depuis longtemps, bien avant son engagement auprès des Sentinelles Petitcodiac.

Je le considérais comme un ami dans le temps. Aujourd’hui, c’est un autre mot qu’on va utiliser.

Luc Bernard

HIL Group a versé des fonds à Daniel Bard et À son entreprise VM Venture pour investir dans cette technologie verte en Espagne. Les dirigeants de HIL Group comptent sur les connaissances du secteur environnemental de M. Bard pour mener leur projet à bon port.

Il était encore impliqué avec eux. Il avait des contacts avec des gens qui étaient dans l’environnement, qui étaient les Sentinelles. Il nous apportait beaucoup de choses sur la table pour nous quand on parlait environnement, a affirmé M. Auclair.

Hervé Auclair et Luc Bernard n’ont jamais revu la couleur de leur argent. Après deux ans, ils ont mis l’affaire entre les mains de leur avocat. Même s’ils ont obtenu gain de cause, les chances d’être remboursé sont très minces.

Un homme d'affaires prend des notes dans son bureau.

Hervé Auclair de HIL Group

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Cette perte est particulièrement douloureuse pour M. Bernard. Son fils est mort tragiquement dans un accident de travail en juin 2012. Il aurait 26 ans aujourd’hui. M. Bernard a investi l’argent de l’assurance- vie dans cette affaire et a tout perdu.

Personnellement, pour moi, ce n’était pas une bonne affaire parce que l’argent qu’on a investi, c’était l’argent de notre garçon. Donc, c’est vraiment personnel. Ce n’est pas l’affaire de l’argent, c’est que c’était à lui ça. Il le savait. C’est quelqu’un qui n’a pas de morale qui fait des choses de même, a confié M. Bernard.

D’autres entreprises ont entamé des poursuites contre VM Venture et M. Bard à la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick. C’est le cas de Lamtrac, une entreprise de Tracadie, qui lui réclame plus de 200 000 $.

Un groupe de personne mangent à une table et regardent tous dans la même direction.

L'équipe de 3+ en décembre 2017 posait lors d'un souper. On peut y voir Daniel Bard à gauche en surbrillance.

Photo : Facebook/3+

Pourtant la compagnie de Daniel Bard existe toujours et est inscrite au Registre des affaires corporatives du Nouveau-Brunswick. Le site web de son entreprise était toujours en ligne au moment de la publication et il avait un bureau dans un édifice de la rue Main à Moncton.

La GRC a confirmé à Radio-Canada mener une enquête pour abus de confiance concernant M. Bard, après avoir reçu une plainte de Saly Davis. L’enquête est en cours, mais aucune accusation criminelle n’a encore été déposée contre Daniel Bard ou son entreprise VM Venture.

Radio-Canada a tenté de joindre Daniel Bard, mais sans succès. Saly David et Christian Michaud soutiennent lui avoir parlé récemment et croient qu’il serait à l’extérieur du pays.

Avec des informations du journaliste Serge Bouchard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Justice