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L’Outaouais peine à garder ses infirmières, bien qu’elle en forme toujours autant

L'étudiante se trouve devant un lit d'hôpital, où un faux patient est allongé

Camille Lamont est étudiante en sciences infirmières à l’UQO

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Laurie Trudel

Malgré la mauvaise presse entourant la profession, le nombre d’infirmières diplômées à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et au Cégep de l’Outaouais n’a pas dégringolé dans les dix dernières années, selon des données obtenues par Radio-Canada. Le potentiel de recrutement de nouvelles infirmières en Outaouais est donc toujours présent, mais elles sont nombreuses à bouder la région pour y travailler.

Bien que la dure réalité des infirmières en Outaouais fasse la manchette régulièrement, Camille Lamont a tout de même eu la piqûre du métier. L’étudiante au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) rêve de devenir infirmière pour avoir un emploi concret et un impact direct dans la vie des gens.

Mais après ses études en Outaouais, la future professionnelle de la santé compte se trouver un emploi dans une autre région.

Je ne sais pas si j’ai envie de pratiquer dans un milieu comme ça, si l’Outaouais est vraiment l’endroit pour moi.

Camille Lamont, étudiante en sciences infirmières à l’UQO

Camille préfère tenter sa chance dans le Nord-du-Québec, qui a également des besoins criants en matière de personnel. Elle aimerait aussi aller faire du travail à l’international là où l’expertise des infirmières est davantage reconnue et valorisée, selon elle.

 AMÉLIE BARRETTE

Amélie Barette pourrait rester en Outaouais après son cheminement scolaire.

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Sa collègue de classe Amélie Barrette ne ferme quant à elle pas la porte à l’Outaouais. Elle trouve important de redonner à sa région natale et veut contribuer à améliorer le sort des infirmières. Amélie reconnaît toutefois que bien d’autres collègues de classe ne partagent pas ce dévouement pour la région.

Il y a un prof qui a fait l’exercice à main levée dans notre cohorte, qui est d’à peu près 45 étudiantes, à savoir qui voudrait rester dans la région. Je vous dirais que c’est moins de 50 %.

Amélie Barrette, étudiante en sciences infirmières à l’UQO

Amélie dit vouloir donner une chance au système de santé de l’Outaouais, mais elle ne sait pas si elle pourra y demeurer longtemps. Peut-être que moi aussi je vais arriver à la conclusion que la charge de travail est trop... Le temps supplémentaire obligatoire, je n’ai pas envie d’en faire, confie-t-elle.

Le nombre de diplômes octroyés demeure stable

Au cours des dix dernières années, des centaines d’étudiantes comme Sarah Berete ont choisi de compléter leur formation pour devenir infirmières. L’étudiante de troisième année a pour sa part choisi le parcours collégial, au Cégep de l’Outaouais.

Je me fais souvent dire: “Pourquoi tu étudies en soins? Tu vois les conditions de travail, pourquoi tu t’embarques dans ça?” C’est triste d’entendre ça, parce qu’on en a besoin. Si on ne fait rien pour essayer d’améliorer ça, ce sera de pire en pire.

Sarah Berete, étudiante en soins infirmiers au Cégep de l’Outaouais

Bien que d’autres régions du Québec pourtant moins populeuses forment davantage d’infirmières, le nombre d’infirmières bachelières qui ont suivi le parcours DEC-BAC de l’UQO a augmenté de façon significative depuis dix ans. Ces données englobent les deux campus offrant la formation, soit ceux de Gatineau et de Saint-Jérôme.

 

Le nombre de diplômées au baccalauréat en sciences infirmières de l’UQO, offert exclusivement à Gatineau, est quant à lui demeuré relativement stable au cours des dix dernières années.

Le constat est semblable au Cégep de l’Outaouais. Malgré une baisse du nombre d’inscriptions observée en 2018, le nombre de nouvelles infirmières qui obtiennent leur diplôme collégial d’année en année ne diminue pas non plus.

 

Manque criant d’infirmières en Outaouais

Pourtant, la pénurie d’infirmières est bien réelle au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais. À Gatineau seulement, il manque 162 infirmières. Des dizaines de postes sont non pourvus partout ailleurs en Outaouais, notamment dans les milieux ruraux où la pénurie est encore plus inquiétante.

Les autorités de santé n’arrivent pas à recruter et garder suffisamment d’infirmières pour combler tous leurs postes vacants. Le directeur adjoint des ressources humaines, Robert Giard, est constamment à la recherche de nouvelles solutions afin de convaincre davantage d’infirmières de choisir l’Outaouais et d’y demeurer.

Robert Giard discute avec une journaliste autour d'une table dans son bureau.

Robert Giard (à gauche) est directeur adjoint à la direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CISSS de l'Outaouais

Photo : Radio-Canada

M. Giard croit qu’il est possible de recruter jusqu’à une centaine de nouvelles diplômées au sein des différents établissements d’enseignement en Outaouais d’ici l’été prochain, mais rien n’est garanti. On veut leur offrir quelque chose qui va être attirant, lance Robert Giard.

De plus, la compétition avec l’Ontario est forte. Les salaires et les conditions de travail arrivent à convaincre plusieurs diplômées de traverser la rivière. À titre d’exemple, environ une infirmière sur quatre qui travaille à l’Hôpital Montfort, à Ottawa, habite au Québec.

 

En plus du recrutement d’infirmières effectué en France, le CISSS de l’Outaouais a signé récemment une entente avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) pour l’embauche d’un potentiel de 89 infirmières. Certaines pourraient arriver dans les établissements du CISSS dans les prochains mois, indique M. Giard.

Le CISSS de l’Outaouais dit collaborer également avec Emploi Québec et les maisons d’enseignement afin d’inciter certaines infirmières auxiliaires à aller suivre la formation nécessaire pour devenir infirmière.

Une infirmière auxiliaire ne laissera pas son salaire pour dire “je m’en vais sur les bancs d’école”. Peut-on faire une formation ajustée pour qu’elle devienne infirmière et faire un programme où on va la soutenir au plan financier et, en même temps, lui donner la formation?

Robert Giard, directeur adjoint à la direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CISSS de l’Outaouais

Une mauvaise utilisation de l’infirmière en cause?

Mais pourquoi les nouvelles diplômées désertent-elles la région? La réponse ne peut se limiter à la mauvaise presse entourant la profession, croient les responsables des programmes de formation à l’UQO et au Cégep de l’Outaouais.

Sylvain Brousseau, directeur du module des sciences de la santé à l’UQO, estime que les établissements doivent permettre aux infirmières d’exercer l’entièreté de leur étendue de pratique, afin de mettre en valeur leur expertise.

La réforme en 2015 aurait dû être une réforme de fond, c’est-à-dire [de mettre] la bonne personne, le bon professionnel, au bon moment, à la bonne place.

Sylvain Brousseau, directeur du module des sciences de la santé à l’UQO

La coordonnatrice du programme de soins infirmiers au Cégep de l’Outaouais, Hélène Simard, fait également remarquer que l’infirmière se fait parfois confier des tâches qui ne lui reviennent pas, par exemple celles de l’infirmière auxiliaire.

Un besoin d’améliorer la collaboration

Sylvain Brousseau et Hélène Simard estiment qu’il faut améliorer la collaboration entre le CISSS de l’Outaouais et les établissements d’enseignement. Parfois, on est trop dans des vases clos , déclare Mme Simard.

Puisque les étudiantes collégiales et universitaires sont en contact constant avec le milieu de travail dans le cadre des stages et des externats, Mme Simard croit également que l’accueil au sein des unités de soins doit être agréable pour que l’étudiante ait envie d’aller en stage. Ça commence là, le recrutement, lance-t-elle.

Le CISSS de l’Outaouais désire également accroître cette collaboration. M. Giard compte organiser la tenue d’une rencontre prochainement.

De leur côté, les futures infirmières Camille Lamont, Amélie Barrette et Sarah Berete croient que les autorités de santé de l’Outaouais gagneraient à être plus présentes dans les milieux d’apprentissage et plus tôt dans le processus académique, bien avant que le choix d’un lieu de travail se présente à elles.

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Ottawa-Gatineau

Santé