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Le « jeudi noir » des Franco-Ontariens, un an plus tard

« Notre langue, nos droits » peut-on lire sur une affiche lors de la manifestation.

La jeunesse franco-ontarienne a répondu à l'appel à la mobilisation le 1er décembre 2018. Les nouvelles générations de francophones ont donné un souffle nouveau au mouvement de résistance, selon le président de l'AFO, Carol Jolin.

Photo : Radio-Canada / MARIE-MICHELLE LAUZON

Julie-Anne Lamoureux

C'était il y a un an, le jeudi 15 novembre 2018. Le gouvernement de Doug Ford annonçait lors de son énoncé économique qu'il mettait fin au projet de création de l'Université de l'Ontario français en raison des « défis financiers » de la province.

Il transférait également les responsabilités du commissaire aux services en français au bureau de l'ombudsman.

Depuis, le gouvernement est revenu sur certaines de ses décisions à la suite du tollé qu'elles ont suscité. Pour la communauté franco-ontarienne, le jeudi 15 novembre 2018 est devenu le jeudi noir.

Retour sur une année de choc, de tensions, de revendications, de résistance et de résilience.

Que reste-t-il de cet épisode?

L'ancien ministre des Finances de l'Ontario, Vic Fedeli, lors de la présentation de l'énoncé économique du jeudi 18 novembre 2018.

L'ancien ministre des Finances de l'Ontario, Vic Fedeli, lors de la présentation de l'énoncé économique du jeudi 15 novembre 2018.

Photo : Radio-Canada

Un an plus tard, la ministre déléguée aux Affaires francophones Caroline Mulroney est devenue ministre en titre des Affaires francophones, le gouvernement a signé une entente avec le fédéral pour que le projet d'Université de l'Ontario français puisse aller de l'avant et l'ombudsman de l'Ontario cherche toujours un nouveau commissaire pour diriger son unité des services en français à la suite de la dissolution du Commissariat aux services en français.

La perte

L'ancien commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau.

L'ancien commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau.

Photo : Radio-Canada

L'ancien commissaire aux services en français, François Boileau, est convaincu que la communauté a beaucoup perdu durant la dernière année.

Avec la dissolution du Commissariat et le transfert de ses responsabilités au bureau de l'ombudsman, il estime que la communauté n'aura pas droit au même traitement qu'avant.

D'abord, le nouveau commissaire ou ombudsman adjoint n'a toujours pas été nommé, un an après l'annonce de la création de ce poste.

Ensuite, il ou elle n'aura pas le titre d'officier indépendant de l'Assemblée législative pour interpeller les différents acteurs gouvernementaux.

Lorsque j'allais voir des sous-ministres ou des ministres, j'étais reçu comme étant un officier de l'Assemblée législative. Mais pour le prochain ou la prochaine commissaire, qui relève de l'ombudsman de l'Ontario Paul Dubé, ce ne sera pas le cas. Et ça, ça compte dans une organisation très grosse et très hiérarchique comme le gouvernement de l'Ontario. Tout le monde a compris le message selon lequel les services en français étaient... un peu moins importants maintenant.

François Boileau, ancien commissaire aux services en français de l'Ontario

Surtout, François Boileau décrit le bureau de l'ombudsman comme un endroit de dernier recours, tandis que son bureau avait plutôt un mandat proactif et tentait d'aller au-devant des problèmes pour les prévenir. Il ne répondait pas simplement aux plaintes.

La victoire

La présidente du conseil de gouvernance de l'Université de l'Ontario français, Dyane Adam

La présidente du conseil de gouvernance de l'Université de l'Ontario français, Dyane Adam

Photo : Radio-Canada

Le constat est beaucoup plus positif du côté de l'équipe de l'Université de l'Ontario français.

Une entente a finalement été conclue en septembre entre les gouvernements fédéral et provincial pour financer l'Université de l'Ontario français.

L'avancée majeure a été saluée par toute la communauté, même si le projet est maintenant reporté d'un an, avec une ouverture officielle prévue en septembre 2021.

La présidente du conseil de gouvernance de l'Université de l'Ontario français, Dyane Adam, parle d'une année positive malgré le choc de l'annonce de l'annulation du projet en novembre 2018.

Pour elle, c'est signe que les décideurs peuvent changer d'idée lorsqu'ils constatent à quel point la communauté est mobilisée.

Quand on a des épreuves, ça nous rend encore plus résilients. Ça fait des muscles. Je suis une Franco-Ontarienne. Je suis habituée à ça. On doit souvent faire valoir nos intérêts, faire valoir nos projets. Ce n'est pas évident pour des gouvernements qui arrivent, qui ne sont pas sensibilisés. C'est le lot des minorités linguistiques.

Dyane Adam, présidente du conseil de gouvernance de l'Université de l'Ontario français

En fait, Dyane Adam va même jusqu'à dire que toute la polémique aura donné une visibilité et une publicité incroyables au projet.

Tous les francophones du pays connaissent maintenant le projet, dit-elle. Toutes les universités au pays aussi, ajoute-t-elle.

Les leçons

Tout le monde s'entend pour dire que la crise linguistique aura eu l'avantage de mobiliser, de souder et de rassembler la communauté francophone.

Dans l'adversité, les liens se resserrent.

Vue en hauteur de centaines de personnes tenant des drapeaux franco-ontariens.

Des centaines de personnes ont manifesté en appui aux Franco-Ontariens le 1er décembre dernier

Photo : Radio-Canada / Gilles Taillon

Des milliers de personnes ont manifesté le 1er décembre 2018 aux quatre coins de la province pour dénoncer les compressions en francophonie.

Un mouvement de résistance s'est organisé. Et le gouvernement a pris acte de la colère des Franco-Ontariens et a modifié ses décisions.

La ministre dans un hall de l'assemblée législative avec des colonnes en marbre.

« Le gouvernement provincial, en partenariat avec le gouvernement fédéral, a trouvé une solution pour financer l'Université de l'Ontario français », a déclaré la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Photo : Radio-Canada

À cet effet, après l'énoncé économique de la semaine dernière, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, disait espérer que la communauté francophone ait vu que le gouvernement a vraiment travaillé de bonne foi pour écouter la communauté et pour engager la communauté, travailler directement avec elle.

C'est important de prendre des moments de réflexion sur le travail qu'on fait. C'est important que les élus fassent ce même travail-là.

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l'Ontario
Elle se tient derrière un lutrin aux couleurs de NPD.

Le chef de l'opposition Andrea Horwath.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Pour l'opposition néo-démocrate, il ne fait aucun doute que les conservateurs ont senti le contrecoup de cet épisode.

Ont-ils appris leur leçon? Je ne sais pas. Il faudra attendre et constater.

Andrea Horwath, cheffe de l'opposition officielle de l'Ontario

Les ponts sont-ils rebâtis?

Marie-Pierre Héroux porte des lunettes rondes et a une longue chevelure brune.

Marie-Pierre Héroux est présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien.

Photo : Radio-Canada / Justine Cohendet

Marie-Pierre Héroux du Regroupement étudiant franco-ontarien estime que les ponts peuvent être rebâtis si le gouvernement consulte davantage les francophones : Quelque part, ils ont réalisé qu'ils ne pouvaient pas faire passer les francophones comme n'importe quelle autre minorité.

Un dossier comme celui de l'université a certainement contribué à rebâtir des ponts. On s'est toujours parlé, mais il y a des dossiers qui ont avancé.

Carol Jolin, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario

Les conservateurs de Doug Ford ont encore environ deux ans et demi pour regagner la confiance des francophones s'ils veulent tenter de les courtiser aux prochaines élections.

Déjà, la ministre Mulroney s'est donné jusqu'à la fin de ce mandat pour terminer la réforme de la Loi sur les services en français. Une demande phare de la communauté.

Les attentes, en tout cas, seront élevées.

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