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analyse

Médecins spécialistes : la CAQ a-t-elle perdu la face?

Plan rapproché de M. Dubé.

Christian Dubé, député caquiste de La Prairie, président du Conseil du Trésor et ministre responsable de l’Administration gouvernementale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sébastien Bovet

La ligne dans le sable tracée par le ministre Christian Dubé n'a finalement pas été franchie. Sa sortie surprenante du début de la semaine a mis assez de pression sur la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) pour accélérer la négociation et donner une « perspective d'entente ». Les deux parties se réjouissent. Le gouvernement a-t-il sauvé la face ou l'a-t-il perdue?

La promesse électorale était d'aller chercher 1 milliard de dollars dans les poches des médecins. Rapidement, le milliard a disparu pour être remplacé par un autre chiffre : 9 %. Pourquoi? Parce qu'en moyenne, les salariés québécois gagnent 9 % de moins que ceux du reste du pays.

Ni la Fédération des médecins spécialistes ni le gouvernement n'ont voulu confirmer où l'ascenseur s'était arrêté dans la négociation. Mais tout le monde comprend que le gouvernement ne récupérera pas 1 milliard.

La vraie question, semble-t-il, c'est de savoir si les tarifs, le montant que les médecins reçoivent pour chaque acte médical, seront réduits. La seule chose qui compte pour les médecins, c'est l'argent qu'ils se mettent dans les poches, tonne un observateur qui a œuvré dans le domaine. Cette opinion tranchante reflète probablement ce que pense une partie de la population. Elle est un peu injuste. Les spécialistes sauvent des vies. Leur problème, c’est que ces dernières années on n'a parlé que de leur valse des milliards avec le gouvernement.

A priori, il serait très étonnant que les tarifs soient touchés dans l'entente. La réaction de la présidente de la FMSQ, vendredi, donne un indice.

C'est la plus belle journée de mon mandat.

Diane Francoeur, présidente de la FMSQ, devant ses membres, vendredi

Il faudra donc voir si les sommes récupérées ne sont que des montants inutilisés qui traînaient dans les tiroirs de la FMSQ, ou si les médecins verront leur rémunération (l'argent qui va dans leurs poches) baisser.

Si c'est le cas, si l'effet est cosmétique, la défense du gouvernement devrait s'articuler autour de deux axes : les soins et l'équité. Les sommes récupérées seront réinvesties dans les soins, les services à la population. L'argument sera de dire qu'on l'a fait pour les bonnes raisons, pour le bien des patients. Qui peut être contre ça?

On ajoutera peut-être aussi que, sans la négociation, le réinvestissement aurait été zéro. Alors même si on ne va chercher que 500 millions, c'est toujours bien 500 millions de plus que si on n'avait pas décidé de discuter avec la FMSQ.

Un prix politique à payer

Mais Québec solidaire et le Parti québécois ne se gêneront pas pour accuser François Legault de s'être écrasé devant les médecins. Ils ont commencé à le faire avant même l'entente d'hier. Leur barème pour juger du succès de la négociation? Un milliard de dollars. Si le gouvernement n'arrache pas un milliard, c'est un échec.

Ils diront à qui veut l'entendre que la promesse n'a pas été tenue. Ils ressortiront cette phrase de François Legault, le jour de la nomination de son conseil des ministres.

Il est hors de question de reculer devant des groupes de pression.

François Legault, le 18 octobre 2018

Leurs critiques se buteront à des réponses laconiques du président du Conseil du Trésor. Il se réfugiera derrière l'entente de confidentialité qui l'empêche de parler de la somme récupérée. Il dira qu'on saura tout dans trois ou quatre semaines. Or, à ce moment-là, les travaux parlementaires seront ajournés pour Noël. Le gouvernement s'en tire à bon compte.

Les libéraux devraient être plus discrets. Après tout, ils ont signé la généreuse entente qui permet aujourd'hui aux médecins spécialistes d'abandonner au moins 400 millions de dollars par année. Ce n'est pas rien.

Des chiffres et des lettres

Le gouvernement et les spécialistes nous replongeront probablement dans la même soupe alphabet qu'ils aiment bien nous servir depuis des années. Ils nous abreuveront de mots comme pertinence des actes médicaux, récurrence des mesures ou caractère structurant de la négociation pour mieux brouiller les explications.

Ils souligneront les 500 millions pour dire mission accomplie pour le gouvernement et nous avons le patient à coeur pour les médecins spécialistes.

Et nous devrons faire une profession de foi en espérant une énième fois que l'accès aux soins s'améliorera.

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