•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nouveau témoignage embarrassant pour Trump et l'ambassadeur Sondland

David Holmes à son arrivée au Capitole.

David Holmes est le conseiller pour les affaires politiques à l'ambassade américaine en Ukraine.

Photo : Reuters / Yara Nardi

Sophie-Hélène Lebeuf

Après le témoignage éloquent de l'ex-ambassadrice des États-Unis en Ukraine sous le regard des caméras, un employé de cette ambassade a fait à huis clos, vendredi devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants, une déposition liant le président Trump à une demande d'enquête sur un adversaire politique.

Selon sa déclaration d'ouverture obtenue par CNN, le conseiller pour les affaires politiques de l'ambassade américaine en Ukraine, David Holmes, a confirmé de nouvelles allégations révélées mercredi par le chargé d'affaires américain en Ukraine, William Taylor.

M. Taylor avait affirmé, en citant M. Holmes sans le nommer, que le président Trump était plus intéressé par des enquêtes touchant son adversaire politique potentiel Joe Biden que par l’Ukraine.

Donald Trump est plongé au centre d'une enquête menée par les démocrates à la suite de la plainte d'un lanceur d'alerte, déposée dans la foulée d'un entretien téléphonique entre le président américain et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet.

Le président Trump avait notamment demandé à son interlocuteur d'enquêter sur l'ex-vice-président et candidat à l'investiture démocrate Joe Biden, dont le fils Hunter a siégé pendant quelques années au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma. Le propriétaire de cette société a un temps été visé par une enquête pour corruption.

M. Holmes a expliqué qu'au lendemain de l'appel controversé, il avait été témoin auditif d'une conversation téléphonique entre le président Trump et l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne (UE), Gordon Sondland. Celui-ci a appelé le président depuis un restaurant en Ukraine pour lui rendre compte de ses rencontres avec des responsables ukrainiens, dont un proche collaborateur du président Zelensky, a relaté le témoin.

Selon CNN, deux autres membres de l'ambassade ont eux aussi entendu la discussion.

M. Trump parlait si fort que M. Sondland a dû éloigner le téléphone de son oreille, a soutenu M. Holmes, ajoutant que la voix du président était facilement reconnaissable.

[Volodymyr Zelensky] est prêt à vous lécher le derrière.

Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l'UE, cité par David Holmes

Alors, [Zelensky] va faire les enquêtes? aurait demandé le président. Il va le faire. Il va faire tout ce que vous lui demandez, aurait répondu l'ambassadeur Sondland.

Le président Zelensky a déjà affirmé ne pas avoir subi de pression de la part de M. Trump.

Après l'appel, M. Holmes a demandé à M. Sondland s'il était vrai que le président ne se préoccupait pas de l'Ukraine. Il s'en fout, aurait abondé l'ambassadeur. Donald Trump ne se soucie que des choses importantes, aurait-il expliqué.

M. Holmes dit avoir répliqué que la guerre de l'Ukraine contre la Russie était importante. Son interlocuteur lui aurait répliqué : Des choses importantes qui profitent au président, comme l'enquête sur les Biden menée par M. Giuliani.

Le président Trump et son avocat personnel, Rudy Giuliani, qui a cherché à obtenir auprès de responsables ukrainiens des informations dommageables aux démocrates, accusent Joe Biden, l'un des meneurs de la course à l'investiture démocrate, d'être intervenu auprès de Kiev pour faire limoger le procureur général d'Ukraine, Viktor Chokine, afin de défendre les intérêts financiers de son fils. Selon les faits présentés par plusieurs médias américains, rien n'étaie cette théorie.

En 2015, Joe Biden, alors responsable du dossier ukrainien pour l’administration Obama, a effectivement plaidé pour le limogeage du procureur Chokine, menaçant même de retenir une garantie de prêts d’un milliard de dollars s’il restait en poste.

Ses appels s'inscrivaient toutefois dans un effort coordonné avec l'Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et des militants ukrainiens luttant contre la corruption pour écarter ce procureur, lui-même accusé d'être lié à la corruption.

Sondland devra s'expliquer

Gordon Sondland marche d'un pas décidé en regardant droit devant lui.

L'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland

Photo : Getty Images / Alex Wong

Sous l'impulsion du président Trump, M. Sondland est devenu un acteur important de la politique étrangère des États-Unis en Ukraine, même si le pays ne fait pas partie de l'UE.

Généreux donateur républicain, il a été nommé ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE en 2018. S'il n'était pas un allié de la première heure du président, il a ensuite versé un million de dollars à son comité d'investiture.

M. Sondland, qui a déjà été convoqué par le Comité mercredi prochain, sera à coup sûr interrogé sur ces nouvelles révélations, dont il n'avait pas parlé aux enquêteurs.

Au cours de sa déposition à huis clos, il avait dit ne pas se souvenir de plusieurs éléments auxquels les élus cherchaient des réponses.

Il avait déjà dû réviser son témoignage à la lumière des déclarations d'ouverture d'autres diplomates, qui lui avaient rafraîchi la mémoire, avait soutenu son avocat. M. Sondland a fini par reconnaître avoir lui-même indiqué aux autorités ukrainiennes que l'aide militaire qu'elles attendaient ne serait sans doute pas dégelée sans l'annonce publique des enquêtes voulues par le président Trump.

Plus tôt dans la journée, l'ex-ambassadrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch, a exposé, vendredi, la campagne de dénigrement ayant mené à son rappel prématuré de Kiev.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique américaine

International