•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pénurie de main-d'œuvre: « Il faut être fou pour choisir le métier de pêcheur! »

Deux photos montrant une femme et un homme sur un bateau de pêche.

Chelsey Ellis et Jonathan Chiasson ont une passion commune et ressentie pour le métier de pêcheur.

Photo : Chelsey Ellis

Geneviève Lasalle

« Moi, mon coeur est vraiment à la pêche aux crabes », lance Jonathan Chiasson, un Québécois qui vit sur son catamaran sur le fleuve Fraser, près de Vancouver. L’étincelle dans ses yeux éclipse presque son sourire. Le pêcheur de 38 ans avoue que, pour lancer un filet à l’eau, il faut être un peu « spécial », mais « spécial positif », précise-t-il, à travers un fou rire. « C’est juste que, pas n’importe qui peut faire ce métier. »

Ce métier particulier, de moins en moins de jeunes Canadiens le choisissent. Les longues périodes en mer à effectuer un travail qui demande une grande endurance peuvent en rebuter plusieurs. D’autant plus que le salaire incertain dépend du succès de la récolte.

Une femme regarde au large sur le pont d'un bateau de pêche.

Un des plus vieux souvenirs d'enfance de Chelsey Ellis est de partir en mer sur le bateau de son père.

Photo : Chelsey Ellis

Mais, pour Chelsey Ellis, les 54 jours passés au large de Nanaimo à pêcher la crevette constituent l’un de ses meilleurs souvenirs à vie. Je n’ai jamais eu autant de plaisir, admet la jeune pêcheuse de 32 ans.

Naviguer dans un monde dominé par les hommes n’est pas un défi pour cette fille de pêcheur de l’Île-du-Prince-Édouard. Tout dépend de l’attitude de ses collègues et du respect qu’on lui porte. Mais donner des directives à des hommes plus âgés porte parfois un coup à leur ego, ce qui peut créer des problèmes sur le bateau. Ça ne cadre pas avec leur réalité.

Et la réalité sur le bateau est tout sauf celle d'une croisière.

Une femme et un homme pêchent le crabe.

Lorsqu'on passe des semaines dans un endroit restreint avec des collègues, il faut espérer que ce soit des personnes positives et qui sont là par amour de la pêche, dit Chelsey Ellis. Une seule personne amère peut empoisonner tout le bateau.

Photo : Chelsey Ellis

Sur le pont des navires qui tanguent sur l'océan, les vagues cassent sous les cris répétés de l'équipage. On se tasse, la vague passe, et on continue, raconte Jonathan Chiasson.

C’est physique. C’est mental. J’ai vu des durs qui, après deux jours, pleurent comme des bébés.

Jonathan Chiasson

À 125 livres, je fais ce que je peux! dit Chelsey Ellis en riant. La clé, c'est l'état d'esprit, parce que, si on pense qu'on ne peut pas faire quelque chose, c'est beaucoup plus difficile, explique-t-elle.

Un bateau de pêche dans les eaux de la Colombie-Britannique.

Le manque de relève, que certains surnomment la «flotte grisonnante» inquiète les acteurs du milieu de la pêche. Une étude menée par le Conseil canadien des pêcheurs professionnels établit la moyenne d'âge à 54 ans.

Photo : Chelsey Ellis

Les journées sont longues, et le sommeil, rare. L'adrénaline qu'on ressent se compare à l'euphorie du coureur, selon Mme Ellis. La nuit venue, les pêcheurs étendent leur corps « brûlé » sur les lits superposés après des périodes de pêche intense pouvant aller jusqu'à 20 heures d'affilée.

Ça te laisse 4 heures pour dormir... mal! s'exclame Jonathan Chiasson.

Il y aurait moins de 900 pêcheurs accrédités dans la province, selon les dernières données de WorkBC. C'est qu'il faut être fou pour faire le métier, estime M. Chiasson, ou à tout le moins, véritablement passionné.

Tu ne peux pas faire ça pour l’argent, il faut que tu aimes ça. Travailler 8 heures dans un job que tu n’aimes pas, c’est long, hein? Imagine 24!

Jonathan Chiasson
Une pêcheuse en action.

Chelsey Ellis est membre du groupe de réseautage « Young fishermen of BC », qui offre du soutien et des ressources aux jeunes pêcheurs de la Colombie-Britannique.

Photo : Chelsey Ellis

Les communautés côtières qui comptaient autrefois des dizaines de pêcheurs en ont peut-être au mieux une poignée, note Evelyn Pinkerton, professeure à l'École de gestion des ressources et de l'environnement de l'Université Simon-Fraser.

Ce n'est pas un métier prestigieux, avance Mme Ellis. Elle a grandi l’Île-du-Prince-Édouard. Tout le monde connaît les pêcheurs. Ce sont nos entraîneurs de hockey, les leaders dans nos communautés, dit-elle.

La perception est différente en Colombie-Britannique. Les gens n'achètent pas sur les quais et ne traînent pas avec les pêcheurs comme nous le faisons sur la côte est, affirme-t-elle.

Un pêcheur.

Le travail est si manuel que les tunnels carpiens rompent et que les mains deviennent engourdies, ce qui peut empêcher Jonathan Chiasson de dormir. « Tu ne sais pas où mettre tes mains pendant ton sommeil. Quand tu te lèves, elle est figée. »

Photo : Chelsea Ellis

Lorsqu’il tire les filets de flétans sur la côte de Haida Gwaii, entouré des montagnes enclavées sur le petit archipel, et que les cachalots remontent à la surface, tout près des bateaux, Jonathan Chiasson trouve que les mauvais côtés du métier disparaissent en fumée. Même si je me dis que ma vie est terrible parce que j’ai mal partout, je m'arrête deux secondes et je me rends compte de la chance que j'ai.

Et là, c'est : va te chercher un café, allume-toi une cigarette, et à go, on repart!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Colombie-Britannique et Yukon

Industrie des pêches