•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Semaine déterminante pour l'avenir de Hong Kong

Carrie Lam a un regard impassible.

Le gouvernement de Carrie Lam a durci ses positions ces dernières semaines, après plus de cinq mois de manifestations contre ses positions.

Photo : Associated Press / Vincent Yu

Anyck Béraud

À l’approche d’un scrutin local qui aura, s’il est maintenu, des allures de référendum pour le gouvernement de Carrie Lam, la violence s’est intensifiée de part et d’autre dans le territoire semi-autonome, secoué par une contestation sociopolitique depuis plus de cinq mois. Mais le ton s’est également raffermi du côté des autorités hongkongaises. Ce durcissement serait-il une tentative de diviser l’opposition, de retourner l’opinion publique contre les manifestants prodémocratie et de justifier une possible intervention beaucoup plus musclée?

On sent une gradation dans la façon dont les autorités hongkongaises dépeignent les manifestations anti-gouvernement. Très tôt, dès juin, elles ont traité d’« émeutiers » les contestataires arrêtés lors d’affrontements avec la police.

Les militants prodémocratie rejettent ce qualificatif, d’autant plus que toute condamnation pour émeute est passible d’une peine de prison à Hong Kong. Ils accusent le gouvernement de transformer le territoire en « État policier » en lui reprochant de réprimer les manifestations de plus en plus violemment.

Puis, le gouvernement a de plus en plus parlé d’« actes illégaux » en insistant sur les débordements de la part de protestataires radicaux, alors que les larges rassemblements se déroulaient surtout de façon pacifique.

Ils sont maintenant des « ennemis publics ». Propos sortis de la bouche même de la cheffe de l’exécutif lundi, au terme d’une journée particulièrement violente où un manifestant a été blessé par un tir à bout quasi portant d’un policier, et un homme pro-Pékin a été transformé en torche humaine. Carrie Lam s’est surtout attardée sur ce dernier incident.

Les autorités, les policiers en particulier, associent de plus en plus le comportement des manifestants à des actes « proches du terrorisme » avec l'aide de vidéos montrant des violences perpétrées par les « radicaux », des vidéos présentées comme autant de preuves à charge lors de leurs nombreuses conférences de presse. Les autorités donnent l’impression de se justifier auprès de ceux qui, en Occident par exemple, soutiennent les manifestants hongkongais tout en les renvoyant à leur propre lutte antiterroriste dans leur pays.

Une intervention plus musclée

En parlant de terrorisme – comme l'a déjà fait Pékin –, voire de meurtre [depuis la mort d’un homme de 70 ans, blessé par un objet lors d’un échange houleux entre des résidents et des manifestants], les autorités semblent préparer de plus en plus le terrain pour une intervention plus musclée.

Comme le recours à la garnison chinoise basée à Hong Kong, une option jugée risquée politiquement par des analystes. Une possibilité qui a été évoquée le mois dernier par Carrie Lam, forte de l’appui réitéré de Pékin. Le président chinois Xi Jinping vient d’avertir que la tâche la plus urgente à accomplir était de « mettre fin aux violences et au chaos et rétablir l’ordre ». Samedi, des soldats chinois sont d'ailleurs sortis de leur caserne pour nettoyer les rues.

Cette violence est aiguisée par le refus du gouvernement de négocier, souligne Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite au CNRS-CÉRI de Sciences Po Paris. Le sinologue ajoute : « Cette relance de la violence est quelque chose d’extrêmement inquiétant. Et évidemment, dans un certain sens, on peut dire qu’elle renforce en quelque sorte la position du gouvernement et de Pékin, car au niveau international, par exemple, l’image des protestataires de Hong Kong a été largement détériorée à la suite des affrontements quotidiens aujourd’hui ».

Les autorités appellent la population hongkongaise à se désolidariser des manifestations en martelant que « n’importe qui dans la société peut devenir la prochaine victime » d’une violence « aléatoire ». Mais

Cependant, Jean-Philippe Béja estime que le gouvernement fait chou blanc dans sa tentative de créer une division entre les protestataires les plus radicaux et le reste des manifestants et des Hongkongais prodémocratie qui jugent raisonnables les diverses requêtes des contestataires.

Il y a toutefois des manifestations pro-Pékin à Hong Kong, comme celle qui s’est déroulée ce samedi 16 novembre en appui à la police et au gouvernement. En général, elles rassemblaient considérablement moins de monde que celles des militants prodémocratie.

Dans une lettre commune, les dirigeants de plusieurs universités de Hong Kong, où sont retranchés des protestataires, regrettent que leurs campus soient devenus des champs de bataille politiques, tout en reprochant au gouvernement son inaction. Ils le somment de régler rapidement et concrètement l’impasse politique et de restaurer l’ordre public.

Le risque de tenir le scrutin

Dans ce contexte tendu, où aucune issue pacifique ne se profile, les autorités de Hong Kong ont déjà évoqué la possibilité d’annuler les élections locales de dimanche prochain. Elles invoquent le chaos actuel. Avec l’appui de Pékin, elles parlent de la difficulté d’assurer un scrutin juste et libre, en toute sécurité.

Mais il y a aussi le risque que les candidats pro-Pékin mordent la poussière lors de ces élections qui doivent renouveler les sièges des conseils de districts. Le camp prodémocratie est fortement mobilisé. On rapporte que les inscriptions sur les listes électorales sont à la hausse.

Des protestataires plus radicaux ont accepté de réduire les affrontements pour se présenter aux élections, selon le sinologue Jean-Philippe Béja. « C’est une manière d’institutionnaliser la protestation et de montrer la volonté du peuple de Hong Kong », dit-il.

Une défaite des candidats pro-Pékin donnerait donc la mesure de la colère qui perdure, malgré le retrait du projet de loi sur l’extradition vers la Chine à l’origine de cette contestation. Une bonne partie des Hongkongais réclame maintenant de vraies réformes politiques et une enquête indépendante sur les violences policières. Ils sentent qu’il y a une érosion des droits et libertés qui sont garantis aux quelque sept millions de résidents de l’ex-colonie britannique, en vertu de l’entente de rétrocession à la Chine en 1997.

Mais annuler ce scrutin viendrait jeter de l’huile sur le feu. Déjà que les militants prodémocratie ne digèrent pas que le gouvernement hongkongais a invalidé la candidature de Joshua Wong, l’une des principales figures de leur mouvement.

Le jeune homme est écarté parce que son parti Demosisto défend le principe de l’autodétermination. Pour les autorités, c’est perçu comme une promotion de l’indépendance, malgré les démentis de M Wong. Et ça, pour Pékin, c’est une ligne rouge.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Crises politiques

International