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Ces gilets jaunes ne « lâcheront pas » : portrait de cinq irréductibles

« Il y en a qui ne peuvent plus parce qu'ils sont malades, fatigués. Mais ils sont toujours de tout cœur avec nous. Ils nous encouragent! »

Le reportage de Marie-Eve Bédard

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Yanik Dumont Baron

La plupart des ronds-points français sont aujourd’hui désertés. Moins de vestes jaune fluo sont posées sur le tableau de bord des voitures.

Un an après l’explosion de leur colère, les gilets jaunes encore mobilisés se font plus rares. Il faut chercher pour trouver ceux qui n’ont pas délaissé les manifestations par crainte d'être blessés, ceux qui n’ont pas rangé la veste par découragement… ou encouragés par les concessions du gouvernement.

Voici cinq irréductibles, rencontrés sur un rond-point à Castelnau-de-Médoc, une ville de 5000 habitants, non loin de Bordeaux. Lors de notre visite, ils étaient une quinzaine à manifester, des jeunes, des retraités, des parents, des motards.

Daniel, le discret idéaliste

Daniel sourit à la caméra.

Daniel

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Il parle peu, préfère laisser les grandes déclarations aux autres.

C’est lui qui a accroché de grands panneaux pleins de slogans près du rond-point de l’Intermarché.

Son préféré, c’est la caricature qui dépeint le président et un gilet jaune en séance de tir au poignet.

Celui qui lâche a perdu. Les gilets jaunes ne lâcheront pas.

Daniel assure que le gouvernement français a la trouille infernale des gilets jaunes. Qu’il fait tout pour éviter un regain d’énergie des manifestants.

Il revient sur ce rond-point chaque samedi pour les enfants, pour la génération future.

Maçon à la retraite, il assure que l’année qui a passé n’a pas atténué l’urgence ressentie en novembre dernier.

C'est encore pire! Le fioul, le gaz, l'électricité, les péages. Tout augmente… sauf les salaires!

Daniel

Moi, ce que je ne comprends pas, c'est qu'on n'est pas plus nombreux que ça à réclamer une amélioration du pouvoir d’achat.

Mimi, la mère indignée

Mimi sourit à la caméra.

Mimi

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Bien difficile de ne pas la remarquer dans le lot.

Elle a de l’énergie et de l’humour.

Et c’est l’une des rares femmes encore présentes au rond-point.

Mimi se voit comme la représentante de tous ceux qui ne peuvent plus manifester.

Il y en a qui ne peuvent plus parce qu'ils sont malades, fatigués. Mais ils sont toujours de tout cœur avec nous. Ils nous encouragent!

Mimi

Au fil des mois, elle-même a revu à la baisse le temps consacré aux gilets jaunes.

Avant, j’y étais à 300 %, mais son mari et son fils se sont plaints.

Ça m’a fait réfléchir et forcée à diminuer un peu. À ne pas détruire mon couple.

Elle parle des séparations, des autres qui sont partis pour ne pas risquer d’être blessés lors des manifestations.

Mimi assure ne pas avoir bénéficié des mesures financières (totalisant 25 milliards de dollars) annoncées par le président Macron dans l’espoir de calmer la grogne sociale.

D’autres, des retraités par exemple, ont perçu une différence dans leurs revenus et sont venus la remercier.

Nous, on est fiers de ça. On n’a pas besoin d’être président pour améliorer les choses.

David, l’éborgné motivé

David sourit à la caméra.

David

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Lui n’était pas sur le rond-point de Castelnau. Il vient d’une autre région, mais représente ces quelque 2000 blessés lors des manifestations.

En mars, David a perdu un oeil. Frappé en plein visage par une de ces balles de caoutchouc dont l’usage policier est très controversé.

David aurait bien des raisons de raccrocher son gilet jaune.

On se pose assez souvent la question, parce qu'on est mutilé. On se dit : ''pourquoi retourner dans la rue, en fait?'' Si on est blessé, il faut continuer, en se disant qu'on aura été blessé pour quelque chose.

David

Père de famille, il promet d’être dans la foule à Paris ce week-end.

Et de se tenir un peu à l’écart des policiers.

Avant, on allait devant, dans le gazage, ça ne nous faisait même pas peur. Sa femme, elle n'est pas rassurée non plus, mais au final, on aura la fierté d’être là-bas.

David n’est pas surpris d’apprendre que seulement deux policiers ont été mis en accusation relativement au traitement parfois violent des manifestants.

Il dénonce ces omniprésentes caméras de surveillance qui ne semblent fonctionner que lorsque des manifestants sont en tort… mais pas lorsque des policiers abusent de leur autorité.

Ces trucs-là, c'est hallucinant!

David

Baptiste, le jeune idéaliste

Baptiste sourit à la caméra. Il a le visage maquillé en jaune. Une étiquette « Eau-position » est collée sur la bouteille qu'il tient dans sa main.

Baptiste

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

À 19 ans, c’est un peu le bébé du rond-point de Castelnau.

Il s’anime encore lorsque les automobilistes klaxonnent en signe d’appui.

Ce jour-là, les autres ont ri de son visage maquillé en jaune. Vif d’esprit, il a collé une étiquette Eau-position sur la bouteille et dénonce le président Macron avec des chants aux paroles parfois bien crues.

Baptiste réfléchit beaucoup, s’interroge sur les différents modèles de démocratie. Celui en vigueur en France ne lui plaît pas du tout.

Je ne crois pas que ça soit normal qu’on soit obligé de s’énerver pour être entendu. Il ne pleure pas les dégâts lors des manifestations. On n’a aucun moyen d’expression démocratique, dit-il.

Baptiste croit que le peuple français rejoindra en masse les gilets jaunes dès qu’une solution de rechange claire au système actuel sera articulée.

À ça, il réfléchit avec d’autres militants.

Aujourd’hui, les Français sont plus des supporteurs au stade qui sont là : "Allez les jaunes!", pendant que nous, on affronte l’arbitre.

Ce qu’on veut, nous, c’est que les gens descendent sur le terrain; tant qu’on ne leur donnera pas les raisons, ils ne descendront pas.

Baptiste

Manu, l’organisateur ambitieux

Manu sourit à la caméra. À côté de lui, une pancarte avec le slogan « On ne baissera pas les bras. Les gilets jaunes. »

Manu

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

C’est celui auquel les autres se réfèrent souvent sur le rond-point.

L’un de ces citoyens ayant lancé un appel à manifester dans leur coin de France, le 17 novembre 2018.

Du doigt, il montre un slogan défraîchi peint sur un parapet. Les employés de la voirie n’ont pas pu enlever "Macron démission" avec leurs jets d’eau sous pression.

Manu dénonce la pression de la gendarmerie, des tribunaux pour décourager les militants en jaune fluo.

Il juge que c’est à dessein que les médias français parlent moins du mouvement.

On n’en parle pratiquement plus. C’est exprès pour étouffer le mouvement. Mais le mouvement est toujours actif!

Manu

Lui cherche des façons d’organiser le mouvement, de financer les déplacements et les frais de justice des gilets jaunes. Comme on commence à se structurer, [le gouvernement] commence à avoir de plus en plus peur.

Le premier anniversaire du mouvement, il le voit comme un moment-clé, l’occasion de faire avancer leurs revendications.

J'invite les anciens gilets jaunes à revenir sur les ronds-points, sur les villes, dans les rues, pour qu'on refasse un impact international.

Il demeure discret sur les futures actions du mouvement. Des grands commerces ou de grandes entreprises pourraient être visés.

On pourrait leur faire perdre de l’argent. C’est malheureux, mais il faut en arriver là.

Manu

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