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Stadia ou l’impulsion tant attendue pour le jeu vidéo en nuage

Des mains tiennent une manette de jeu vidéo.

Google vendra ses propres manettes pour son service de jeu en nuage Stadia.

Photo : AFP/Getty Images / INA FASSBENDER

Agence France-Presse

Google n'est pas le premier grand groupe à se lancer dans le jeu en nuage (cloud gaming en anglais), mais il est certainement le plus attendu, car son succès – ou son échec – déterminera l'avenir proche de ce marché balbutiant : celui des jeux vidéo libérés des contraintes matérielles.

Stadia, la plateforme de jeux vidéo en nuage (à distance), prendra du service le mardi 19 novembre dans 14 pays en Amérique du Nord et en Europe, avec un catalogue d'une trentaine de jeux.

Sa promesse? Pouvoir jouer sur n'importe quel écran – ordinateur, téléviseur connecté à Internet ou téléphone intelligent (seulement le Pixel de Google pour l'instant) – sans avoir besoin d'une console ou d'un processeur avec carte graphique dernier cri.

Dans le jeu en nuage, la puissance informatique, qui assure la qualité de l'image et la fluidité de l'action, est délocalisée sur des serveurs. Les joueurs et joueuses n'ont besoin que d'un écran compatible et d'une manette Stadia.

Un marché encore très jeune

D'autres offres similaires existent déjà, comme la PlayStation Now, de Sony, qui peut compter sur près de 700 000 abonnés et abonnées depuis cinq ans. Mais la société japonaise ne propose qu'une partie de son catalogue sur cette plateforme.

Pour Stadia, la barre du succès se situe à 10 millions de personnes abonnées en un an, évalue Laurent Michaud, directeur d'études à l'Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE), un groupe de réflexion européen spécialisé dans l'économie numérique.

Pour l'instant, le marché mondial du jeu en nuage représente moins de 438 millions de dollars (300 millions d'euros), d'après l'IDATE, qui table sur 593 millions de dollars (406 millions d'euros) d'ici la fin de 2020, et 1,7 milliard de dollars (1,2 milliard d'euros) pour 2024.

À titre de comparaison, l'industrie complète du jeu vidéo valait 120 milliards de dollars en 2018, selon le cabinet SuperData.

Jade Raymond s'exprime en public.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Montréalaise Jade Raymond, vice-présidente et directrice de Jeux et divertissement Stadia

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Il n'y a pas un acteur important de l'industrie qui ne travaille pas sur une solution de jeu en nuage : Intel, Microsoft avec xCloud... Même les éditeurs, comme Ubisoft, réfléchissent à des solutions en interne, constate M. Michaud.

Si Stadia marche, les autres suivront. Mais si ça ne prend pas, il faudra peut-être 5 ou 10 ans avant que cette technologie soit relancée, remarque James O'Brien, professeur en sciences de l'informatique à l'Université de Californie à Berkeley.

Certaines sociétés craignent que Stadia ne soit qu'un pari parmi d'autres.

Mais Google a beaucoup investi, assure Chris Early, vice-président d'Ubisoft chargé des partenariats, comme celui avec Stadia. Elle a dû construire toute une infrastructure. [...] En interne, l'équipe dit que c'est un pari du niveau de Gmail, poursuit-il.

La latence et le réseau social, facteurs importants de réussite

La réussite de la plateforme tiendra à un mélange de facteurs. Techniques, d'abord : la personne qui joue ne doit pas sentir la latence – les quelques millisecondes entre la pression sur le bouton et le mouvement du personnage à l'écran –, sachant que les images en 4K (très haute définition) pèsent très lourd et que la 8K arrive à grands pas.

Sur ce terrain, le moteur de recherche est en très bonne position grâce à ses nombreux centres de données situés partout dans le monde.

C'est une révolution technologique, mais leur défi, sur la durée, consistera à convaincre une large base d'utilisateurs et d'utilisatrices, note Ted Pollak, spécialiste du marché des jeux vidéo chez Jon Peddie Research.

L'analyste estime que Stadia devrait d'abord attirer les néophytes que les jeux séduisent, mais qui n'ont pas envie d'investir dans du matériel trop coûteux.

Elle va peut-être aussi tenter quelques puristes du jeu sur ordinateur, grâce à la possibilité de jouer depuis leur canapé à quelque chose de plus décontracté, sur leur téléviseur, ajoute-t-il.

Des images de la présentation de Google le 19 mars.

Le jeu « Assassin's Creed Odyssey », sorti en octobre 2018, fait partie des 31 jeux qui seront offerts dès le lancement de Stadia.

Photo : Reuters / Stephen Lam

Google proposera différents abonnements, dont le Stadia Pro, à 9,99 dollars par mois, mais les spécialistes ont des opinions divergentes quant à la viabilité de ce modèle appliqué aux jeux vidéo.

La qualité et la variété du catalogue joueront aussi un rôle important, comme pour les plateformes de diffusion en direct, que les adeptes peuvent choisir en fonction de leur série favorite.

C'est sans oublier la dimension sociale. Un très grand nombre de jeunes s'abonnent à Xbox Live ou à PS Network parce que ces services de jeux connectés leur permettent aussi de retrouver leurs camarades en ligne.

Selon James O'Brien, l'aptitude de Google à faire adopter Stadia dépendra beaucoup de sa capacité à construire un réseau social dans le service de jeu en nuage.

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