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Trop peu connu, le cancer des ovaires?

Au cours de leur vie, 2 % des femmes auront un diagnostic de cancer des ovaires, un mal sournois.

Le reportage de Fanny Samson

Photo : iStock

Fanny Samson

Le cancer des ovaires n'est pas très répandu, mais il est sournois. Trouble digestif, perte d'appétit, ballonnement et fatigue : les symptômes passent souvent inaperçus. L'absence de test de dépistage efficace rend difficile le travail des professionnels de la santé qui veulent sensibiliser les patientes et leur médecin à cette maladie.

Dominique Bouchard, âgée de 65 ans, n'avait jamais entendu parler du cancer des ovaires lorsqu'elle a reçu son diagnostic en août 2015. Ses symptômes ne semblaient pas alarmants.

Une espèce de fatigue oui, mais surtout un état de gonflement, des difficultés à digérer, une satiété très précoce. J'avais faim, je prenais une petite bouchée, puis déjà je me sentais repue, mais je n’étais pas vraiment rassasiée, se souvient-elle.

C'est justement parce que ça arrive sournoisement que le taux de mortalité est quand même assez élevé.

Dominique Bouchard
Une femme sourit au journaliste.

Dominique Bouchard avait 60 ans lorsqu'elle a reçu son diagnostic de cancer des ovaires.

Photo : Radio-Canada

Après plusieurs tests, notamment des prises de sang, une échographie pelvienne et un scan, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer des ovaires de stade avancé. D'abord il y a eu le choc, puis ensuite le déni.

Je ne connaissais tellement pas ça, je ne me souvenais pas d'avoir participé à une campagne, entendu ou avoir été sollicitée. Alors que pour le cancer du sein, comme pour d’autres cancers, ou même pour les maladies cardiaques, il y a des organismes solides et tout ça, souligne Dominique Bouchard.

Elle a dû subir rapidement une chirurgie et suivre un protocole de chimiothérapie.

Difficile à diagnostiquer

Selon la Société canadienne du cancer, 3000 femmes auront reçu un diagnostic de cancer des ovaires en 2019, comparativement à 26 900 patientes pour le cancer du sein. Ce cancer touche surtout des femmes ménopausées de 50 ans et plus.

Le cancer des ovaires est un cancer assez rare. Finalement, moins de 2 % de toutes les femmes vont avoir ce diagnostic au cours de leur vie. Par rapport au cancer du sein et au cancer du poumon, c'est beaucoup moins fréquent, précise Marie Plante, gynécologue-oncologue à l'Hôtel-Dieu de Québec.

Au Québec, la spécialiste estime qu'il y a environ 600 nouveaux cas par année, dont 75 suivis par son département. Même s'il est peu répandu et que son incidence est assez stable, le cancer des ovaires est souvent surnommé la maladie silencieuse.

Les phases précoces donnent des symptômes plutôt généraux, qu’on appelle non spécifiques, c'est-à-dire que ça a l'air d'un peu n'importe quoi, ajoute-t-elle.

Les patientes doivent souvent voir plusieurs médecins avant d'obtenir leur diagnostic, et plusieurs mois s'écoulent.

On n'a pas de bon test de dépistage, de sorte que lorsqu'on découvre la maladie, elle est finalement déjà à un stade avancé.

Marie Plante, gynécologue-oncologue à l'Hôtel Dieu de Québec

Malgré de nombreuses recherches, la prise de sang, qui pourrait donner un bon indice, n'est pas suffisante. Normalement, la présence de l’antigène tumoral 125 est l'un des signaux identifiés par les spécialistes, mais parfois cela entraîne de faux diagnostics.

Le problème avec ce marqueur-là, c'est que ça ne veut pas nécessairement dire quand il s'élève que c’est un cancer des ovaires, il peut s’élever dans des conditions bénignes, explique la docteure Plante.

On ne veut pas alerter pour rien et on ne voudrait pas manquer un cancer non plus, ajoute-t-elle, précisant que c'est un couteau à double tranchant.

Une opération pour prévenir

Comme les recherches pour trouver de meilleurs tests de dépistage ne semblent pas à portée de main, les spécialistes optent pour la prévention.

Elle regarde la caméra.

Marie Plante est gynécologue-oncologue à l'Hôtel-Dieu de Québec.

Photo : Radio-Canada

Si une femme décide qu'elle veut avoir une ligature des trompes parce qu'elle ne veut plus de grossesse, on va lui offrir d'enlever la trompe au complet, et ainsi prévenir le cancer ovarien, dit la gynécologue-oncologue.

L'intervention sera aussi proposée aux femmes prédisposées génétiquement lorsque la famille est terminée.

On pense que de cette façon, dans peut-être 15-20 ans, on devrait voir une réduction du nombre de cancers ovariens, précise-t-elle.

On cherche des stratégies de prévention puisque les tests ne sont pas suffisants.

Marie Plante, gynécologue-oncologue à l'Hôtel-Dieu de Québec

Marie Plante espère que les médecins de famille qui reçoivent une patiente qui pourrait souffrir d'un cancer ovarien soulèvent cette possibilité plus rapidement. D’avoir ce qu’on appelle nous “l’index de suspicion”, d’être à l’affût, d'y penser, dit-elle.

De son côté, Dominique Bouchard espère aussi informer les femmes. En mai dernier, elle a organisé un concert-bénéfice au profit de la Fondation du CHU de Québec pour la recherche sur le cancer des ovaires.

En plus de recevoir une magnifique prestation, ces 200 personnes-là en ont entendu parler, elles ne savent pas tout, mais l’oreille, sans doute, va s’y habituer, espère-t-elle.

Une façon de redonner au suivant pour Dominique Bouchard qui se porte beaucoup mieux à la suite de ses traitements de chimiothérapie.

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