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Benoît Bouchard, 79 ans, jeune retraité

Benoît Bouchard lit un livre assis dans un fauteuil.

La lecture est l'une des activités qu'aime Benoît Bouchard.

Photo : Radio-Canada / Roger Lemay

Roger Lemay

L’intérieur de la petite maison de la rue Rachelle à Roberval est impeccable. Benoît Bouchard, qui aura 80 ans en avril, a encore la poignée de main franche.

Souriant, il prend mon manteau et d’un geste rapide, installe autour de mon cou un appareil muni d’un petit micro qui lui permettra de bien m’entendre, le temps de l’entrevue. C’est que depuis 2013, victime d’une surdité subite, son ouïe n’a cessé de se dégrader.

Mon oreille gauche n’a plus qu’une capacité de 25 %, celle de droite, à peine 15 %. Benoît Bouchard est en attente d’un implant cochléaire.

En décembre 2018, autre tuile, il est victime d’un AVC qui lui bloque l’artère carotide, et lui coûte son œil droit. Il a été quatre mois sans conduire.

Pour un gars comme moi, actif et habitué à voyager (un de ses fils habite Paris et les deux autres Montréal) ç’a été difficile. J’étais immobilisé et dépendant. En quelque sorte, ça m’a fait prendre conscience de ma propre vulnérabilité.

À l’aube de ses 80 ans, ses récents problèmes de santé ont surtout convaincu l’ex-député conservateur de Roberval de prendre une retraite définitive.

Ces dernières années, Benoît Bouchard a avalé les kilomètres, parcourant le Canada et les États-Unis de long en large en tant que membre de la Commission mixte internationale sur les eaux partagées, en plus d’effectuer l’aller-retour Roberval-Chicoutimi quatre fois par semaine pour participer en tant que panéliste au Club des Ex sur les ondes de RDI. Et c’est sans compter ses visites familiales en Europe.

Mais ce serait une erreur de le croire abattu. L’ex-lieutenant québécois du gouvernement Mulroney se tient droit comme un chêne.

Nous nous installons à la table de la cuisine. Un café?

Son regard s’allume lorsqu’il me voit déposer mon bloc-notes et activer la fonction « interview » sur mon téléphone.


Vous avez été un globe-trotteur et là, vous êtes complètement arrêté, comment se passe l’adaptation?

(Rires) J’étais toujours dans les avions et je roulais plus de 50 000 kilomètres par année. Cette année, je n’ai pas pris un vol et j’ai roulé 4000 kilomètres. Mais vois-tu, c’était le temps. Nous avons une vie plus tranquille, mais je ne m’ennuie pas.

Roberval n’est pas un peu petit pour un homme habitué à faire la navette entre Ottawa, Paris et Montréal ?

Notre projet initial, à Jeannine et moi, c’était de vivre à Ottawa, mais l’appel des racines a été le plus fort. Roberval est une belle petite ville de 10 000 habitants. On est proche de tout, à cinq minutes de marche du lac, on a une des plus belles marinas au Québec, un des seuls restaurants cinq étoiles de la région, tenu par le cuisinier Carl Murray. Et le nouveau maire, malgré ses petits déboires, fait du bon travail. Il a surtout compris que Roberval est une ville de services.

Benoît Bouchard et sa femme Jeannine.

Benoît Bouchard vit sa retraite à Roberval avec son épouse, Jeannine.

Photo : Radio-Canada / Roger Lemay

Parlons politique. Cette élection du 21 octobre, vous en pensez quoi?

On voit par le résultat du vote qu’il y a au pays, plus que jamais, division. Ça s’est traduit par l’isolement des régions du Canada. Les conservateurs ont été incapables de tirer profit des déboires des libéraux et d’aller chercher l’Ontario.

Est-ce la faute d'Andrew Scheer?

Il est apparu en campagne comme un homme froid. Son français est chancelant, c’était très difficile pour lui de performer au Québec. Je n’ai pas voté pour lui. Il y a longtemps que le Parti conservateur a laissé de côté le volet progressiste. C’est l’héritage de Harper. C’est peut-être mon âge, mais j’accorde aujourd’hui beaucoup plus d’importance à l’environnement, aux relations internationales et aux politiques sociales. J’ai voté libéral. Pour Richard Hébert, pas pour Trudeau.

Ce clivage, ça donne des armes au mouvement séparatiste albertain?

Ça ne réglerait pas leur difficulté à transporter leur pétrole. Ils se trouveraient encore plus isolés. Ils ont les plus gros salaires au pays et ne veulent pas payer de taxe de vente. Avec l’implantation d’une taxe, ils pourraient facilement régler leur problème de déficit.

Même en étant minoritaire, croyez-vous que Justin Trudeau s’en est bien tiré malgré l’affaire Wilson-Raybould?

Oui, mais il n’est pas à blâmer. La ministre Wilson-Raybould avait tout le pouvoir d’imposer une amende, même salée, à SNC-Lavalin, en vertu d’un accord de réparation et elle aurait ainsi évité un procès à SNC-Lavalin (NDLR Pour fraude et corruption), mais elle s’est entêtée. SNC-Lavalin, c’est 10 000 emplois! Elle a démissionné en prétendant qu’on faisait pression sur le système judiciaire. Je peux te dire qu’un premier ministre qui exerce de la pression sur ses ministres, ça arrive tous les jours. La seule différence avec elle, c’est qu’elle était ministre de la Justice.

Puis il y a eu cette histoire de masque, quand Justin Trudeau s’est déguisé en Noir.

Qu’on le laisse tranquille avec ça! S’il fallait qu’on ressorte toutes nos photos lorsqu’on avait 20 ans…

Comment analysez-vous la performance du Bloc québécois?

Yves-François Blanchet a fait une excellente campagne, parce qu’il a eu la brillante idée de se coller aux politiques de la CAQ. Si vous avez remarqué, il a été peu question de souveraineté. Ils vont se retrouver en chambre, mais ça va donner quoi? Ils vont demander. Ils vont suggérer. Mais les vraies décisions, elles se prennent au conseil des ministres. C’est là où il faut des Québécois. Le conseil des ministres, je l’ai vécu, c’est un champ de bataille.

Le Parti québécois semble vouloir s’inspirer des succès du Bloc.

C’est un parti agonisant. La souveraineté, c’est fini. Ce n’est plus qu’une question universitaire. Les jeunes de 20-25 ans n’y croient pas.

Mais il y a quand même des jeunes qui y croient, comme votre nouveau député Alexis Brunelle-Duceppe.

J’ai été moi aussi très ému le soir des élections quand il a exprimé son affection à son père sur les ondes de Radio-Canada. Toutefois, il fait une grave erreur en n’ouvrant pas de bureau à Saint-Félicien ou Roberval. Ça ne passe pas. Un bureau mobile n’est pas suffisant. Que faites-vous quand vous avez besoin du député et que son bureau mobile, un simple véhicule, est à l’autre bout du comté? Le jeune Brunelle-Duceppe doit saisir que la réalité du haut du lac est différente de celle du secteur d’Alma.

Au provincial, dans Roberval, vous êtes aujourd’hui représentés par une caquiste, que pensez-vous du bilan de l'ancien premier ministre Philippe Couillard?

Ç’a été un bon député et un bon premier ministre. Il a bien fait en assainissant les finances publiques. C’est à cause de lui que le Québec nage aujourd’hui dans les surplus. Mais il n’a pas su quand s’arrêter. Il y a des limites à ce que la population peut endurer. Et la réforme Barrette, n’en parlons pas. Un cuisant échec. Le personnel dans les hôpitaux en paie encore le prix. Au Québec, on a la maladie de la réforme. On ne les compte plus en santé et en éducation.

Et on n’a pas fini, avec les commissions scolaires, les maternelles...

On se dirige où avec ça? Qui va s’assurer d’une cohésion entre les écoles? Je me questionne aussi sur les maternelles 4 ans. Tout est à faire, ça va coûter des centaines de millions alors qu’on s’était monté un excellent réseau de CPE qui aurait pu prendre le relais.

Les caquistes ont quand même réussi à faire passer la loi sur la laïcité, un dossier qui piétinait.

Je crois encore qu’il aurait fallu adopter les recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Interdire le port de signes religieux aux enseignantes, sous prétexte qu’elles peuvent endoctriner nos enfants de 6 ou 7 ans, c’est ridicule. On se compare trop à l’Europe, qui vit une réalité complètement différente.

Et l’immigration, qu'en pensez-vous?

Je suis d’accord avec M. Legault qui propose de diminuer le nombre d’immigrants parce qu’il faut dans un premier temps mieux les intégrer. Mais ç’a été mal présenté. Simon Jolin-Barrette est le plus mauvais communicateur de ce gouvernement, en plus d’être arrogant. Il ne faudrait pas qu’il déteigne sur François Legault.

Vous connaissez mieux que quiconque l’importance des médias locaux pour une région comme la nôtre, craignez-vous la perte du journal Le Quotidien?

On ne peut pas laisser mourir les journaux régionaux. Le modèle coopératif, c’est une bonne idée, mais ça ne sera pas suffisant. Il faut une aide gouvernementale récurrente. On doit taxer les géants du web qui repiquent les nouvelles, puis se servir des revenus de cette taxe pour réinvestir massivement dans les journaux. C’est déjà commencé en Europe.


S’il ne peut plus se déplacer autant qu’avant en raison des ennuis de santé qui l’affligent, Benoît Bouchard continue de voyager par les histoires qu’il lit et qu’il écoute. Je suis particulièrement friand des polars islandais et suédois. Je fais la cuisine, je regarde encore le hockey et j’affectionne beaucoup les séries sur Netflix. Les séries historiques sont mes préférées, conclut-il.

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