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Découvrez King Lajoie, le légendaire Elvis Presley de Trois-Rivières

Un homme avec les cheveux noirs porte un costume blanc à franges.

Elvis Lajoie se glisse dans la peau d'Elvis Presley.

Photo : Joannie Lafrenière

Justine de l'Église

C’est l’histoire incroyable d’un Québécois qui a choisi d’unir sa destinée à celle d’une légende, de forger son identité à travers la sienne. Elvis Lajoie est la vedette de Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières, où, avec ses cheveux noirs et ses costumes flamboyants, il est connu comme le personnificateur du roi des rois, le King du rock and roll : Elvis Presley.

Elvis Lajoie n’a rien de banal. Il se rend à ses spectacles en limousine. Ses fans attendent sa sortie du véhicule avec impatience. Chaque année au téléthon Le Noël du pauvre, le numéro d’Elvis Lajoie est présenté en tout dernier, pour garder les gens en haleine. Il a sa secrétaire personnelle, Huguette, et son astrologue et admiratrice, Thérèse. Même ses parents se font reconnaître lorsqu’ils font leurs emplettes.

Le personnificateur, aujourd’hui soixantenaire, roule sa bosse depuis ses 13 ans. En parallèle, il mène une vie bien humble de représentant des ventes de produits capillaires. Et il s’est toujours tenu bien loin du mode de vie « sex, drugs and rock and roll ». Après tout, il a eu, dit-il, de « très bons parents ».

L'homme est dans la rue, et il fait sombre.

Elvis Lajoie

Photo : Joannie Lafrenière

La réalisatrice Joannie Lafrenière propose une plongée dans l’univers rocambolesque et profondément kitsch d’Elvis Gilles Lajoie dans son documentaire King Lajoie, qui sera présenté en première samedi à l'occasion des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Un travail de longue haleine pour la réalisatrice, qui s’est attachée au personnage au fil des années.

Elvis, c’est le banal et le grandiose à la fois. C’est comme ça que je le décrirais. Il est tellement simple et assumé, mais en même temps, tout est tellement glamour! Il arrive dans sa décapotable, tout le monde le connaît. C’est vraiment, vraiment une star locale, observe-t-elle en entrevue avec Radio-Canada.

Passion Elvis

Elvis Lajoie est né Gilles; il a fait changer légalement son nom pour Elvis pour mieux s'imprégner de son univers. Pour ressembler à son idole, qu’il dépasse aujourd’hui en âge, il a recours à la greffe capillaire, question d’entretenir son épaisse toison noir de jais, en plus de continuer à se faire bronzer artificiellement. Malgré tout cela, il ne se décrit pas comme un maniaque d’Elvis.

Des fois, le monde dit “T’es un super maniaque d’Elvis. Non. J’ai été maniaque à 13 ans. À 18 ans, j’ai fait mon deuil parce que je l’ai perdu, Elvis. Et je pense que c’était correct de dire “Je le fais pour moi”, explique-t-il à la caméra.

En fait, Elvis a plutôt été un moteur pour l’amener à foncer, lui qui souffrait d’asthme dans sa jeunesse. Je n’ai jamais renié mon passé. Mais Gilles, l'asthmatique, le diminué à l’école, il a pris le bord pour dire ben là, c’est Elvis Lajoie, c’est un nouveau personnage. Psychologiquement, c’est grâce à ça que j’ai passé à travers un paquet de problèmes, raconte-t-il dans le documentaire.

La réalisatrice Joannie Lafrenière indique qu’au départ, elle avait en tête de faire un docu-fiction; partir d’Elvis Lajoie pour développer l'histoire encore plus loin. Mais elle s’est vite rendu compte qu’avec ce personnificateur, la réalité dépassait la fiction. Tout ce qu’il me racontait n’avait pas de bon sens. Il n'y avait rien à ajouter!, s’exclame-t-elle.

Parmi les anecdotes invraisemblables, il y a cette réplique de Graceland, l’iconique manoir du King. À l’âge de 13 ans, Elvis Lajoie a construit une maquette de Graceland en bâtons de pogos. Je m’étais dit : “Un jour, ça va être ma maison.” Et 20 ans plus tard, à 33 ans, j’ai acheté mon terrain et j’ai dit : “Là, c’est mon projet, je fais mon Graceland”, relate-t-il.

Il vit aujourd’hui dans son Graceland – certes plus petit, mais tout de même spectaculaire.

Une grande maison blanche à colonnes et aux volets verts est entourée d'arbres.

La réplique de Graceland, la maison d'Elvis Presley, dans laquelle vit Elvis Lajoie.

Photo : capture d'écran / «King Lajoie», Joannie Lafrenière

Chaque fois que je passe avec des amis, si on va à Québec, ou qu’on passe par la 40, on fait toujours un petit détour. Je vais toujours leur montrer la maison d’Elvis Lajoie, explique Joannie Lafrenière, amusée. C’est situé dans un domaine où toutes les maisons sont des années 1980, et là, tu arrives… ça fesse. Du beau, beau bonbon.

S’éclater dans la forme

La réalisatrice ne voulait pas ridiculiser son sujet, alors là, pas du tout, mais elle tenait à ce que le documentaire demeure comique. Elle s’est permis de s’éclater avec les images, de mordre dans le kitsch à pleines paillettes.

C’est un beau prétexte pour s’amuser, autant avec les objets qu’avec les gens, les amener dans un endroit qui fonctionne aussi avec eux, explique-t-elle.

Elle s’est mise en quête de décors adaptés à chaque personnage – chose facile à Trois-Rivières, qu’elle décrit affectueusement comme le « bastion du kitsch ». On voyage dans toute la ville, que ce soit dans un salon de bronzage, à l’hôtel-motel Coconut, à la pizzeria Rock‘n’Roll…

C’est ainsi que s’enchaîne une série de tableaux fixes, à l’esthétique minutieusement étudiée – un style particulier développé par la réalisatrice.

Une série d'objets disparates sont posés sur un morceau de tissus à motifs sorti tout droit des années 1970.

La réalisatrice Joannie Lafrenière a aussi exploré le monde du kitsch par les objets.

Photo : Joannie Lafrenière

Mon grand problème avec les documentaires, souvent, c’est que je trouve que c’est plate. C’est comme si c’était resté dans la tête des gens que ça devait être square, déplore-t-elle. Il ne faut pas oublier que le documentaire, ça reste du cinéma, on peut aussi explorer la forme. J’ai mis beaucoup de temps, et par le fait même beaucoup de soin, dans chaque plan. Et pourquoi ces décors-là? Parce qu’on est dans du Elvis kitschy, ça allait avec le sujet.

Quand elle a commencé à tourner, vers la fin de 2013, Joannie Lafrenière ignorait qu’elle se lançait dans une aventure aussi longue. Le travail s’est finalement étalé sur cinq ans, en comptant une escale à Memphis, où Elvis Lajoie a emmené un groupe de touristes québécois découvrir les lieux marquants de la vie du King. Et à travers tous ces tournages, elle a appris à connaître un personnage attachant et passionné.

On vit à une époque où l'on a tendance à juger, je trouve. On a tendance beaucoup à rire [des gens], relève la réalisatrice. Je suis toujours en train de me demander : “Mais… on est qui, de toute façon, pour juger?”

Elvis Lajoie est tellement assumé, tellement heureux. C’est aussi ça, le sens qu’on cherche à donner à nos vies.

Joannie Lafrenière

Le documentaire King Lajoie sera présenté le 16 novembre au Cinéplex du Quartier latin, puis le 17 novembre au Cinéma du Parc. Il sera éventuellement diffusé sur la plateforme numérique CBC Docs.

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