•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Montréal doit éviter les « solutions Disney » pour enrayer la discrimination systémique

Les lourdeurs administratives à la Ville entraînent des délais de « deux ou trois ans » en cas de griefs pour racisme.

L'hôtel de ville de Montréal sous la neige.

La Ville de Montréal recevra un rapport de la commission sur le racisme et la discrimination systémique une fois les consultations terminées.

Photo : Radio-Canada / Luc Lavigne

Jean-Philippe Guilbault
Mis à jour le 

Les solutions fusaient de toutes parts lors des premières auditions des opinions sur le racisme et la discrimination systémique à la Ville de Montréal. Constat de départ : une solution unique – magique, « à la Disney » – n’existe pas.

La discrimination systémique n'est plus à prouver pour les intervenants dont le mot d’ordre était de dégager des solutions à ce problème qui persiste, à leur avis, au sein des différents services offerts aux citoyens de la métropole et au sein du Service de police de la Ville de Montréal.

On a un problème de cohérence, de double discours, de manque d’imputabilité et d'inaccessibilité à tous les niveaux, a lancé d’emblée Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

Le CRARR, avec le groupe Montréal en action, est l’instigateur de la pétition de 20 000 signatures ayant mené à ces consultations publiques.

Les mécanismes [pour enrayer la discrimination systémique] sont là, il faut seulement les utiliser.

Fo Niemi

Un constat que partage Bochra Manaï, coordinatrice générale du regroupement Paroles d’excluEs et experte siégeant à la Table sur la diversité, l’inclusion et la lutte contre les discriminations pour la Ville de Montréal.

On a déjà tout dit! Les chercheurs ont déjà tout dit, les consultants ont déjà tout dit, martèle en entrevue Mme Manaï. Il y a des propositions, le SPVM a déjà sorti son rapport. Tout a déjà été recommandé et, à un moment donné, il faut juste appliquer [les recommandations].

Bochra Manaï effectuant une présentation devant d'autres personnes.

La sociologue Bochra Manaï lors de la présentation de son mémoire devant les commissaires.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

Si des structures sont effectivement déjà en place, rien n’est plus compliqué, par exemple, que de formuler une plainte pour discrimination auprès des institutions montréalaises, précise Fo Niemi en entrevue.

Les gens nous disent : “écoutez, quand on dépose un grief pour discrimination ou harcèlement racial, on va attendre une éternité pour avoir un suivi.” Parce qu’il y a tellement de griefs, parfois on doit attendre deux ans ou trois ans pour avoir un suivi.

Fo Niemi assis devant un micro.

Pour Fo Niemi, les solutions au racisme systémique à la Ville de Montréal existent déjà.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

Et lorsqu’ils sont finalement traités, ces griefs sont souvent mal résolus ou en partie résolus.

La plupart des plaintes que les citoyens déposent dans des cas de services discriminatoires sont traitées comme si c’étaient des plaintes de service à la clientèle, à savoir si on est satisfait du service. Il n’y a pas de procédures claires et transparentes.

Pourtant, le directeur général du CRARR juge que le Québec a « les meilleures lois » pour protéger les minorités.

Les auditions des opinions sur le racisme et la discrimination systémiques ont débuté le 4 novembre 2019 et se dérouleront jusqu'au 4 décembre 2019.

Le pouvoir des conseils d’administration

Plusieurs visages ont défilé sur un écran lors de la présentation de M. Niemi à la commission. Tous blancs, la plupart des hommes et tous siégeant à des conseils d’administration d’organismes montréalais : la Société de transport de Montréal (STM), la Société du Parc Jean-Drapeau, la Société d’habitation et de développement de Montréal.

L’un des chevaux de bataille du CRARR est d’assurer une meilleure diversité au sein des organes décisionnels publics de la Ville.

Quand on nomme des gens sur les conseils d’administration, il faut que ça soit des gens de toutes les couches ethniques, sociales et autres. Il ne faut pas nommer toujours des gens issus du milieu des affaires, des gens du milieu académique, juge M. Niemi.

Les personnes qui vivent de l’aide sociale, des gens qui travaillent dans des milieux plus défavorisés et les aînés ont tous le droit d’être représentés sur des instances qui prennent des décisions sur des politiques et des programmes, plaide-t-il.

Or, cet argument a rapidement été nuancé en commission par Jade Almeida, du Conseil québécois LGBT, qui craint que l'embauche ou la nomination de personnes issues de la diversité ne soient motivées que par une question d'apparence.

On oublie la notion de pouvoir. Ces personnes, est-ce qu’on les recrute pour qu’elles puissent changer des choses [...] ou on les recrute pour l’image?

Jade Almeida

Embaucher plus de minorités au sein des services publics, comme au SPVM par exemple, ou les nommer aux conseils d’administration ne doit pas devenir une « solution Disney » qui réglerait magiquement toutes les attitudes discriminatoires, met en garde Mme Almeida.

D’ailleurs, note-t-elle, il faut être une licorne pour entrer dans les lieux de pouvoir, sous-entendant que les parcours et les candidatures des personnes issues des minorités doivent alors être sans faille.

Ce sont les personnes qui ne dérangent pas qui sont très souvent nommées pour siéger aux divers conseils d’administration, estime-t-elle.

Si elle partage certaines des craintes de Jade Almeida, la juriste Hajar Jerroumi rappelle pour sa part que les organismes parapublics ont la possibilité de recruter au sein du Groupe des 30.

Ce sont 30 jeunes leaders issus de la diversité montréalaise qui sont hautement qualifiés, qui ne manquent pas de compétence, décrit-elle. C’est une banque de candidatures hautement qualifiées à l’intention des conseils d’administration.

Selon Jade Almeida, des contrepoids citoyens aux pouvoirs détenus par ces conseils doivent plutôt être mis sur pied.

Le transport à l’Est, ce grand oublié

Tant Hajar Jerroumi que Bochra Manaï ont soulevé l'enjeu de l'accessibilité au transport lors des audiences.

Car si les disparités dans l'offre de service du transport en commun ne sont pas le résultat de considérations raciales, les régler atténuerait les inégalités sociales dont sont particulièrement victimes les personnes issues de la diversité.

S’intéressant particulièrement au cas de Montréal-Nord, Bochra Manaï a notamment déploré les lacunes dans l'offre de transport collectif dans le nord-est de Montréal.

Le mémoire déposé à l’Office de consultation publique de Montréal par la sociologue précise d'ailleurs que la disparité d'accès au transport empêche notamment les personnes vivant « dans le nord-est » de la métropole de pouvoir jouir de « facteurs d'inclusion sociale », soit l'emploi, la citoyenneté active, les loisirs et l'accès à l’alimentation et aux services de santé.

Des personnes portant un turban sikh embarquent dans un autobus.

La question de l'accessibilité au transport en commun a été évoqué devant les commissaires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Parmi les recommandations formulées par l’équipe de recherche ayant étudié le cas de Montréal-Nord, l’instauration d’un projet-pilote de tarif préférentiel pour les personnes à mobilité réduite ou en situation de précarité (aînés, mères monoparentales, personnes à faible revenu, nouveaux arrivants et réfugiés) pour les services de transport collectif ou actif et une diversification de l’offre de service en transport collectif et actif dans les parties est du territoire sont proposées.

Des propositions qui ressemblent à celles formulées par le Parti libéral du Québec et le Parti québécois lors de la dernière campagne électorale.

L’appel qu’on lance à la STM et à la Ville, c’est qu’il ne faut pas délaisser les territoires comme Montréal-Nord, a expliqué aux commissaires Bochra Manaï.

L’idée d’une tarification modulée en fonction du revenu est même à l’étude par l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

C’est sûr qu’en ce moment il y a un regain d’intérêt pour l’est [de Montréal] et ce qu’on essaie de dire, c’est que les choix que l’on fait économiquement doivent avoir des retombées sociales pour les personnes qui habitent ces territoires-là, résume Mme Manaï.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Grand Montréal

Droits et libertés