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Le Bloc en mode collaboration, mais sans compromission

Justin Trueau tend la main à Yves-François Blanchet.

Yves-François Blanchet reçu par le premier ministre Trudeau à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Yves-François Blanchet estime qu’il existe une « zone de collaboration possible qui est importante » entre le Bloc québécois et le Parti libéral, élu pour diriger un gouvernement minoritaire le mois dernier.

C’est du moins ce que le chef bloquiste a déclaré, mercredi, au terme d’une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau qu’il a qualifiée de fort intéressante. M. Trudeau a aussi rencontré mardi le chef conservateur, Andrew Scheer.

Force m’est d’admettre qu’au-delà des différences d’opinions significatives sur quelques enjeux, les quelques fois que j’ai des échanges avec M. Trudeau, c’est très cordial.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a répété que le Bloc québécois est animé par un esprit de collaboration en vue de la reprise des travaux parlementaires, le 5 décembre.

S'il n’a pas voulu révéler des détails de sa discussion avec M. Trudeau, le chef souverainiste dit avoir compris que le discours du Trône qui sera fait d'entrée de jeu comprendra beaucoup d’éléments consensuels.

Je m’attends à un discours du Trône qui va être capable de rallier des gens de toutes les formations politiques. [...] C’est seulement par la suite, dans le détail, qu’on va voir à quel point il faudra négocier, a-t-il dit.

En ce qui concerne le Bloc québécois, il y a des éléments qu’on veut et des éléments qu’on ne veut pas dans le programme du gouvernement, a-t-il réitéré.

Entre les deux, il y a une zone de collaboration possible qui est importante où, au cas par cas, on peut faire des gains. L’enjeu, ce n’est pas que les libéraux fassent des gains, ou que le Bloc québécois fasse des gains; c’est que les Québécois fassent des gains.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il ne sera pas question pour moi de faire de la game politique, de trouver des problèmes quand il n’y en a pas. Si c’est correct, c’est correct, a résumé M. Blanchet.

Avant sa rencontre avec le chef bloquiste, Justin Trudeau a tenu des propos qui allaient dans le même sens que ceux de M. Blanchet. Il y a bien des enjeux sur lesquels on est tout à fait d’accord, que ce soit de s’attaquer au coût de la vie, particulièrement pour les aînés, que ce soit de défendre la gestion de l’offre, de lutter contre les changements climatiques, d’assurer le contrôle des armes à feu. On a beaucoup de sujets sur lesquels on va pouvoir s’aligner, a assuré le premier ministre.

On va évidemment avoir des sujets sur lesquels on va avoir des conversations plus robustes, mais les Canadiens s’attendent à ça aussi. Mon engagement, c’est de toujours travailler dans le respect et la collaboration avec tous les partis au Parlement.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Après les principes, les modalités

Le chef du Bloc québécois a rappelé que son parti ne veut pas entendre parler de nouveaux investissements dans le secteur pétrolier, par exemple, mais que d’autres enjeux, comme l’amélioration du pouvoir d’achat des aînés, peuvent faire l’objet d’un compromis.

À ce sujet, les bloquistes et les libéraux sont d’accord sur le principe, mais pas sur les modalités, a-t-il illustré. Nous, on voulait une augmentation de 110 $ par mois à partir de 65 ans, le gouvernement proposait une somme qui est moins importante, et à partir de 75 ans, a-t-il dit.

C’est seulement quand on va arriver dans l’application, dans le budget, dans les lois, dans le travail des comités qu’on va voir à quel point on est proche ou à quel point on est loin d’une entente, a-t-il ajouté.

Il y a des sujets sur lesquels on ne sera pas d’accord, on les connaît, et c’est admis de façon cordiale de part et d’autre, mais je pense qu’il y a beaucoup d’éléments, et c’est normal dans un contexte de gouvernement minoritaire, qui sont plus consensuels.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a par ailleurs indiqué qu’il entendait offrir une opposition constructive au gouvernement. Même si l’objectif du Bloc québécois est de faire du Québec un pays, il n’est pas question d’empêcher le fonctionnement du gouvernement.

Je n’ai pas envie que le Bloc québécois contribue à un Parlement indiscipliné, brouillon, bruyant, irrespectueux. Il y a des mots prononcés dans la dernière législature qu’on ne veut ni prononcer ni recevoir. […] Le Bloc va être discipliné en matière de respect, a-t-il dit.

Le respect est de mise... de part et d'autre

M. Blanchet n’a rien dit de nouveau concernant la loi sur la laïcité, qui a été un sujet chaud de la campagne électorale. Le Bloc québécois a pressé les autres partis de ne pas participer à une contestation judiciaire de la loi, tandis que M. Trudeau n’a cessé de répéter qu’il refusait de fermer la porte à cette possibilité.

La question de la laïcité ne sera pas un enjeu dans le discours du Trône, a simplement indiqué M. Blanchet, après avoir convenu que les zones de friction entre son parti et les libéraux portent sur des enjeux idéologiques plutôt que financiers.

Il a toutefois assuré que le Bloc continuera de défendre sans compromis le principe que le Québec a légiféré en toute légitimité sur cet enjeu. Il dit même être prêt à aller expliquer le point de vue du gouvernement, incompris selon lui dans le reste du pays.

J’ai vu passer trop de messages et vu trop d’éditoriaux qui viennent de partout au Canada pour vouloir autre chose, à court terme, que de dire : on se calme le proverbial pompon.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

On baisse le ton, on adopte un ton respectueux, on peut avoir une différence d’opinions et l’exprimer de façon courtoise et polie et c’est ce que le Bloc va faire, a-t-il déclaré.

On va demander aux conseils municipaux et aux médias à travers le Canada d’être aussi polis que nous, même que je suis tout à fait disposé à aller leur expliquer notre point de vue, a laissé tomber M. Blanchet.

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