•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Patrick Senécal : écrire pour comprendre sa peur de la mort

Photo de Patrick Senécal.

L'auteur Patrick Senécal signe un 19e roman (adulte et jeunesse), avec « Ceux de là-bas ».

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Valérie Lessard

À l'instar de son nouveau héros, Patrick Senécal craint la mort et doit choisir : continuera-t-il à vivre en ayant peur jusqu'au bout ou trouvera-t-il une certaine forme de sérénité qui lui permettra de faire face à l'inéluctable? Avec Ceux de là-bas, l'auteur de thrillers a une fois de plus cherché à apprivoiser « la bête » en l'étudiant de près.

À 52 ans, Patrick Senécal n'hésite pas à se qualifier de chanceux, puisqu'il n'a pas encore perdu quelqu'un de vraiment, vraiment proche. Mais comment réagira-t-il quand une personne laissera un grand trou dans son quotidien? Pourquoi a-t-il peur de la mort? Qu'est-ce qui le terrifie tant dans cette idée du saut dans le vide? Où va-t-on après avoir laissé échapper notre dernier souffle : au paradis, en enfer, dans le néant?

Ce sont là autant de questions pour lesquelles il a éprouvé le besoin de prendre le temps de réfléchir, et de répondre à sa manière, en écrivant Ceux de là-bas.

Et tu dors...

S'il a rapidement évacué le spiristime - qu'il n'hésite d'ailleurs pas à faire rimer avec charlatanisme en entrevue - Patrick Senécal a fait de l'hypnose son moyen pour concrétiser la trame de son roman, pour jouer avec cette frontière entre la vie et l'inconnu.

L'hypnose, qui, comme la mort, peut opposer science et croyances, en flirtant avec le surnaturel métaphysique.

L'hypnose, qui aurait aussi le potentiel de laisser des traces terrifiantes quand elle devient spectacle à sensations. Ce sera le cas pour Victor, psychologue de formation dans la cinquantaine et exerçant sa profession au Cégep de Drummondville, qui ne sera plus jamais le même après avoir assisté à une prestation de Crypto.

Quand tu es hypnotisé, tu es endormi, et quand tu es endormi, tu n'es plus conscient. Et la mort, c'est l'absence de conscience. Alors toutes ces frontières, ces ambiguïtés, je les trouvais intéressantes pour parler de la mort.

Patrick Senécal, auteur de Ceux de là-bas

Crypto, à la fois naïf et narcissique assoiffé de gloire, aspire à repousser les limites de ses pouvoirs en tentant de maîtriser la mort. Euh... non! Ça ne marche pas de même! lance Patrick Senécal. La mort est plus forte que tout.

Quelqu'un tient le roman dans une pièce où un panneau suspendu indique une sortie de secours.

Par le biais de son roman, Patrick Senécal cherche à (se) convaincre de lâcher prise face à ce qu'il ne sait pas de la mort... et de vivre sans en avoir peur.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Cela n'empêchera pas Crypto de mettre littéralement la vie de Victor sens dessus dessous en éveillant en son cobaye sa propre mort... et toutes les craintes que Victor entretient face à cette dernière et à la finalité des siens, avec laquelle il sera aux prises.

C'est un poison, la peur. Je voulais montrer que c'est tellement poison, que ça peut nous poursuivre une fois qu'on est mort, fait valoir l'écrivain.

D'Arnaud, le chum de Crypto, à Guillaume, le cégépien désabusé, en passant par ses parents vieillissants et par Lucie, sa meilleure amie, Victor voit en chacun le reflet de ses propres angoisses et de ses questionnements métaphysique, philosophique, voire spirituel.

Patrick Senécal n'a pas voulu se faire réconfortant outre mesure, ni pour son héros ni pour ses lecteurs. Ni pour lui, athée qu'il est de plus en plus.

Je ne voulais pas proposer quelque chose pour rassurer les gens [...] mais je voulais dire, dans le fond : "Fais la paix avec ça pendant que tu es vivant [...]. Arrête d'avoir peur, parce que ça ne sert à rien".

Patrick Senécal, auteur de Ceux de là-bas

Il n'était pas non plus question pour lui de jouer à Dieu.

C'est un sujet trop sérieux, la mort, pour avoir la prétention de dire : "Moi, je vais vous dire ce qui arrive après la mort", soutient Patrick Senécal. Et puis, il faut que je sois conséquent : j'ai peur de la mort parce que je ne sais pas ce qui va se passer après, alors je ne vais sûrement pas écrire un roman dans lequel je vais proposer une solution! Mais je prône une solution pendant qu'on est en vie.

En s'attaquant à son nouveau thriller fantastique, le romancier a donc voulu mettre des mots sur ses angoisses intimes dans l'espoir de parvenir à accepter de ne pas tout contrôler et, surtout, de ne pas tout savoir.

Même quand je vais être à 10 secondes de mourir, je ne saurai pas plus, ce qui va se passer. [...] Écrire là-dessus, c'est une façon d'essayer de faire la paix avec ça moi-même. J'ai encore peur de la mort. L'idée de la mort me révolte encore, confie-t-il. Mais j'ai toujours pensé que d'approcher la bête, c'est une manière de la dompter.

Une première Nuit du polar à Gatineau

Patrick Senécal prendra part à la toute première Nuit du polar, qui se déroulera de 21 h à minuit le 16 novembre à la Maison Fairview, à Gatineau. Cette activité hors les murs du Salon du livre de l'Outaouais donnera aussi l'occasion aux auteurs Johanne Seymour, Raymond Ouimet et Isabelle Amonou, en plus de l'ex-biologiste judiciaire du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale François Julien, de recevoir le public dans différentes pièces de ladite maison afin de le plonger dans leur univers. Une telle soirée autour du polar (enquête policière, roman noir, thriller...) s'avère la preuve en fait que ce genre de littérature là est en santé au Québec, qu'on commence à avoir assez d'auteurs connus, [...] pis qu'on commence à avoir un corpus de livres, de romans de ce genre-là, fait valoir Patrick Senécal, qui ne croit pas qu'une telle Nuit aurait pu avoir lieu il y a 15 ans au Québec.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Livres