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Bris d’aqueducs : une situation loin d'être terminée

La Ville de Montréal a considérablement augmenté son budget pour améliorer ses infrastructures d’eau. Mais le retard accumulé ces dernières décennies complique la situation.

Un employé évacue l'eau qui a inondé une station de métro.

Le bris d'une conduite d'eau dans une ligne de métro montréalaise mercredi matin a paralysé les déplacements dans la métropole.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Romain Schué

Montréal est « en mode rattrapage » dans l'entretien de ses infrastructures d'eau, explique l’administration Plante, quelques heures après le bris d'une conduite au centre-ville, qui a causé une interruption du service sur la ligne orange du métro durant un bon nombre d'heures.

Au cours des dernières années, la Ville a pourtant largement haussé ses investissements pour combler à la fois son déficit d’entretien du réseau routier, mais aussi celui des infrastructures d’eau.

Au début des années 2000, rappelle le conseiller et responsable de l’eau au comité exécutif Sylvain Ouellet, un budget d’environ 20 millions de dollars était prévu, annuellement, pour le réseau souterrain de la métropole. Pour 2019, la Ville prévoit d’investir 482 millions.

Une somme appelée à être revue à la hausse les années suivantes, mais qui est encore inférieure aux estimations de la Ville. La métropole avait récemment évalué la nécessité d’un investissement annuel de 625 à 800 millions pour rattraper convenablement le retard.

« Il faut accélérer le rythme de croissance des investissements dans les actifs de l’eau », avait d'ailleurs soutenu la direction du service de l'eau de la métropole, dans un rapport présenté à la fin de 2018, tout en précisant que 11 % des actifs « sont considérés en déficit ou en mauvais état ».

On est dans la gestion de risque, et le risque zéro n’existe pas. Pendant des années, on n’a rien investi.

Sylvain Ouellet, conseiller de la Ville de Montréal

Le coup de barre est en réalité intervenu au début de l’ère de l'ex-maire Denis Coderre.

En 2013, l’administration municipale avait dépensé 145 millions pour l’entretien de ces infrastructures, avant d’augmenter ce budget de plus de 60 % l’année suivante, quelques mois après l’arrivée au pouvoir de l’ex-député fédéral. La progression a ensuite été constante.

« C’était évident, on avait un énorme retard. Nous savions qu’il y aurait plus de bris qui allaient arriver et que ça allait avoir des conséquences sur la vie des gens. C’était primordial d’augmenter les budgets », souligne Lionel Perez, responsable des infrastructures dans la précédente administration.

Plus de 1,5 milliard de dollars d’ici 2021

La Ville de Montréal a prévu des sommes records pour tenter de combler son retard. Pour la période 2019-2021, un montant de 1,58 milliard de dollars est prévu pour les infrastructures de l’eau dans le dernier Programme triennal d’investissements (PTI). Concrètement, selon ce document, près de 400 km de conduites sur les réseaux secondaires d’aqueducs et d’égouts seront remplacés d’ici 2021. L’administration Plante avait d’ailleurs décidé d’augmenter la taxe sur l’eau au début de 2018 pour financer ces réparations.

Un « laisser-aller énorme » par le passé

Alors que Montréal perd un peu moins d’un tiers de son eau en raison de fuites (31 %), ces investissements s’avèrent primordiaux, juge Sylvain Ouellet, qui précise que « le déficit accumulé » s’élève à environ 3,5 milliards de dollars.

« D’ici 10 à 15 ans », ajoute-t-il, des installations plus que centenaires, mises en place au début du 20e siècle puis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, « arriveront à échéance ». C’est-à-dire en fin de vie, avec le risque d’une rupture.

Bien que le nombre de bris ait baissé ces dernières années, ce sont près des deux tiers des aqueducs existants qui doivent être prochainement changés ou réparés, selon Sylvain Ouellet.

La Ville a d'ailleurs déjà annoncé que 2 % à 3 % de son réseau tombera annuellement dans la catégorie « en mauvais ou très mauvais état ».

Des milliers de kilomètres de conduite

Au total, la Ville de Montréal comprend 770 km de conduites principales d’aqueduc, 3600 km de conduites secondaires d’aqueduc, 550 km de collecteurs d’égouts, 4300 km de conduites secondaires d’égouts et 90 km d’intercepteurs.

Pourquoi un tel rattrapage, parfois urgent, est-il nécessaire? Tout simplement en raison d'un manque d'entretien par le passé.

« Lorsqu’on regarde les montants investis par le passé, il y avait un laisser-aller énorme. On a dû se retrousser les manches et on commence seulement à rattraper le déficit », soutient Lionel Perez, désormais chef de l’opposition officielle.

Après les longs mandats de Jean Drapeau (1954-1957, puis 1960-1986) et de Jean Doré (1986-1994), les caisses de la Ville pour l’entretien de ce réseau sous-terrain étaient quasiment vides.

« Ils avaient d’autres priorités, indique Danielle Pilette, professeure spécialisée dans la politique montréalaise à l’UQAM. Jean Drapeau voulait surtout faire connaître Montréal, valoriser la métropole. »

Pendant longtemps, on n’a pas mis d’argent dans l’entretien, mais dans la réalisation de nouveaux projets. C’était une autre époque.

Danielle Pilette, professeure à l’UQAM

« On le savait », admet un ancien responsable de la Ville

Ancien bras droit de Pierre Bourque et président du comité exécutif de 1998 à 2001, Jean Fortier confirme qu'il y a eu des « négligences dans l'entretien ». « On le savait dans le temps », assure-t-il, avant de rejeter notamment la faute sur « les fonctionnaires ».

« Ils avaient tendance à ne pas dire la vérité aux autorités supérieures, par peur d'être le messager de la mauvaise nouvelle », affirme celui qui s'était brièvement présenté dans la course à la mairie en 2017.

Désormais, regrette Lionel Perez, « on en paye les impacts et ça nous coûte plus cher ».

« C’est comme lorsque tu veux réparer ton toit. Si tu n’as pas un fonds de prévoyance prévu pendant des années, si tu n’as rien mis de côté, c’est difficile », juge Sylvain Ouellet, en évoquant la nécessité de compter sur des subventions gouvernementales, pour ne pas toucher davantage au « fardeau fiscal » des Montréalais.

À la mi-octobre, la Ville avait d’ailleurs dû procéder d'urgence à des travaux de réparation de l’une des principales conduites, d’un diamètre de 2,1 mètres, située le long de l’autoroute Ville-Marie. La Ville redoutait des inondations majeures.

Selon la métropole, une intervention d'urgence coûte dix fois plus cher qu’une réparation en amont.

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