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Ces jeunes s'envolent vers Hong Kong pour voter

Une personne, dont l'identité est masquée par une ombre, est assise devant une fenêtre.

Jamie* est une Vancouvéroise qui se rendra à Hong Kong pour voter lors de l'élection du 24 novembre. Le bureau électoral de Hong Kong ignore combien de personnes détenant le droit de vote y retourneront pour déposer leur bulletin de vote.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Mugoli Samba

De Vancouver, Jamie* est rivée aux fils des réseaux sociaux en attente d’images quotidiennes en provenance de Hong Kong. Protestataires, gaz lacrymogènes, étudiants barricadés dans un campus universitaire, impossible pour la jeune femme d’ignorer l’instabilité qui règne dans la ville où elle a grandi.

C’est très douloureux pour moi de voir ce qui se passe à Hong Kong, surtout lorsque plusieurs des personnes, qui sont blessées ou qui meurent durant les manifestations sont plus jeunes que moi, dit-elle, avec un tremblement dans la voix.

Si vous m’aviez dit il y a 10 ans que ça se produirait, je vous aurais dit que c'était ridicule.

Jamie est née à Vancouver, a fait ses études au Canada, mais a passé son enfance à Hong Kong. Elle porte un masque en soutien aux milliers de jeunes, dont plusieurs de ses amis, qui manifestent pour préserver le système juridique du territoire. Elle le porte aussi en entrevue pour cacher son identité aux autorités.

Une personne porte un masque couvrant son nez et sa bouche.

Jamie* porte un masque pour protéger son identité. Elle se rendra à Hong Kong pour voter lors des élections locales du 24 novembre.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Dans l'ex-colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997, les manifestations s’intensifient en prévision des élections locales qui doivent avoir lieu le 24 novembre. Alors que certains songent à quitter Hong Kong à cause de l’instabilité et que l'Université de la Colombie-Britannique s'active à rapatrier ses étudiants qui participent à un échange scolaire à Hong Kong, Jamie, elle, s’est acheté un billet pour y retourner.

Son voyage est court, son objectif est simple : voter à l’élection du 24 novembre.

Quel est le poids de cette élection?

Les élections locales du 24 novembre sont comparables à des élections municipales. Au total, 452 sièges y seront disputés dans 18 districts électoraux. Les élus feront partie du conseil de leurs districts respectifs et sont, entre autres, chargés de conseiller le gouvernement sur les besoins divers de leur électorat. Les conseillers n'ont pas le pouvoir de créer des lois : le pouvoir découle plutôt du conseil législatif hongkongais.

Plusieurs doutent du poids réel de cette élection sur l'administration de la ville en raison de cette impuissance. Albert Chan, un conseiller législatif hongkongais retraité qui habite à Vancouver, est de cet avis.

Andrew Chang en gros plan.

Andrew Chang est un conseiller hongkongais retraité depuis deux ans. Il a été conseiller à Hong Kong pendant une vingtaine d'années.

Photo : Radio-Canada

En réalité, même si les conseils de district sont contrôlés par les forces prodémocratiques, ça ne touchera pas réellement l’administration de Hong Kong, dit-il.

Mais je crois que c’est une question de réputation. Si [les prorégime] perdent l’élection, ça touchera la réputation [du président chinois]. Il ne peut pas accepter cela.

Selon lui, près de 60 % à 70 % des conseillers de district actuels sont d'allégeance politique prorégime.

Selon les données du bureau électoral de Hong Kong, un nombre record d'électeurs se sont inscrits pour voter à l'élection locale du 24 novembre.

S’impliquer de l’étranger

Même si le poids des élections locales est remis en cause par plusieurs, Jamie croit qu’elles serviront de rapport provisoire des efforts des cinq derniers mois.

Un vote est une voix, alors il s’agit d’un très bon rapport du côté que [la population] choisit, que vous soyez prorégime ou prodémocratie.

Jamie

Le bureau électoral de Hong Kong ignore combien de détenteurs du droit de vote vivent présentement à l’étranger. Selon Ricky Ho, porte-parole du bureau, les Hongkongais ne peuvent pas transmettre de bulletin de vote de l’étranger.

Des poings serrés devant un écran d'ordinateur

Jamie suit le développement des manifestations à Hong Kong tous les jours.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

De plus, seuls les Hongkongais résidant ordinairement à Hong Kong peuvent voter, à moins qu’ils ne soient à l’étranger pour une absence occasionnelle ou temporaire comme des vacances ou des études à l’étranger.

Il ajoute par contre que les situations sont évaluées au cas par cas : la durée de l’absence, le lieu de résidence d’un conjoint, d’enfants ou de parents et les liens à Hong Kong sont tous des facteurs pertinents pour déterminer qui réside ordinairement à Hong Kong ou non.

Jamie n’est fort probablement pas la seule jeune qui se rendra à Hong Kong pour voter. Stacey Ng, une autre jeune Vancouvéroise, a aussi acheté son billet.

Stacey Ng en gros plan.

Stacey Ng compte retourner à Hong Kong pour déposer son bulletin de vote dans l'urne.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Je me sens aussi coupable de ne pas [avoir pu] rentrer à Hong Kong et de soutenir la population durant les derniers mois, dit-elle. C’est l’une des raisons pour lesquelles je sentais qu’il fallait que j’y retourne, parce que je me sens coupable de ne pas le faire.

Lorsqu’on vit au Canada, on tient notre droit de vote pour acquis.

Stacey Ng

Aujourd’hui, au Canada, nous ne devons pas vraiment nous battre pour voter et nous pouvons toujours compter sur un processus électoral relativement juste.

Des manifestants se tiennent derrière une barricade en feu, la nuit, dans une rue achalandée de Hong Kong.

À Hong Kong, des manifestants ont fait brûler une barricade pour défier la police, qui a utilisé des gaz lacrymogènes et un canon à eau, le 20 octobre 2019.

Photo : afp via getty images / DALE DE LA REY

« Mais,à Hong Kong, ajoute-t-elle, je crois qu’il est encore plus crucial pour nous de tenir à nos droits en ce moment et de voter pour quelqu’un qui va mener la communauté et qui nous aidera à maintenir un niveau de droits de la personne. »

Le départ de Stacey NG approche, et elle s'avoue tourmentée. J'ai peur, je suis terrifiée en ce moment. Je ne sais pas si je vais me faire arrêter parce que je sors dans la rue, dit-elle.

Mais je ressens une responsabilité en regardant les nouvelles. Et ce sentiment surpasse toute peur ou incertitude, au point où je crois toujours qu'il faut que j'y aille.

Stacey Ng

Que veulent ces deux jeunes au sortir de l’élection?

Stacey Ng souhaite que plus de place soit accordée aux partis promouvant la démocratie au sein des conseils de district.

La dynamique est marquée par un parti pris envers les pro-Chine, affirme-t-elle. Si le gouvernement chinois veut imposer n’importe quel genre de loi à Hong Kong, il peut facilement la faire passer. J’aimerais voir une parité 50/50.

Pour Jamie, l’objectif est surtout d'obtenir le suffrage universel pour l'élection du chef exécutif et du parlement.

Une dizaine de personne marchent en rang, escortées par un policier antiémeute.

Des protestataires sont escortés par la police de Hong Kong après avoir été arrêtés.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Je crois que la seule manière de nous sortir de [cette situation] serait d’offrir un réel suffrage universel, où les citoyens de Hong Kong éligibles peuvent se faire élire et sans interférence des divers partis.

L’élection du 24 novembre devrait toujours avoir lieu, mais plusieurs agences de presse hongkongaises craignent qu’elle ne soit repoussée ou annulée. Les autorités hongkongaises ont déjà évoqué cette possibilité, évoquant le chaos qui règne dans la ville.

* Jamie est un nom fictif. La jeune femme souhaite demeurer anonyme pour protéger son identité.

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