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Hong Kong : les manifestants menacés de réplique policière avec des « balles réelles »

Trois manifestants masqués marchent derrière un nuage de gaz lacrymogène.

Des manifestants retranchés sur le campus de l'Université polytechnique de Hong Kong tentent de se frayer un chemin loin des forces policières.

Photo : afp via getty images / PHILIP FONG

Radio-Canada

Des centaines de manifestants qui se sont retranchés dimanche dans le campus de l'Université polytechnique de Hong Kong – cerné par des barricades en flammes – sont encerclés par la police, qui bloque les routes environnantes, après un week-end de heurts.

Le campus de l'Université polytechnique est devenu ces dernières heures la principale base arrière de la contestation prodémocratie dans le territoire semi-autonome. La police de la région administrative spéciale a menacé de riposter avec des balles réelles si les « émeutiers » utilisaient des armes létales et commettaient de nouvelles violences.

Dimanche soir, un incendie d'envergure faisait rage à l'entrée du campus et la police a déclaré le secteur zone « d'émeute », menaçant de détruire les barricades érigées par les activistes.

Des manifestants retranchés sur le campus ont bloqué pendant la quasi-totalité de la dernière semaine un des principaux axes routiers de la ville, le Cross Harbour Tunnel, un tunnel routier reliant la péninsule de Kowloon à l'île de Hong Kong.

Un manifestant anti-gouvernement debout dans le tunnel bloqué par des cônes de construction et des briques.

Le tunnel routier desservant l'île de Hong Kong est bloqué depuis mardi par les manifestants.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Au crépuscule, la police tentait de reprendre le contrôle d'un pont piétonnier qui enjambe le tunnel quand elle a été accueillie par des cocktails Molotov qui ont causé des incendies, brûlant le pont et un véhicule blindé.

Les manifestants cherchent à garder le campus pour lancer de nouvelles actions lundi. Nous avons besoin d'une base pour entreposer notre matériel et nous reposer la nuit, avant la bataille du lendemain matin, a expliqué Kason, un étudiant.

Un policier a été blessé plus tôt dans la journée par une flèche tirée par un manifestant lors de violents heurts près de l'université. L'agent a été hospitalisé avec une flèche plantée dans le mollet. Les contestataires ont aussi lancé des cocktails Molotov vers les policiers, ceux-ci répliquant avec des gaz lacrymogènes.

Prêter main forte

Des manifestants se déshabillent pour être traités par des bénévoles médicaux.

Des manifestants reçoivent de l'aide de bénévoles médicaux pour rincer le produit chimique irritant qu'ils auraient reçu, selon des témoins, d'un canon à eau utilisé par les forces policières.

Photo : afp via getty images / ANTHONY WALLACE

Plusieurs milliers de manifestants et d'habitants des districts voisins de l'université ont afflué dans la nuit pour tenter de percer les barrages policiers et de secourir les étudiants bloqués. De nombreux étudiants et contestataires ont déclaré qu'ils n'abandonneraient jamais.

Nous avons été piégés ici, c'est pour cela que nous devons nous battre jusqu'au bout. Si nous ne nous battons pas, Hong Kong est fini, affirme Ah Lung, un manifestant âgé de 19 ans.

J'ai peur. Il n'y a pas de sortie, tout ce que je peux faire, c'est me battre jusqu'au bout, a confié un autre militant.

À Kowloon, des militants se cachant derrière des parapluies ont lancé jusque dans la nuit des cocktails Molotov vers la police, qui lançait des gaz lacrymogènes.

Plus tôt des militants avaient repoussé la police qui tentait de pénétrer sur le campus en tirant des pierres avec une catapulte depuis le toit de PolyU.

Un journaliste de l'AFP a vu sur un toit faisant face à la police un détachement d'archers masqués armés d'arcs de compétition et flanqués de guetteurs utilisant des jumelles. Des archers masqués patrouillaient dans le campus, selon lui.

Les protestataires promettent de poursuivre lundi les blocages pour étrangler l'économie d'un des principaux hubs financiers de la planète, désormais en récession.

Un tract posté sur un forum préconisait pour lundi une action à l'aube : Levez-vous tôt, visez directement le régime, étranglez l'économie pour accroître la pression.

Un homme masqué utilise un arc.

Un manifestant antigouvernemental utilise un arc lors d'affrontements avec la police à l'extérieur de l'Université polytechnique de Hong Kong.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Plus de cinq mois de tensions

Depuis juin, l'ancienne colonie britannique de 7,5 millions d'habitants est secouée par la pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. La mainmise grandissante de Pékin et le recul des libertés nourrissent la contestation qui a atteint cette semaine de nouveaux sommets de violence.

Les médias officiels ont plusieurs fois averti que l'armée chinoise – stationnée dans la région semi-autonome, mais qui fait normalement profil bas à Hong Kong – pourrait intervenir pour mettre au pas la contestation.

Samedi, des soldats de la garnison de l'Armée populaire de libération (APL) sont brièvement sortis de leur caserne à Hong Kong pour participer au nettoyage des rues avec des partisans du gouvernement pro-Pékin. Le gouvernement local a indiqué ne pas avoir sollicité l'aide des soldats chinois, qui ont pris cette initiative eux-mêmes.

Leur apparition rarissime est fortement symbolique : la dénonciation des ingérences chinoises dans les affaires hongkongaises est au cœur des revendications des manifestants.

L'activiste prodémocratie Joshua Wong a appelé dimanche le gouvernement allemand à cesser d'entraîner l'armée chinoise, dans un entretien au quotidien allemand Bild. Amnistie internationale, citée par Bild, a abondé dans son sens, estimant que le gouvernement allemand devrait [...] cesser immédiatement toute coopération militaire avec la Chine.

Plus tôt cette semaine, le président Xi Jinping a mis en garde les manifestants, affirmant que la contestation menaçait le principe Un pays, deux systèmes qui a présidé à la rétrocession.

Deux personnes ont été tuées depuis le début du mois.

Un véhicule de police pris dans les flammes lors d’une manifestation.

Un véhicule de police lors de heurts avec des manifestants antigouvernementaux devant l'Université polytechnique de Hong Kong.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Hong Kong paralysée

La contestation est montée d'un cran la semaine dernière avec l'adoption d'une nouvelle stratégie baptisée « l'éclosion généralisée ». La nouvelle tactique des manifestants hongkongais consiste à multiplier les actions de plus petite envergure comme des blocages, des affrontements et du vandalisme, afin d'éprouver au maximum les forces policières.

Les transports en commun sont bloqués, ce qui complique la vie des travailleurs qui peinent à se déplacer. De nombreux centres commerciaux et des écoles demeurent ainsi fermés.

Le mouvement a débuté en juin à la suite d'un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine. Le texte a été suspendu en septembre, mais la mobilisation a entre-temps considérablement élargi les revendications pour demander le suffrage universel, plus de démocratie et une enquête sur les violences policières.

La détermination des manifestants s'est heurtée à l'intransigeance des autorités, faisant basculer la région dans une spirale de violence.

Des manifestants assis, yeux fermés et masque au visage

Une manifestation antigouvernementale dans le district de Central à Hong Kong

Photo : Reuters / Laurel Chor

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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