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Un groupe d’architectes exhorte la SFU à préserver l’héritage d’Erickson sur son campus

La Maison Madge Hogarth construite en 1965 ne répond pas aux normes de sécurité, selon l'Université Simon Fraser.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Belanger

Marc-Antoine Bélanger

La Fondation Arthur Erickson appelle l’Université Simon-Fraser (SFU) à ne pas abattre la Maison Madge Hogarth, un projet de démolition connu depuis 2015. La présidente de la Fondation et architecte, Phyllis Lambert, demande un sursis de deux mois à la SFU, le temps que des études soient « menées rigoureusement » pour déterminer l’avenir du bâtiment.

L’Université affirme que le bâtiment est dans un mauvais état, ce que nous ne croyons pas du tout.

Phyllis Lambert, présidente, Fondation Arthur Erickson
Phyllis Lambert est photographiée devant un manteau de cheminée.

L'architecte Phyllis Lambert.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavoie

Les études que suggère Phyllis Lambert permettraient de connaître la valeur du bâtiment sur le plan patrimonial, de même que sur ceux de la construction et de la conception. La présidente utilise l'expression anglaise statement of significance (SOS), soit énoncé d’intérêt patrimonial.

Elle accuse l’Université de ne pas avoir fait les études nécessaires avant de prendre la décision de démolir l’édifice concerné.

Un bâtiment composé essentiellement de béton est fermé au public. De l'équipement de construction indique que des travaux sont imminents.

La Maison Madge Hogarth, construite en 1965, ne répond pas aux normes de sécurité, selon l'Université Simon-Fraser.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Belanger

La Maison Madge Hogarth a été construite en 1965. L’architecte de renommée mondiale Arthur Erickson l’a dessinée. Après que Madge Hogarth eut fait un don de 100 000 $ pour la construction du bâtiment, il a été nommé en sa mémoire. L’Université avait décidé d’en faire une résidence pour femmes.

L’architecte Bruno Freschi, qui a appuyé Arthur Erickson et a contribué de près au design du bâtiment, souligne le caractère symbolique de la Maison Madge Hogarth.

Un homme portant des lunettes fumées rondes devant la Maison Madge Hogarth.

Bruno Freschi a contribué comme architecte de projet à la conception de la Maison Madge Hogarth.

Photo : Radio-Canada / Harold Dupuis

La donatrice Madge Hogarth était une féministe d’avant-garde. Elle comprenait que nous vivrions au siècle des femmes et voulait que ce bâtiment leur soit dédié.

Bruno Freschi, architecte et collaborateur d’Arthur Erickson

« C’est un manque flagrant d’imagination », se désole-t-il quand on lui demande ce qu’il pense des projets de démolition de l’Université.

Tout comme Phyllis Lambert, il demande qu’on mène une étude permettant d'établir une déclaration de valeur.

Un dessin à la mine de plomb de la Maison Madge Hogarth.

La firme d'architectes Erickson/Massey a dessiné ce rendu de la Maison Madge Hogarth dans les années 60.

Photo : Gracieuseté du Centre canadien d’architecture

Loger plus d’étudiants

Dans une déclaration écrite, la SFU indique « avoir exploré toutes les options pour conserver le bâtiment et avoir considéré la viabilité de rénovations, dont l’ajout d’une structure à partir du bâtiment existant ».

Malheureusement, les conclusions d’études en ingénierie ont démontré des déficiences importantes ayant trait aux normes sismiques, à la sécurité des locataires et à la gestion des incendies. Les déficiences font des rénovations une entreprise "insurmontable".

Université Simon-Fraser

Dans son plan « Résidence et logement 2015-2035 », publié en 2015, l'établissement note même que les rénovations fourniraient un retour sur investissement trop bas pour considérer une telle option.

La maquette de l'édifice qui remplacera la Maison Madge Hogarth pour accroître l'offre de logement sur le campus principal de l'Université Simon-Fraser.

L'Université Simon-Fraser prévoit que le nouveau bâtiment sera terminé à l'automne 2022.

Photo : Université Simon Fraser

La SFU ajoute qu’elle cherche à offrir plus de logements pour les étudiants sur son campus principal. En 2015, l’Université offrait 1764 lits. Elle veut augmenter cette capacité à 3250 lits d’ici 2028.

Dans un rapport, la Ville de Burnaby affirme que la SFU prévoit construire un bâtiment de 11 étages qui pourra accueillir jusqu’à 369 lits.

L’Université assure que le design du nouveau bâtiment rendra hommage à la Maison Madge Hogarth. Un permis pour des travaux de construction lui a été octroyé par la Ville de Burnaby le 5 novembre. Depuis, elle a commencé certains travaux.

Dans une lettre récente envoyée le 15 novembre à Phyllis Lambert, la SFU indique qu'elle veut consulter la Fondation à l'avenir pour assurer la préservation d'autres bâtiments dessinés par Arthur Erickson. L'Université évoque même l'émission d'un énoncé d’intérêt patrimonial dans le cadre de cet exercice.

Phyllis Lambert accueille favorablement le désir de l'Université de vouloir collaborer. La Fondation compte participer aux consultations, confirme-t-elle.

La question du patrimoine

Les plans de démolition de la Maison Hogarth ne surprennent pas Dinu Bumbaru, le directeur des politiques à Héritage Montréal.

S’il affirme que certaines universités au pays ont la fierté de leur patrimoine, il pense que l’argument technique et financier prend souvent le dessus sur la préservation du patrimoine.

« Ça donne l’impression que ça a été évalué en termes de pieds carrés plutôt qu’en termes d’ADN du campus universitaire », affirme-t-il.

L’expert en patrimoine donne l’exemple de Montréal, où la démolition de bâtiments d’époque sévissait dans les années 1980 et 1990.

« On jetait tout à terre avec la condition dans le permis de construction de mettre un peu de brique rouge pour que ça ait l’air d’un quartier industriel d’époque. Mais, parfois, les bâtiments authentiques ont beaucoup plus à apporter à un développement urbain », relate-t-il.

« Souvent, les élus, les gens du monde des affaires ou même les groupes communautaires voient les grands sites abandonnés ou désaffectés comme une réserve de terrains plutôt qu’une occasion d’inventer de nouveaux quartiers », explique-t-il.

Dinu Bumbaru propose que les régions métropolitaines incorporent une dimension « patrimoine et paysage » lorsqu’elles se concertent afin d’assurer une meilleure protection du patrimoine.

Burnaby veut un inventaire patrimonial de la SFU

La Fondation Arthur Erickson et l’Université Simon-Fraser ont correspondu fréquemment au cours des derniers mois. Les discussions ont même trouvé écho au conseil municipal de Burnaby.

Lors d’une séance du conseil municipal, le 16 septembre, les élus ont voté unanimement en faveur de la création d’un rapport inventoriant le patrimoine architectural de l’Université.

Le Conseil demande notamment l’aide de la SFU pour effectuer l’inventaire et établir les lignes directrices d’un processus d’évaluation des nouveaux projets immobiliers sur le campus.

Cet inventaire permettrait à la Ville de prendre des décisions plus éclairées pour protéger le patrimoine lorsque vient le temps d’octroyer des permis de démolition ou de construction.

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