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Éoliennes à Anse-Bleue : « si j'avais su, je n'aurais pas signé »

Un parc éolien à l'aube.

Un parc éolien.

Photo : Associated Press / Patrick Pleul

René Landry
Alix Villeneuve

Les malentendus sont nombreux entre plusieurs résidents de la petite localité d'Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne, et l'instigateur du projet controversé de parc éolien.

Même des propriétaires de terrains, qui ont signé des ententes d'utilisation, soit pour l'installation d'une éolienne ou pour un droit de passage, regrettent leur geste. Plusieurs citoyens réalisent aujourd'hui la véritable signification du contrat qu'ils ont signé il y a quelques années, quand l'instigateur est venu cogner à leur porte.

Il m'a dit, le monsieur du Québec, que c'était à moi de décider où on allait mettre les éoliennes.

Gérald Poirier

Gérald Poirier, un homme âgé, admet qu'il ne sait pas lire. Mais il soutient qu'il s'est laissé convaincre de signer le document après avoir discuté avec le représentant de Naveco, Daniel Brassard. « Ma terre a quasiment un mile de long, dit-il. J'aurais fait mettre les éoliennes là-bas, au bout de ma terre, dans le bois. »

Une centaine de personnes est réunie pour une assemblée publique à Anse-Bleue.

Plusieurs citoyens ont manifesté leur opposition au projet éolien dans les dernières semaines.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Il n'y aura finalement pas d'éoliennes sur la terre de Gérald Poirier. Mais, à la lumière de leur emplacement prévu, il doute que des propriétaires aient réellement eu un mot à dire sur le lieu des turbines.

Si j'avais su ce que je sais aujourd'hui, je n'aurais pas signé.

Gérald Poirier

Il a des regrets. « Bien oui je regrette. Ça va fighter fort quand il va venir s'installer ici. Les gens se tiennent. Quand on n'est pas contents, on n'est pas contents. Ne va pas marcher sur l'orteil de l'autre parce que tu vas te faire ''graffer''. Ça ne se fait pas dans un village, ça. Qu'ils aillent faire ça dans le bois, loin des maisons. »

Blaise Poirier n'a pas voulu signer le contrat de l'entreprise Naveco Power.

Blaise Poirier n'a pas voulu signer le contrat de l'entreprise Naveco Power.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Son frère, Blaise Poirier, indique qu'il a signé une telle entente avec l'instigateur, Daniel Brassard, il y a une douzaine d'années. Ce dernier représentait alors l'entreprise SkyPower.

« Il voulait savoir si on était d'accord qu'il y ait des éoliennes qui soient installées », raconte-t-il. « Il voulait simplement savoir si on était d'accord et ça ne nous obligeait à rien du tout. Il fallait qu'on signe sur un document, mais "ce n'était pas un contrat". »

Par contre, après avoir consulté un expert, ses inquiétudes ont commencé. « Ensuite, quand on a vu un avocat, ce n'était plus la même histoire. L'avocat nous a dit qu'on avait signé un contrat. Il y a beaucoup de controverse dans son histoire. »

Daniel Brassard est l'instigateur du projet éolien à Anse-Bleue.

Daniel Brassard est l'instigateur du projet éolien à Anse-Bleue.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Daniel Brassard, qui réside près de Montréal, possède quelques terrains à Anse-Bleue. Il travaille depuis plusieurs années pour créer un parc éolien dans cette région de la Péninsule acadienne. Il a fait du porte-à-porte afin de faire signer des contrats pour permettre à Naveco Power d'avoir accès aux propriétés des résidents.

Malgré les demandes, l'instigateur du projet n'a pas voulu accorder d'entrevue à Radio-Canada. Il indique qu'il pourrait le faire dans les prochains jours, avec la permission de l'entreprise Naveco.

Une confiance brisée

Au cours des dernières années, Blaise Poirier a revu Daniel Brassard, représentant cette fois l'entreprise Naveco Power. « Avec Naveco, ni moi, ni ma femme, ni mon fils n'a voulu signer. »

La raison, c'était qu'on ne lui faisait plus confiance à cause de ce qui s'était passé auparavant.

Blaise Poirier

« Une autre raison, c'est parce qu'on n'avait plus de contrôle sur rien. Il fallait se fier à la compagnie. Là, maintenant, c'est beaucoup plus gros et beaucoup plus proche des maisons, que ce qu'il nous avait indiqué avant. Avec SkyPower, les éoliennes devaient être bien plus loin des maisons. »

Une maison, à Anse-Bleue. Dans un champs.

Plusieurs citoyens sont inquiets de savoir que des éoliennes seront construites près des maisons.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Blaise Poirier constate maintenant la colère d'une bonne partie de la population d'Anse-Bleue et des environs. « Ils sont vraiment plus fâchés que je pensais. Il y a du monde, dans le bas d'Anse-Bleue, qui ne savait même pas qu'il y avait un projet d'éoliennes. »

Le promoteur, Daniel Brassard, a déjà indiqué qu'il a pourtant tenu des réunions publiques dans la communauté sur le projet. Ces consultations sont la source d'un autre malentendu entre la communauté et l'entreprise.

En effet, Blaise Poirier affirme qu'il a assisté à deux réunions de Naveco. « Mais c'était des réunions privées, seulement pour les propriétaires des terrains, assure-t-il. La première chose qu'il aurait dû faire, c'est une réunion publique. »

Les portes n'étaient pas ouvertes pour tout le monde.

Blaise Poirier
Une carte montre l'emplacement prévus des éoliennes.

La construction de cinq éoliennes est prévue pour décembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

« Si c'était à refaire, je ne signerais pas du tout »

Bella Cormier regrette, elle aussi, d'avoir signé un contrat avec Daniel Brassard. Elle raconte qu'elle s'est demandé si la communauté était d'accord avec le projet.

Avant de signer, je lui ai demandé si le village était d'accord avec ça, il m'a répondu que oui.

Bella Cormier

« Mais ça n'a pas l'air que le village était au courant de la manière que ça va, là. Tout le village est contre ça. Je regrette que j'aie signé. Si c'était à refaire, je ne signerais pas du tout. On ne savait pas quelles allaient être les conséquences. On pensait que le village était d'accord avec ça. »

Démission en bloc

Il y a également un malentendu au sujet d'une lettre d'appui des membres du comité consultatif du District de services locaux d'Anse-Bleue, signée il y a quelques années.

Trois éoliennes sont alignées au centre de l'image. Elles sont situées à Norway non loin de North Cape, à la pointe ouest de l'Île-du-Prince-Édouard.

Une manifestation contre le projet éolien est prévue lundi à Bathurst.

Photo : Julien Lecacheur

Aujourd'hui, les trois signataires affirment qu'ils ne pensaient pas qu'il s'agissait d'un appui définitif au projet, mais d'une lettre visant à explorer la faisabilité d'un parc éolien.

« Pour la feuille qu'on a signée, on s'est sentis utilisés », dit aujourd'hui Denis Doiron, l'un des signataires. « Ce que le promoteur avait dit et ce qu'il y avait sur la feuille, ce n'était pas du tout la même chose. »

Aujourd'hui, il y en a qui nous traitent de Judas.

Denis Doiron, signataire d'une lettre en appuis au projet

Le dimanche 3 novembre dernier, les 4 membres actuels du comité consultatif du DSL ont décidé de démissionner en bloc pour montrer leur opposition au projet éolien dans leur communauté.

C'est à la suite d'une discussion avec un fonctionnaire du ministère de l'Environnement et des Gouvernements locaux, le lendemain, qu'ils se sont ravisés. Selon le fonctionnaire, démissionner n'était pas nécessaire pour montrer son opposition au projet.

Le maire du village

Si à peu près tout le monde, à Anse-Bleue, parle de la communauté comme d'un village, c'est par habitude. Ils savent bien qu'ils résident dans un district de services locaux.

Les résidents appellent Anse-Bleue leur «village».

Les résidents appellent Anse-Bleue leur «village».

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Dans une assemblée publique du regroupement contre le projet de parc éolien, la députée de Caraquet, Isabelle Thériault, dont le père est originaire d'Anse-Bleue, a expliqué les limites décisionnelles des DSL.

« Les municipalités sont incorporées, les villes et les villages ont des leviers pour dire «oui on veut ça, non on ne veut pas ça». (...) Les DSL, vous appartenez au gouvernement. »

Votre maire, c'est essentiellement le ministre des Gouvernements locaux, Jeff Carr.

Isabelle Thériault, députée de Caraquet

Jeff Carr a par ailleurs eu l'occasion de rencontrer les dirigeants de l'entreprise Naveco, le 12 octobre dernier, lors d'un gala à Fredericton. Ce soir-là, Naveco a obtenu le prix « Innovator award », du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick.

Naveco a aussi reçu, quelques mois auparavant, le prix « de l'étoile montante » d'Énergie Nouveau-Brunswick.

Le ministre de l'Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr (2e à partir de la gauche), avec l'équipe de Naveco.

Le ministre de l'Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr (2e à partir de la gauche), avec l'équipe de Naveco.

Photo : Facebook/Naveco

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