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L’amour et l’espoir, de la Colombie à Jonquière

Cristian, Nataly et Phasmen sont arrivés à Jonquière alors qu'ils avaient respectivement 17, 12 et 7 ans. Leur père, Norberto, a fui les violences de la Colombie avec sa famille.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Mélyssa Gagnon

Il y a 20 ans, une famille de Colombiens qui a fui son pays pour trouver refuge au Canada débarquait à Jonquière. C’était le début d’une aventure extraordinaire pour le couple Murillo et ses cinq enfants, qui ont quitté les violences de la Colombie pour des raisons dignes d’un scénario de film. La famille s’est intégrée à merveille au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où elle a pris racine et trouvé la paix.

L’histoire des Murillo n’est pas qu’une affaire d’immigration réussie. Il s’agit d’un parcours en tous points hors du commun.

Cristian Murillo, alias Cristian De La Luna, vit à Edmonton depuis quelques années avec sa conjointe et ses trois enfants. L'auteur-compositeur-interprète chante son pays d’origine, la Colombie, partout au Canada. Il raconte aussi sa région d'adoption, le Saguenay, qu’il a vue, à 17 ans, comme la contrée de tous les possibles.

Je pense que c’est un peu ça qui m’a fait écrire des chansons. Faire de la musique aussi. Je trouvais qu'on a quand même une belle histoire à raconter. On a commencé le processus d’écrire notre histoire. C'était quoi le contexte en Colombie? Comment on est arrivés ici? Le fait de se remémorer tout ça et de réétudier tout ça, ça fait wow! explique le musicien.

20 ans d’enracinement

Le 11 novembre 1999, par un froid polaire, Jonquière a accueilli cette famille tout sauf ordinaire. Norberto Murillo et Ana Antonio voulaient offrir un avenir meilleur à leur progéniture. Ils arrivent donc au Saguenay avec Phasmen, Nataly, Ana Linda, Angel et Cristian, âgés de 7 à 17 ans.

La famille Murillo et ses hôtes avec des bagages devant un autobus d'Intercar.

La famille Murillo est arrivée à Jonquière à bord d'un autobus Intercar le 11 novembre 1999.

Photo : Courtoisie

En Colombie, Norberto Murillo a été accusé d'avoir pris part à l'assassinat de Luis Carlos Galán, le favori pour remporter la présidence, puis il a été emprisonné. Le meurtre de Galán, ennemi des narcotrafiquants, est survenu le 18 août 1989 à Bogota. Norberto et quatre compatriotes ont servi de boucs émissaires pour un crime commandé par le cartel de Medellín de Pablo Escobar.

Cinq suspects contre un mur.

Arrêtés par la police colombienne, Norberto Murillo (deuxième à partir de la gauche) et quatre compatriotes ont été faussement accusés de l'assassinat du candidat à la présidence Luis Carlos Galán en août 1989.

Photo : gamma-rapho via getty images / Eric VANDEVILLE

Trois ans à l’ombre

Après trois années passées sous les verrous, les prisonniers sont libérés. La Colombie est à feu et à sang et est considérée comme l'un des pays les plus dangereux de la planète. Norberto Murillo craint pour sa vie.

On venait d’avoir une persécution vraiment terrible chez nous à cause du général qui avait le pouvoir dans notre pays. Il voulait en finir avec nous et spécialement avec moi. Je ne pouvais pas sortir et m’en aller chez moi. Il a donc fallu aller me cacher dans une ferme parce que je savais qu’ils voulaient me tuer, raconte le mineur de profession.

Pour le bien de sa famille, Norberto Murillo cherche la protection au Canada, où plusieurs ressortissants colombiens ont trouvé refuge depuis le milieu des années 90. La famille ignore quelle sera son ultime destination. Dès leur arrivée au motel Princesse de Jonquière, les Murillo doivent se familiariser avec le climat, les us et coutumes des Québécois et, bien sûr, les subtilités de la langue.

À la fin de chaque repas, un monsieur nous demande : "Voulez-vous du gâteau?" Gato, en espagnol, ça veut dire chat, alors pendant les 10 jours [au motel Princesse], on pensait qu’on allait manger du chat!

Cristian Murillo, aîné de la famille

Un exemple de résilience

Jamais les Murillo n’ont rechigné devant le froid et un style de vie modeste. Les enfants se sentent plutôt privilégiés d’avoir pu grandir dans un contexte heureux. Nataly, la quatrième, est arrivée à 12 ans. Elle a plus tard épousé un Saguenéen et travaille aujourd'hui dans une clinique dentaire. Le couple habite avec ses trois garçons dans l'arrondissement de Chicoutimi.

Une famille devant un gâteau de fête

Norberto Murillo, Ana Antonio et leurs enfants dans les années 90.

Photo : courtoisie

On a eu beaucoup d’attention sur nous et ce n’était pas négatif. C’était vraiment une façon curieuse […] On était excités de voir à quel point tout était différent. Les Québécois, vous êtes vraiment un peuple généreux et un peuple qui aime les enfants. On ne garde que de beaux souvenirs, se souvient Nataly Murillo, qui a visité son pays d’origine en 2017, après 18 ans d'exil.

La cadette, Phasmen, avait 7 ans en 1999. La fillette aux yeux couleur espoir a découvert son pays d’adoption à travers la lorgnette de l’enfance.

Dans ma tête, on dirait que j’avais l’impression que quand j’allais toucher à la neige pour la première fois, ça allait être doux, mais que ça n’allait pas être froid.

Phasmen Murillo
La famille de Phasmen Murillo devant le foyer d'une maison.

Phasmen, la cadette de la famille Murillo, a aujourd'hui 27 ans. Elle pose en compagnie de son conjoint, Jean-Sébastien Vézina, et de leurs enfants, Alyson, Lucas et Rachelle.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Cristian, Nataly et Phasmen, tout comme leur frère Angel et leur sœur Ana Linda, reconnaissent l’ampleur du sacrifice de leurs parents. En Colombie, leur mère a veillé au bien-être des enfants avec peu de moyens pendant que Norberto payait pour un crime dont les responsables ont finalement été épinglés 15 ans plus tard.

Je pense qu’il y a une héroïne dans ce cas et c’est ma mère. C'est son travail. Elle ne voulait pas être ici aujourd’hui, je pense, parce qu’elle œuvre dans l’ombre.

Cristian Murillo

Cette gratitude a gagné la troisième génération de Murillo, née au Canada, fière de ses origines colombiennes.

Nataly Murillo et ses trois fils dans la maison familiale.

Nataly Murillo et ses trois garçons : Benoît, 6 ans, Jonas, 9 ans, et Pablo-Nathan, 12 ans.

Photo : Mélyssa Gagnon

Je trouve ça spécial, qu’on soit ici aujourd’hui. Les aventures que mon grand-père a vécues, pour moi, c’est extraordinaire. Il a été bon d’avoir survécu. Même ma grand-mère, elle a été bonne, reconnaît le fils de Nataly, Pablo-Nathan Savard, 12 ans.

Le temps d’un spectacle, Cristian a récemment renoué avec Jonquière. Devant parents et amis, il a chanté l’amour et l’espoir, les valeurs qui, au fil des ans, ont tenu la famille Murillo unie. 

Cristian De La Luna sur scène avec une guitare

Cristian Murillo, alias Cristian De La Luna, maintenant établi à Edmonton, chante ses origines partout où il va.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

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