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Élection présidentielle sous tension au Sri Lanka

Un policier vérifie si les papiers d'un électeur sont en règle.

Les enjeux sécuritaires se sont retrouvés au coeur de la campagne présidentielle sri lankaise,quelques mois après les lattentats jihadistes du 21 avril.

Photo : Reuters / Dinuka Liyanawatte

Agence France-Presse

Le Sri Lanka a voté samedi lors d'une élection présidentielle émaillée d'incidents, qui pourrait permettre le retour au pouvoir du puissant clan des Rajapaksa qui a gouverné l'île d'une main de fer pendant une décennie.

Presque cinq ans après la défaite électorale de Mahinda Rajapaksa, son petit frère Gotabaya, 70 ans, est en compétition féroce avec le candidat du parti au pouvoir, Sajith Premadasa, pour diriger l'État sri-lankais durant le prochain quinquennat.

Le pays de 21 millions d'habitants attend désormais de découvrir le nom de son futur président, après la fermeture des bureaux de vote à 17h, heure locale. Les résultats devraient être connus dimanche, voire lundi si le score se révèle serré.

Le candidat aux élections présidentielles sri lankaises au sortir du bureau de vote.

Gotabaya Rajapaksa (au centre) est favori pour l'emporter.

Photo : Reuters / Dinuka Liyanawatte

Quelques heures avant le début du scrutin, des hommes armés ont ouvert le feu sur un convoi d'une centaine de bus transportant des électeurs musulmans, sans faire de blessés, a annoncé la police.

Dans une zone à majorité tamoule du nord du pays, la police a signalé à la commission électorale des barrages illégaux de l'armée susceptibles d'empêcher des électeurs d'aller voter. Les forces de l'ordre ont également arrêté 10 hommes suspectés d'essayer de créer des troubles.

Le vote des musulmans et des Tamouls, minorités globalement défavorables aux puissants Rajapaksa, pourrait jouer un rôle crucial dans ce scrutin incertain. Les observateurs interprètent ces incidents comme des tentatives de faire baisser le taux de participation de ces populations.

De telles tactiques sont courantes au Sri Lanka, qui a émergé il y a dix ans de quatre décennies d'une guerre civile qui a fait 100 000 morts. Lors de la précédente présidentielle en 2015, plusieurs explosions s'étaient produites dans le nord tamoul, dans le but selon les analystes de dissuader les citoyens alentour de se rendre aux urnes.

Les partisans de partis rivaux se sont aussi affrontés samedi dans une zone de plantations de thé à 90 kilomètres à l'est de la capitale Colombo. Deux personnes ont été transportées à l'hôpital avec des blessures à l'arme blanche subies lors de ces heurts, a indiqué la commission électorale.

Selon des chiffres préliminaires, la participation devrait s'établir à un niveau proche de celui de la présidentielle de 2015, où elle avait atteint 81,5 %.

Deux candidats aux antipodes

Lieutenant-colonel à la retraite, Gotabaya Rajapaksa est pour cette élection le représentant de la sulfureuse famille des Rajapaksa. L'ancien militaire était l'une des clés de voûte du régime de son frère Mahinda (2005-2015), empêché par la Constitution actuelle de se présenter. Son élection marquerait le retour aux affaires de la fratrie.

En tant que plus haut responsable du ministère de la Défense à l'époque, Gotabaya commandait de fait les armées sri-lankaises au moment de l'écrasement de la rébellion séparatiste tamoule en 2009. 40 000 civils tamouls ont péri au cours de son ultime offensive, selon les défenseurs des droits humains qui accusent les Rajapaksa de crimes de guerre.

Ce bain de sang avait sonné la fin de 37 ans de guerre civile et vaut aux Rajapaksa d'être adulés au sein de la majorité ethnique cinghalaise, mais détestés et craints par la minorité tamoule qui constitue 15 % des 21,6 millions de Sri-Lankais.

Gotabaya protègera notre pays, nous le connaissons bien, a déclaré à l'AFP Wasantha Samarajjeew, un ouvrier de 51 ans venu voter à Colombo.

La posture d'homme fort adoptée par Gotabaya, qui promet de combattre la corruption et l'extrémisme islamiste dans une nation traumatisée par les attentats djihadistes du 21 avril qui ont fait 269 morts, lui vaut le surnom de Terminator au sein de sa famille.

Gotabaya Rajapaksa est notamment accusé - ce qu'il nie - d'avoir dirigé sous la présidence de son frère des escadrons de la mort qui ont enlevé à bord de camionnettes blanches des dizaines de Tamouls, d'opposants politiques ou de journalistes. Certains de leurs corps ont été ensuite jetés sur la route, d'autres n'ont jamais été retrouvés.

Sajith Premadasa à la sortir du bureau de scrutin.

Sajith Premadasa est le fils de Ranasinghe Premadasa, le 3e président du Sri Lanka.

Photo : Reuters / Dinuka Liyanawatte

Par contraste, son principal rival Sajith Premadasa, 52 ans et fils d'un président assassiné par la guérilla en 1993, est un responsable politique discret qui espère mobiliser le vote des femmes en promettant d'améliorer l’hygiène menstruelle.

Un retour au pouvoir des Rajapaksa préoccupe aussi l'Inde voisine et les Occidentaux en raison de la proximité du clan avec la Chine.

Pékin a prêté des milliards de dollars au Sri Lanka pendant les deux mandats de Mahinda Rajapaksa pour de grands projets d'infrastructures, une dette colossale qui place ce pays stratégique de l'océan Indien dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Chine.

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