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analyse

Face à la frustration de l’Ouest, Justin Trudeau gagne du temps

Justin Trudeau marche à l'extérieur.

Justin Trudeau semble vouloir gagner du temps, selon Madeleine Blais-Morin.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Madeleine Blais-Morin

En politique, bien des erreurs se font lorsque les gouvernements sont trop pressés. Le cafouillage du dossier de l’immigration à Québec en est un bon exemple. Alors qu’il entame son deuxième mandat, le gouvernement Trudeau ne peut certainement pas être accusé du même excès de vitesse. Au contraire, il semble surtout vouloir gagner du temps. Mais est-ce que ce sera gagnant?

Un des casse-têtes de Justin Trudeau sera sans nul doute d’apaiser les frustrations de l’Ouest sans renier son programme électoral ni créer du ressentiment ailleurs au pays.

Comment répondre aux premiers ministres Jason Kenney de l’Alberta ou Scott Moe de la Saskatchewan qui réclament, par exemple, une nouvelle formule de péréquation, ce programme qui vise à redistribuer les richesses à travers le pays?

Pour le moment, Justin Trudeau redonne une partie du fardeau au premier ministre saskatchewanais. Dans le compte rendu écrit de sa rencontre, on peut lire qu’il l’invite à collaborer avec tous ses homologues des provinces pour obtenir un consensus sur les modifications possibles à la formule.

Tâche ingrate, voire impossible s’il en est. Il est difficile de penser qu’entre elles, les provinces vont arriver à s’entendre. Le Québec, par exemple, qui reçoit cette année les deux tiers de la péréquation, n’a aucun incitatif à changer le mode de calcul. Le gouvernement fédéral ne fera pas disparaître le problème en tentant de le confier à ceux qui l’ont soulevé.

Une autre revendication des provinces de l’Ouest est l’annulation de la nouvelle loi sur l’évaluation d’impact environnemental, parce qu’elle est vue comme un obstacle à tout nouveau projet de pipeline.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, et le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, et le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld/Jason Franson

Dans ce dossier, Justin Trudeau gagne du temps en invitant le premier ministre Moe à lui suggérer des améliorations à apporter au nouveau processus. Tendre l’oreille sera nécessaire s’il veut calmer les tensions. Mais dans un climat de méfiance, il faudra plus.

Sûrement conscient que les belles paroles ne suffiront pas, le premier ministre a tenu à signaler que plus de 2200 personnes travaillent actuellement à la construction de l’oléoduc [Trans Mountain] à l'extérieur d'Edmonton et à Burnaby.

La représentation de l’Ouest au cabinet

Ce qui contribue à alimenter le sentiment d’aliénation de l’Ouest – et complique la tâche de Justin Trudeau –, c’est que son parti a été rayé de la carte en Saskatchewan et en Alberta. Comment va-t-il démontrer qu’il conserve un lien étroit avec ces provinces?

Il faudra peut-être attendre la composition de son cabinet, le 20 novembre, pour le savoir.

Là aussi, il s’est alloué du temps pour y réfléchir. La dernière fois qu’un premier ministre canadien a mis autant de temps pour former un cabinet, c’était après l’élection du 27 novembre 2000. Jean Chrétien avait pris 43 jours pour assermenter ses ministres.

Personne ne pourra reprocher à Justin Trudeau d’être trop pressé. Mais il sera quand même jugé, tôt ou tard, sur ses décisions.

Et s’il tarde trop à agir, il court le risque de voir la frustration de l’Ouest prendre de l'ampleur. Gagner du temps peut être une stratégie à double tranchant.

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