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Se faire soigner en français n’est pas un « caprice », mais une question de sécurité

Un médecin marche dans le corridor d'un hôpital.

Selon le Dr Denis Prud'homme, 60 % des erreurs médicales sont dues à un problème de communication.

Photo : iStock / sudok1

Sophie Chevance

En contexte minoritaire, les francophones soignés dans leur langue ont moins de risques de subir une erreur médicale. Se faire soigner en français ne serait donc pas un « caprice », mais une question de sécurité, selon le directeur scientifique de l'Institut de recherche de l'Hôpital Montfort, à Ottawa.

Lors de son passage à Regina, à l'occasion d’un colloque national sur l'offre active de services sociaux et de santé en français, le Dr Prud'homme a fait part de ses résultats de recherche menée sur plus de 300 000 patients en Ontario.

Lorsqu’un francophone reçoit des soins en français dans un établissement tenu d'offrir des services en français et en anglais, il a environ 15 % moins de risques d'être victime d'une erreur médicale, affirme le chercheur.

Denis Prud'homme rappelle qu’au Canada 1 hospitalisation sur 18 fait l’objet d’une erreur médicale et sur ce nombre, une personne sur huit en gardera des séquelles importantes ou en mourra.

C’est important que les patients francophones exigent leurs services en français. Ça peut leur sauver la vie.

Denis Prud'homme, directeur scientifique de l’Institut de recherche de l’Hôpital Montfort

Le chercheur indique qu’il est de la responsabilité des établissements de santé d’être proactifs en matière d’offres de service en français, afin de garantir la sécurité des patients.

Jacinthe Savard, professeure agrégée à l'École des sciences de la réadaptation de l'Université d'Ottawa, partage l'avis du médecin. On a remarqué que les francophones en situation minoritaire n’osent pas demander leurs services en français et les barrières linguistiques ont des impacts, comme des erreurs de diagnostic, affirme-t-elle.

Pour garantir la sécurité des patients, le Dr Prud'homme estime qu’il faut cibler les régions ou les endroits où il y a une densité de francophones et s’assurer que ces derniers ont accès à un minimum de services en français.

Portrait du Dr Denis Prud'homme.

Le Dr Denis Prud'homme a mené son analyse afin de vérifier si les hôpitaux désignés comme bilingues apportaient une valeur ajoutée.

Photo : Radio-Canada / Liam St-George Avison

Des résultats utiles pour la francophonie canadienne

L’Ontario, qui compte la plus importante communauté francophone minoritaire au pays avec plus de 600 000 personnes, selon le Commissariat aux langues officielles, a l’obligation de fournir des services gouvernementaux en français dans certaines régions.

Mais dans d’autres provinces, comme en Saskatchewan, la situation est bien différente. Dans cette province, où environ 16 000 personnes ont le français comme langue maternelle, le gouvernement n’a aucune loi propre à respecter en matière de soins en français.

Nous n’avons rien de systématique en Saskatchewan, dit Frédérique Baudemont, directrice générale du Réseau santé en français de la Saskatchewan (RSFS).

Pour Anne Leis, présidente de la Société Santé en français (SSF), les résultats obtenus en Ontario sont un argument de taille dans les négociations à venir avec les gouvernements et les établissements.

Nous disons aux professionnels de la santé : "Si vous pouvez déjà accueillir votre patient en français, c’est beaucoup." Les patients se sentent au moins écoutés, sentent qu’il y a un effort qui est fait. L’important, c’est d’établir une relation.

Anne Leis, présidente de la Société Santé en français (SSF)

Du côté du gouvernement de la Saskatchewan, l’analyste des politiques au ministère de la Santé, Stephen Trott, ne s’attendait pas à des données semblables. Nous allons voir comment adapter ça aux besoins spécifiques de notre population, a-t-il déclaré.

Le Dr Denis Prud'homme révèle aussi dans ses résultats de recherche que le risque d’erreur médicale est plus élevé chez les patients anglophones soignés en milieu désigné comme bilingue. La preuve, selon lui, que l'accessibilité à des soins dans sa langue n'est pas seulement un problème francophone, mais un problème universel.

En collaboration avec Thilelli Chouikrat

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