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Abolition des commissions scolaires : l'Est-du-Québec à la barre des témoins

Quatre personnes assises à une table avec d'autres personnes derrière.

Les représentants des commissions scolaires de l'Est-du-Québec en commission parlementaire sur le projet de loi 40.

Photo : Radio-Canada

Joane Bérubé

Des commissions scolaires des régions plus excentrées, comme la Côte-Nord ou les Îles-de-la-Madeleine, ont témoigné de leurs réalités, mercredi, lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 40 qui vise à modifier la Loi sur l’instruction publique sur l'organisation et la gouvernance scolaires.

Les représentants des commissions scolaires ont souligné, d’entrée de jeu, le manque de consultations du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Jean-François Roberge. Ils ont rappelé que le ministre n’a jamais visité les territoires de l’Est-du-Québec.

Les porte-parole de ces organisations ont tenté d’expliquer au ministre de l’Éducation que sa réforme était bien peu adaptée à leur contexte régional, notamment en ce qui a trait à la survie des petites écoles.

Les trois régions de l’Est-du-Québec comptent une soixantaine d'écoles qui ont moins de 50 élèves. Aux Îles-de-la-Madeleine, la plus petite école compte 20 enfants. Sur la Côte-Nord, il existe des écoles avec moins de 5 élèves.

Possibles fusions

Le projet de loi 40, s’il est adopté tel quel, permettra au ministre de l’Éducation de fusionner des établissements ce qui, craignent les représentants des commissions scolaires, ouvre la voie à la fermeture de petites écoles dont le maintien pourrait être perçu comme un fardeau financier.

Des villages, qui ont éprouvé des difficultés de recrutement pour leur école, ont au contraire pu être soutenus par les commissions scolaires.

Les porte-parole des commissions scolaires de l’Est-du-Québec ont donné l’exemple de la petite école de Saint-Léandre qui ne comptait que 6 élèves en 2012 et qui maintenant en accueille 18.

Plusieurs écoles, ont-ils ajouté, accueillent très peu d’élèves, mais sont essentielles pour la rétention des familles et jouent un rôle important dans la vitalité économique de leur village.

Ce regroupement des commissions scolaires du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord croit qu’à terme, la réforme favorisera la dévitalisation des territoires ruraux.

Préfet élu de la MRC de la Minganie, Luc Noël, est venu appuyer les commentaires des trois représentantes des commissions scolaires à cet égard.

M. Noël a souligné que l’article 46, sur la possibilité de fusion des commissions scolaires, lui rappelait un article similaire dans la réforme de la santé de l’ex-ministre Gaétan Barrette. La loi 40, lorsqu’elle passera, ce sera un jour sombre pour les régions. Les décisions vont se prendre ailleurs et non dans le milieu, a indiqué le préfet.

Des centres de service

La réforme proposée transformera les commissions scolaires en centres de service et remplacera les commissaires élus par des conseils d'administration formés par des parents.

La nouvelle formule néglige la représentation territoriale ce qui est important, ont souligné les intervenants, notamment dans de grands territoires.

Le regroupement a dit craindre, entre autres, que les services et les ressources ne soient pas équitablement distribués lorsque les territoires à desservir sont aussi étendus que ceux de la commission scolaire de l’Estuaire, sur la Côte-Nord que préside Ginette Côté.

Avec la disparition des circonscriptions électorales, a relevé Mme Côté, les membres de l'éventuel conseil d'administration pourraient provenir exclusivement de la plus grande ville ou du plus grand village sans tenir compte des petites municipalités environnantes, souvent éloignées.

Une femme assise à une table

Ginette Côté est depuis 34 ans dans le monde l'éducation. Elle est actuellement présidente de la Commission scolaire de l'Estuaire, sur la Côte-Nord

Photo : Radio-Canada

Les distances sont parfois très grandes à parcourir et pourraient demeurer un frein à l’implication, ont indiqué les intervenants.

Le ministre de l’Éducation et de l'Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a balayé cette critique du revers de la main, en indiquant qu’il ne fallait pas présumer du travail qui sera fait par les représentants des futurs centres administratifs.

Une autre gouvernance pourra faire aussi bien que les commissaires croit le ministre.

Jean-François Roberge a aussi réaffirmé sa volonté de mettre le pouvoir entre les mains des écoles. On souhaite, a-t-il dit, avoir une coordination scolaire, mais sans avoir de mini gouvernements élus régionalement. Je pense qu'on veut avoir davantage des centres au service aux écoles.

La bureaucratie va demeurer, estime l'Est-du-Québec

Cette métamorphose ne se fera pas sans réédition de compte, ont prévenu les représentants des commissions scolaires, qui y voient, non pas la transformation des écoles en leader de la réussite, mais en établissements assujettis aux exigences bureaucratiques du ministère.

Les intervenants ont souvent relevé la lourdeur des tâches imposées par le ministère de l’Éducation aux commissions scolaires.

Si le ministre souhaite vraiment réduire la bureaucratie, il doit demander que les rééditions de compte essentielles, a fait valoir la présidente de la commission scolaire des Îles, Francine Cyr.

Mme Cyr a affirmé que cette charge de travail va presque au-delà de la capacité de sa petite commission scolaire à l’accomplir.

La centralisation n’est pas le meilleur chemin pour éliminer la bureaucratie, a renchéri Édtih Samson.

Québec prévoit économiser 45 millions de dollars sur quatre ans avec l'adoption de cette réforme, ce qui a aussi été mis en doute par les intervenants de l’Est-du-Québec. J’en ai vu des supposées économies au travers les réformes en éducation, a lancé la présidente de la commission scolaire de l’Estuaire.

Mme Côté a poursuivi en indiquant que la masse salariale annuelle des commissaires de son territoire était seulement de 120 000 $. Pendant que les gens vont gérer la transformation, ils ne s’occuperont pas de la réussite scolaire des enfants, a-t-elle conclut.

Avec la collaboration d'Édith Drouin et de Marlène Joseph-Blais

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