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Plus d’autonomie pour l’Alberta?

Le reportage de Laurence Martin

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au moment où la popularité des libéraux de Justin Trudeau est au plus bas en Saskatchewan et en Alberta, l’ancien chef réformiste Preston Manning reprend du service. Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, l’a nommé à la tête d’un comité visant à donner plus d’autonomie à sa province. Radio-Canada a rencontré M. Manning.

À 77 ans, l'ancien chef du Parti réformiste revient à l'avant-scène pour défendre les intérêts de l'ouest du pays.

Les gens dans l'Ouest sont furieux, craintifs. Ils ne sentent pas que le gouvernement fédéral travaille pour eux. Ils voient Ottawa comme un adversaire, pas un allié.

Preston Manning, ancien chef du Parti réformiste

M. Manning reprend quasiment les propos qu’il tenait en 1991. Il y a beaucoup de cynisme dans l'Ouest à l'égard du système politique fédéral, dit-il.

Selon Preston Manning, le sentiment d'aliénation qui mine l'Alberta et la Saskatchewan est profondément ancré dans l'histoire des deux provinces.

Au moment de la Confédération, l'Ouest canadien était considéré comme une colonie par l'Ontario et le Québec. L'Alberta et la Saskatchewan ne contrôlaient pas leurs ressources naturelles, contrairement aux autres provinces. Il a fallu attendre les années 30 pour que ça change, explique-t-il.

Une caricature publiée dans un journal des Prairies en 1915 montrait des fermiers de l'Ouest en train de nourrir une vache, tandis que l'Est du Canada en tirait tous les profits. Est-ce un bon exemple de l'état d'esprit qui régnait à l'époque? Aujourd'hui, le rapport de force est plus équilibré, concède Preston Manning, mais l'Ouest continue de ne pas se sentir apprécié à sa juste valeur.

L'Alberta a soutenu chaque province avec ces transferts vers le gouvernement fédéral et le Québec, dit l'ancien chef réformiste.

D'où l'importance, croit-il, de ce comité créé il y a quelques jours par le premier ministre Kenney pour renforcer l'autonomie de sa province.

Si la fédération ne veut pas nous aider, nous allons prendre les choses en main. La province étudie la possibilité de se doter de son propre régime de retraite, d'une agence de revenu unique et d'un corps de police albertain pour ne plus dépendre de la GRC. Bref, on s'inspire du Québec.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

Duane Bratt, politologue à l'Université Mount Royal, estime que la démarche de l'Ouest est dictée par un sentiment de jalousie.

Je pense qu'il y a de la jalousie envers ce qui se passe au Québec. On voit les pouvoirs que le Québec a obtenus au fil du temps et on se dit : "Nous aussi, on devrait avoir la même chose." Sauf qu'on ne tient pas compte du fait que le Québec a une langue et une culture distincte. On revient à la logique de : "Chaque province devrait être égale."

Pour Peter Downing, chef du nouveau parti indépendantiste de l'Ouest – le Wexit – qui rêve de voir cette Assemblée législative à Edmonton transformée en parlement national, Jason Kenney n'avait pas le choix de parler d'autonomie.

Il doit proposer ces changements maintenant. Sinon, il n'aurait plus de pertinence politique. Mais le politologue croit que le premier ministre albertain est en train d'utiliser le sentiment isolationniste à son avantage.

Pour moi, Jason Kenney agit comme Robert Bourassa, l'ancien premier ministre du Québec à la fin des années 80, qui disait au reste du Canada : "Moi, je suis fédéraliste, mais si vous n'adhérez pas à nos demandes, vous risquez de vous retrouver avec un Jacques Parizeau souverainiste.", dit-il.

La stratégie est habile, croit le politologue, même si le mouvement indépendantiste albertain reste encore embryonnaire.

La colère, par contre, est bien réelle et ne doit pas être ignorée, pense Preston Manning.

La pire réaction de l'establishment serait de dire que tous ces Albertains mécontents sont ignorants, stupides, et de rejeter du revers de la main leur frustration, dit-il.

On risquerait, conclut-il, de galvaniser encore davantage le ressentiment des Albertains envers leur pays.

D'après un reportage de Laurence Martin

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