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Barack Obama au Centre Bell ou comment compter des buts dans un filet désert

Deux policiers à cheval à l'entrée du Centre Bell à Montréal.

La présence d'un ancien président américain amène des mesures de sécurité particulières.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Émilie Dubreuil

Au moins 12 000 personnes étaient réunies jeudi soir au Centre Bell pour entendre l’ex-président des États-Unis prononcer un discours réconfortant, rassembleur, mais convenu.

Stéphane Rondeau, 54 ans, était assis au bar de la Cage–Brasserie sportive du Centre Bell, histoire de se réchauffer et de se restaurer un peu avant de se nourrir l’esprit. L’ingénieur n’a pas hésité à payer 200 $ pour s’abreuver des paroles de l’ex-président des États-Unis.

Pourquoi êtes-vous venu? On en a besoin parce qu’en ce moment, ce qu’on nous offre en politique est du fast-food indigeste. Il est inspirant, nous a-t-il dit.

Inspirer. C’est le mot le plus prononcé par ceux que nous avons interrogés à l’entrée du Centre Bell. Il m’inspire, a déclaré un homme de 25 ans venu avec un groupe de jeunes leaders issus de la diversité.

Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation dans le cabinet de Philippe Couillard, a aussi employé le mot : C’est un homme inspirant. Il faut retenir des leçons de lui. Sa dignité, entre autres. Il a enseigné au monde que lorsque les enjeux sont importants, il faut baisser le ton et certains auraient avantage à s’inspirer de cela dans le quotidien.

L'ex-ministre de l'Éducation est devant le Centre Bell.

Sébastien Proulx

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Bref. La foule avait (très) envie d’être inspirée par un idéal, un personnage qui est d’autant plus attachant que celui qui occupe le poste aujourd’hui les rebute, même s’ils ne votent pas aux États-Unis.

L’auteure-compositrice-interprète Ines Talbi, 35 ans, avait beaucoup d’attentes. C’est une rock star de la politique. Il a marqué ma vingtaine. Obama, c’était l’espoir, nous a-t-elle expliqué avant cet entretien d’une heure organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

La foule était donc conquise d’avance. Même Michel Leblanc, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, avait peine à contenir son enthousiasme et sa déférence. Nous allons vivre un beau moment ensemble, a-t-il déclaré dans le Centre Bell avant de lancer un youhou de joie contagieuse. À ce moment-là, Obama est entré en scène. La foule l’a ovationné durant une longue minute.

Obama a pris place sur la scène où l’attendait une jolie chaise toute blanche. Il était élégant, drôle, décontracté. Il a ravi la foule, d’entrée de jeu, en parlant, l’air humble et badin, de sa femme plus populaire que lui. Plus de gens sont venus à sa conférence qu’à ma première ici, alors je devais revenir.

L’homme a évoqué, plein de tendresse et d’humour, ses filles qui ne répondaient pas toujours à ses textos. Il a déclaré au public qu’il aimait notre ville, ce qui a provoqué un gloussement d’une presque extase dans les gradins. J’aime les Canadiens, j’aime Montréal et je suis content d’être de retour ici, même si c’est plus doux en juillet, a ajouté l’ex-président.

Des gens prennent une photo devant une affiche de Barack Obama.

Des jeunes n'hésitaient pas à prendre des photos avant la conférence de l'ex-président des États-Unis, Barack Obama, le 14 novembre 2019 au Centre Bell.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Yes we can!

Pas moins de 2500 jeunes étaient dans l’assistance. L’ex-président a d’ailleurs consacré de longues minutes à une ode à la jeunesse bien sentie. Ils sont sophistiqués, idéalistes et n’ont pas peur de la différence, a résumé Obama.

Il a aussi expliqué le projet de fondation auquel il travaille avec sa femme et dont l’objectif est d’aider les jeunes qui ont des idées en vue de changer le monde. Nous voulons créer des millions de Barack et de Michelle, a-t-il dit avant d’ajouter, moqueur : Évidemment, c’est une métaphore!

En parlant des jeunes idéalistes et du défi des changements climatiques, Barack Obama a salué la militante suédoise Greta Thunberg, mais a tout de même eu l’audace, rare en cette soirée très consensuelle, de dire qu’il ne fallait pas vilipender les gens qui, par exemple, ont besoin d’utiliser leurs véhicules pour se rendre au travail ou qu’on ne devait pas minimiser les impacts des changements verts sur le travail et les revenus de millions de personnes.

Dans le même ordre d’idées, il a vanté les percées dans le domaine de l’intelligence artificielle tout en déclarant qu’il ne fallait pas négliger tous les travailleurs qui allaient perdre leurs emplois au profit de robots.

Une personne passe devant une pancarte annonçant la conférence de Barack Obama.

L'ex-président des États-Unis Barack Obama prononçait une conférence le 14 novembre à Montréal.

Photo : Ivanoh Demers

Obama a parlé du Canada comme d’un modèle, entre autres, en ce qui a trait à l’accessibilité des soins de santé. Il a souhaité plus de place aux femmes en recherche et en sciences. Il a revendiqué que les gens dialoguent au-delà des chapelles des réseaux sociaux. Il a formulé le désir que les gouvernements du monde stimulent une économie plus verte, etc.

L’homme a conclu par une bonne dose d’optimisme, rappelant que, malgré tout, l’humanité allait, si on regardait dans le rétroviseur de l’histoire, plutôt bien. Il a demandé aux gens présents de s’impliquer. Il faut se demander, chacun d’entre nous, ce que nous pouvons faire...

Quelqu’un dans la foule a répondu enthousiaste à l’ex-président par son slogan célèbre : Yes, we can! Mais le peut-il encore? Obama n’a insufflé qu’une inspiration tiède en ce soir cru de novembre.

Or, certains de ses admirateurs sont restés sur leur faim après qu’Obama eut offert, un peu mollement, les classiques de son répertoire, sans jamais évoquer les déboires de son successeur qui fait face à une procédure de destitution.

J’ai l’impression d’avoir assisté à une entreprise de marketing. Une annonce de savon, positiviste et bien-pensante. Je m’ennuie de lui à Washington, mais je me suis ennuyé dans sa conférence, a résumé Ines Talbi au sortir du Centre Bell.

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