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Le nucléaire peut-il être une option pour lutter contre les changements climatiques?

Le reportage de Michel Marsolais

Photo : Reuters / Emmanuel Foudrot

Michel Marsolais

Souvent décriée pour ses risques, l'énergie nucléaire se présente maintenant comme un outil de lutte contre les changements climatiques. Le nucléaire produit déjà plus de 10 % de l'électricité dans le monde, un chiffre que certains voudraient voir grimper pour remplacer les centrales au charbon et au mazout.

La plupart des pays peinent à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre. L'énergie nucléaire, longtemps la bête noire des écologistes, s'affiche maintenant comme une option carboneutre qui permettrait d'atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. L’idée fait des adeptes.

La priorité doit être la décarbonisation du monde, de nos systèmes énergétiques en particulier l'électricité. Quand on regarde la Chine où 80 % de l'électricité est produite avec le charbon, demander à la Chine de réduire son charbon sans le nucléaire, c'est demander un effort qui est à peu près impossible. Il va y avoir des régions du monde où le nucléaire sera un besoin, pense Pierre-Olivier Pineau de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal.

Le nucléaire est en train de renaître à cause de sa faible empreinte carbone. C’est aussi une solution puisque le monde consomme de plus en plus d’énergie. Il n’y a qu’à regarder en Asie, croit aussi Sandy Taylor, président du secteur Énergie nucléaire pour SNC-Lavalin.

SNC-Lavalin a racheté les activités des réacteurs CANDU d'Énergie atomique du Canada en 2011. Trente réacteurs CANDU sont en service dans le monde.

Mathieu Auzanneau directeur du laboratoire d'idées français TheShift Project ne se décrit pas comme un pro-nucléaire, mais comme un réaliste.

Pour l'instant, personne n'a pas fait la démonstration qu'on peut à la fois sortir du nucléaire et sortir des énergies fossiles, dit-il. Mais plusieurs groupes écologistes ne partagent pas ce regain d'intérêt.

Il est certain qu'il ne faut pas remplacer un problème par un autre. On sait avec le nucléaire les accidents – Tchernobyl, Fukushima – sont là. Le risque est présent.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-énergie de Greenpeace Canada

On regarde aussi la gestion des déchets nucléaires avec lesquels on reste pris pendant des milliers d'années [...] et aussi au niveau des coûts, le nucléaire n’est pas intéressant, de dire M. Bonin.

On n'a pas trouvé, au Canada, le site final pour recueillir pour l'éternité ces déchets nucléaires, admet aussi Pierre-Olivier Pineau.

Des dizaines de centrales en construction

Le nucléaire est la troisième source d'électricité dans le monde et 454 centrales sont actuellement opérationnelles. Les États-Unis sont ceux qui en ont le plus (99) suivi par la France (58).

L'entrée principale d'une centrale nucléaire

L'entrée principale de la centrale nucléaire de Three Mile Island dans le comté de Dauphin en Pennsylvanie

Photo : Reuters / Carlo Allegri

Une cinquantaine d’autres sont en construction, notamment en Chine, en Russie et en Iran.

Le Canada, qui compte quatre centrales, estime que le nucléaire fait partie de son panier d'énergie propre. Le nucléaire produit 16 % de l’électricité au Canada et l’Ontario va investir des milliards pour rénover ses centrales.

Le nucléaire, ce n'est pas LA solution. Cela va s'intégrer avec les énergies renouvelables et l'hydroélectricité, dit Sandy Taylor, de SNC-Lavalin.

Le nucléaire trouve de nouvelles niches comme le développement de mini-réacteurs mobiles. Énergie atomique du Canada estime qu’ils pourraient alimenter des zones éloignées, comme les communautés autochtones.

Une mauvaise idée associée à des risques inutiles, pense Pierre-Olivier Pineau. Aujourd'hui on a des alternatives avec du couplage éolien et d'autres ressources qui permettent de répondre aux besoins de ces communautés-là.

Le cas allemand

Sortir du nucléaire n'est pas toujours synonyme de réduction des GES s’il faut compenser avec des centrales thermiques.

En Europe, on a l'exemple de l'Allemagne qui a décidé de fermer plus rapidement ses centrales après l'accident de Fukushima. Ils y arrivent et ils développent considérablement l'éolien et le solaire. Mais ils ont toujours des besoins considérables de charbon et de gaz pour prendre le relais, explique Mathieu Auzanneau.

La centrale nucléaire de Grohnde en Allemagne.

La centrale nucléaire de Grohnde en Allemagne.

Photo : Reuters / Fabian Bimmer

L’Allemagne devrait sortir complètement du nucléaire en 2022, mais produit toujours 40 % de son électricité avec du charbon. L’empreinte carbone des Allemands reste supérieure à celle des Français qui pourtant produisent 70 % de leur électricité avec le nucléaire.

Le protectionnisme politique brouille parfois les cartes. Ainsi, l’Ontario préfère miser sur son nucléaire plutôt que de s’approvisionner en hydroélectricité du Québec. Pierre-Olivier Pineau estime qu’il faut accentuer les transferts d’énergie entre régions, car on ne pourra pas produire et stocker localement suffisamment.

En dépit de l'urgence de la lutte contre les changements climatiques et des avancées technologiques des réacteurs, l'acceptabilité sociale du nucléaire reste difficile à trouver.

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