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Tensions à Paris pour le premier anniversaire des gilets jaunes

Le récit de Julie Emond

Photo : Reuters / Charles Platiau

Agence France-Presse

Tirs de lacrymogènes contre jets de pavés, feux de poubelles et mobilier urbain saccagé : les manifestations de « gilets jaunes », qui ambitionnaient de donner un second souffle à leur mouvement de contestation sociale, ont été marquées samedi par le retour du chaos dans certains quartiers de Paris.

Un an après la naissance de ce mouvement inédit, la place d'Italie, dans le sud de la capitale française, a été le théâtre de flambées de violences sporadiques, ont constaté des journalistes de l'AFP, qui ont vu des manifestants blessés et des pompiers empêchés d'intervenir.

Les manifestations ont rassemblé 28 000 personnes dans toute la France, dont 4700 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur. La dernière participation équivalente remonte au samedi 9 mars, avec 28 600 personnes en France. De son côté, le mouvement a donné une estimation globale de 39 530 participants.

La situation est restée confuse deux heures durant dans l'après-midi, alors que les forces de l'ordre s'efforçaient de disperser de petits groupes de casseurs, alternant charges brèves et déluge de lacrymogènes.

Un pompier tente d'éteindre une voiture en feu.

Un pompier tente d'éteindre une voiture en feu sur la place d'Italie à Paris.

Photo : Getty Images / PHILIPPE LOPEZ

Au vu des violences et exactions, la préfecture de police a demandé l'annulation de la manifestation de gilets jaunes qui devait partir à 14 h de la place. Pour le préfet de police Didier Lallement, étaient rassemblés sur la place des individus qui ne défendaient pas une cause, mais procédaient à des destructions et à des attaques systématiques contre les forces de sécurité et contre les pompiers.

À 20 h, la préfecture de police faisait état de 147 personnes interpellées à Paris, et le parquet de Paris de 129 gardes à vue.

On est un peu déçus que ça parte en violence. Du coup avec les amis, on va voir s'il se passe quelque chose ailleurs, on cherche un coin plus tranquille, a dit à l'AFP Laurent, 50 ans, venu de l'est de la France pour le premier anniversaire du mouvement.

Des policiers anti-émeute et un canon à eau.

La police parisienne a rapporté une soixantaine d'arrestations.

Photo : Reuters / Charles Platiau

La situation a également été tendue un moment place de la Bastille, où une première marche autorisée, arrivée du nord-ouest de Paris, a été bloquée par les forces de l'ordre, a constaté une journaliste de l'AFP.

En début de soirée, des petits groupes de manifestants ont rejoint les alentours du centre commercial du Forum des Halles, au cœur de Paris, très fréquenté à cette heure. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser et procédé à quelques interpellations.

Épicentre de plusieurs samedis violents, l'avenue des Champs-Élysées, cadenassés et interdits à toute manifestation, a été épargnée.

En régions, les premières manifestations dans la matinée sont restées bon enfant. Mais dans l'après-midi, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes à Lyon (centre-est) où un millier de manifestants avaient gagné le centre-ville qui leur avait été interdit, et à Nantes (ouest) où des heurts ont éclaté entre forces de l'ordre et manifestants plutôt violents, selon les autorités.

À Montpellier (sud), la permanence d'un député du parti présidentiel La République en Marche a été vandalisée.

Affrontements entre les manifestants et les forces de police

Affrontements entre les manifestants et les forces de police sur la place d'Italie à Paris le 16 novembre 2019

Photo : Getty Images / AURORE MESENGE

Dans le sud-est, les gilets jaunes ont réoccupé des ronds-points, distribuant des tracts aux automobilistes, sans importante perturbation.

Des appels à manifester au cours du week-end ont été lancés partout en France pour l'anniversaire du mouvement, initialement déclenché par une taxe décriée sur le carburant, avant de devenir une ample contestation qui a ébranlé le mandat du président Emmanuel Macron.

Un manifestant tenant un coussin en forme de coeur où on peut lire « 1 an on lâche rien ».

Le mouvement des gilets jaunes mobilise moins de manifestants après un an, mais il continue de se faire entendre à travers la France.

Photo : Reuters / Charles Platiau

Le 17 novembre 2018, près de 300 000 personnes selon les autorités, chasuble fluo sur le dos, avaient répondu à un appel lancé sur Facebook, hors de tout cadre politique ou syndical, et occupé des centaines de ronds-points, symboles de la France périurbaine au pouvoir d'achat en berne.

À Paris, certains avaient bloqué une partie des Champs-Élysées, devenus ensuite emblématiques des samedis de manifestations et dont le saccage, en décembre, avait créé une onde de choc, jusqu'à l'étranger.

En mars, les autorités ont interdit aux gilets jaunes la plus belle avenue du monde, épargnée après avoir été placée sous haute surveillance policière samedi, comme d'autres points névralgiques de la capitale.

Après que le gouvernement a concédé primes d'activité, heures supplémentaires défiscalisées et organisé un vaste débat national, le mouvement s'est progressivement étiolé, pour ne plus réunir que quelques milliers de manifestants lors des derniers week-ends.

Martin, sans emploi, venu à Paris de Suresnes (ouest de la capitale), retient de cette année écoulée de super rencontres, une répression de fou, et il est déterminé à continuer. Car les multiples revendications des protestataires demeurent : baisse de la taxation sur les produits de première nécessité, retour de l'Impôt sur la Fortune, référendum d'initiative citoyenne.

Pour ce week-end particulier, les autorités prévoyaient une mobilisation importante dans tout le pays, avec 270 actions annoncées.

Elles attendaient 200 à 300 ultra-jaunes et 100 à 200 militants d'ultragauche à Paris, selon une source sécuritaire.

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