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Morberg House : le défi financier de tenir jusqu’en avril 

Deux hommes se tenant par les épaules posent pour la caméra.

Jared Gerlinger et Kyle McKenzie disent que Morberg House les a aidés à combattre leurs dépendances et leur a redonné espoir.

Photo : Radio-Canada / Marianne Klowak

Radio-Canada

Morberg House, la maison de transition pour les hommes sans-abri située dans le quartier de Saint-Boniface à Winnipeg, tire la sonnette d’alarme. Il lui manque 200 000 $ pour tenir jusqu’en avril, au moment où une entente avec Centraide et un projet de recherche de Santé Canada pourront lui permettre de sortir la tête de l’eau.

La fondatrice de la maison, Marion Willis, affirme que la situation n’est pas au beau fixe, à court terme, pour le refuge qui n’a plus d’argent pour payer ses employés.

« Nous devons trouver 200 000 $ pour rester ouvert, soit 50 000 $ par mois pour les quatre prochains mois, affirme Marion Willis, qui a mis sur pied la maison ainsi que Saint-Boniface Street Links.

« Si nous n’y arrivons pas, je pourrais être forcée de fermer la maison et ce serait vraiment dommage », dit-elle.

Morberg House est sous l’égide de Saint-Boniface Street Links, un organisme sans but lucratif fonctionnant avec des dons. Depuis son ouverture, il y a trois ans, la maison n’a bénéficié d’aucune subvention stable. Le refuge a cependant obtenu un certain succès en aidant ses résidents à lutter contre leur toxicomanie et en travaillant à leur réintégration sociale. 

L’organisme bénéficie ainsi de l’appui de plusieurs avocats criminalistes et de procureurs de la Couronne, qui constatent qu’il arrive à changer la vie d’hommes jusque-là coincés dans le cercle vicieux de la toxicomanie et de la criminalité. 

« Cet endroit a complètement changé ma vie »

Jared Gerlinger, 22 ans, a bénéficié du programme. Un juge lui a ordonné de séjourner à Morberg House pendant neuf mois en raison de sa consommation de méthamphétamine et d’autres drogues qui l’ont amené à commettre des crimes. 

« J’ai plaidé coupable pour purger ma peine ici, dit-il, et ça a été une bénédiction. Je ne pourrais demander mieux. C’était ce dont j’avais besoin : je suis sobre depuis neuf mois. »

« Cet endroit est formidable. Ça a complètement changé ma vie. Je ne pensais pas pouvoir fêter mes 22 ans », ajoute-t-il.

Vivant dans la maison depuis le mois de mai, il a vu des douzaines d’hommes aller et venir, venant à bout de leur toxicomanie, retournant sur les bancs d’école ou obtenant un emploi dans la communauté. 

Jared Gerlinger ne comprend pas pourquoi le refuge ne reçoit pas un appui financier stable de la part du gouvernement provincial. 

« Ça coûterait beaucoup plus cher si j’étais dans une prison plutôt qu’ici, souligne-t-il. Cet endroit change la vie des gens. »

En réponse aux questions de Radio-Canada, la province n’a pas voulu indiquer ce qu’il en coûte pour héberger un détenu dans un centre correctionnel pendant neuf mois. Dans une déclaration écrite, un porte-parole du gouvernement indique que les dépenses de fonctionnement d’un centre correctionnel ne peuvent être comparées à un placement dans la communauté.

« Nous ne pouvons pas continuer d’offrir nos services gratuitement à la Ville et la province, affirme Marion Willis. Nous pensions qu’en bâtissant un modèle de lutte contre la toxicomanie et la méthamphétamine, et en obtenant du succès, il y aurait un appui de la province, mais nous ne sommes toujours pas financés. » 

La maison compte 12 lits et peut accueillir quelques pensionnaires supplémentaires. Dix hommes attendent en ce moment de pouvoir y être hébergés, dit-elle. 

700 $ par mois par client

Le budget de Morberg House est d’un peu moins de 700 000 $ par an. Son seul revenu garanti est une somme de 127 000 $ qui provient d’un programme provincial d’aide à l’hébergement des clients. La province confirme que cette aide mensuelle se situe à 700 $ par client. 

Marion Willis explique qu’elle doit faire appel à la générosité d’organismes religieux, de sociétés et donateurs privés pour boucler son budget. 

La maison emploie une infirmière psychiatrique, un ergothérapeute et neuf autres personnes. La possibilité qu’elle ferme ses portes le mois prochain en inquiète certains.  

Kyle McKenzie, 30 ans, a d’abord été hébergé par Morberg House il y a neuf mois. Cet ancien toxicomane et joueur chronique travaille maintenant dans la maison, où son expérience est utile pour appuyer les pensionnaires, auprès de qui il joue le rôle de mentor.   

« Je suis inquiet parce que nous aidons beaucoup de gens. Si cet endroit ferme, je ne sais pas ce qui arrivera. Je me suis retrouvé dans des centres de traitement 14 fois dans ma vie, et c’est le seul qui m’a vraiment aidé à m’en sortir », dit-il.

Tout n’est cependant pas noir pour Morberg House, puisqu’une entente avec Centraide lui permettra d’obtenir un appui financier à compter d'avril 2020. 

Son programme devrait aussi devenir un projet de recherche de Santé Canada en mars. Si ce projet de recherche a du succès, le programme pourrait être étendu à la province et peut-être ailleurs, selon Marion Willis. 

D’ici le mois d’avril, elle cherche donc des moyens de maintenir la maison ouverte. « Si l’aide n’arrive pas rapidement, c'est la fin », conclut-elle.

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