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Crise en Haïti : la peur et l'impuissance de la diaspora

Des milliers de personnes remplissent deux routes.

Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Port-au-Prince le 20 octobre pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse,

Photo : The Associated Press / Rebecca Blackwell

Rozenn Nicolle

Plusieurs membres de la diaspora haïtienne en Ontario disent s’inquiéter de plus en plus de la situation qui touche leur pays d’origine depuis maintenant plus de deux mois. Et selon eux, les moyens de venir en aide à leurs proches sont limités.

Je n’ai pas un mot qui peut expliquer comment je me sens face à cette situation, déplore Darline Davilus, haïtienne installée à Barrie.

Ses proches lui rapportent quotidiennement des conditions sur place très difficiles. On me parle des enfants, des mamans, des papas qui te disent : “je n’ai rien à manger pour mon enfant”.

Portrait de Darline Davilus, qui sourit et qui porte à son cou une médaille à l'effigie du drapeau haïtien.

Darline Davilus rapporte que ses proches vivent des heures difficiles.

Photo : Avec l’autorisation de Darline Davilus

Quand tu appelles quelqu’un et qu’on te dit que même le premier besoin, celui de la nourriture, n’est pas comblé, ça te fait mal au fond de toi.

Darline Davilus

Ces gens-là vivent dans une peur quotidienne, renchérit Gérard Étienne, vice-président apprentissage à l’Institut sur la gouvernance, à Ottawa. Selon lui, l’appauvrissement de la population se fait sentir d’autant plus qu’il est difficile pour les membres de la diaspora de transférer des fonds, d’envoyer des vivres ou de se rendre sur place, pour des questions de sécurité.

Culpabilité et impuissance

Quand on est loin de notre famille et que des choses comme ça arrivent, c’est une pression incroyable qu’on a sur le dos, car d’une certaine façon, on se sent coupable, admet M. Étienne.

Photo de Gérard Étienne, vice-président apprentissage de l'Institut de la gouvernance, qui sourit à l'objectif de la caméra

Gérard Étienne pense que les Haïtiens d'ici doivent faire tout ce qu'ils peuvent pour aider leurs proches restés au pays.

Photo : Courtoisie : Gérard Étienne

Selon lui, les membres de la diaspora doivent déjà prendre soin d’eux pour mieux être en mesure d’aider leurs proches en Haïti. Il faut également continuer à envoyer de l’aide de toutes les façons possibles, dit-il. Mais la tâche n’est pas aisée depuis le début des violences.

J’ai trois boîtes qui sont déjà prêtes, avance Darline Davilus, mais quand elle a appelé pour les faire parvenir en Haïti, on lui a dit que personne ne pourra les récupérer sur place, car les déplacements sont limités.

Il va falloir trouver des façons de relier cette petite économie marchande où on envoyait de l’argent et où les gens pouvaient s’acheter des choses pour leurs besoins les plus pressants, complète M. Étienne.

Mme Davilus, elle, ne sait pas quelle sera l’issue de la situation. Je cherche une solution, mais mes pensées arrivent à leur bout, dit-elle. Mais je garde espoir, poursuit Mme Davilus. Quand je vois ce qu’il se passe ailleurs. Je me dis que peut-être il y aura une chance aussi pour Haïti.

L’espoir d’un mouvement mondialisé

Nous sommes à un moment de l’histoire du monde qui est singulier, parce que le genre de chose qui se passe en Haïti, c’est à peu près la même chose qu’à Hong Kong, qu’au Chili, qu'en Colombie, etc.

Gérard Étienne

Il semble y avoir un mouvement des peuples, des masses, qui disent qu’ils ne comprennent plus les arrangements économiques qui les défavorisent depuis des décennies, donc ils cherchent des réponses à des problèmes structurels, ajoute-t-il.

Des manifestants dans une rue de Port-au-Prince en Haïti.

À la fin de septembre 2019, des manifestants ont à nouveau envahi les rues de Port-au-Prince pour exiger la démission du président, Jovenel Moïse.

Photo : Associated Press / Rebecca Blackwell

Il espère que le Canada, maintenant les élections ont eu lieu, saura jouer un rôle de meneur de fil, sur la scène internationale, pour venir en aide à Haïti.

En attendant, pour Darline Davilus, le plus important reste de ne pas couper les liens avec son pays d’origine.

Même si tu n’as pas de quoi donner, ou que tu ne peux pas, fais un effort. Il faut parler avec les membres de la famille au moins tous les jours, parce que ça leur donne un peu d’espoir, tant qu’il y a des gens qui pensent à eux, qui comprennent la situation, ça leur donne la force.

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Toronto

Société