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Un jeune autiste acadien se bat pour de meilleures conditions de vie

Ryan ne pourra peut-être pas garder son indépendance longtemps, à cause de problèmes financiers. Sa mère fait les comptes tous les mois et doit envoyer un rapport sur les revenus de son fils au programme d’aide sociale. S’il travaille trop ou reçoit de l’aide financière de sa famille, sa prestation de l'aide sociale est revue à la baisse.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Radio-Canada

Devant vivre avec les allocations d’aide sociale, un jeune autiste acadien de 22 ans a du mal à trouver son indépendance. Si Ryan Hébert reçoit une aide quelconque de sa famille, le gouvernement réduit son allocation, ce qui le laisse toujours à la lisière de la pauvreté.

Sa mère, Cheryl LeBlanc, lance un cri du cœur pour améliorer les conditions de vie des personnes à besoins spéciaux.

Malgré son trouble du spectre de l’autisme, Ryan vit seul en appartement, depuis un an et demi. Ceci grâce aux encouragements de sa famille et surtout de sa mère.

Il m’a surprise. Il fait ça vraiment bien. Il garde son appartement propre. Il peut se lever le matin tout seul, se préparer, aller au travail, sans que je lui téléphone. Il fait toutes ces choses. On a des listes partout, mais il s’arrange vraiment bien, explique Cheryl LeBlanc avec fierté.

Ryan ne pourra peut-être pas garder son indépendance longtemps, à cause de problèmes financiers.

Sa mère fait les comptes tous les mois et doit envoyer un rapport sur les revenus de son fils au programme d’aide sociale. S’il travaille trop ou reçoit de l’aide financière de sa famille, sa prestation est revue à la baisse. Il reçoit 763 $ par mois d’aide sociale et il a en plus un petit salaire grâce à son travail à temps partiel. S’il devait vivre uniquement avec l’aide sociale, il n’aurait que 8000 $ par an.

Il paie son loyer. Il a le câble, internet, son cellulaire, alors il faut qu’il paie tout ça. Il faut qu’il paie son épicerie. Il faut qu’il paie sa nourriture et toutes ces choses-là. Il coupe dans le linge. Il coupe dans sa vie sociale. Il ne peut pas avoir une vie sociale. Il ne peut pas se permettre d’aller au restaurant ou d’aller voir quelque chose. Ces gens-là sont pris dans une petite case, déplore Cheryl LeBlanc.

Elle aimerait l’aider, mais des règlements stricts du programme d’aide sociale ne le permettent pas. Une nouvelle qu’elle a apprise d’une travailleuse sociale du ministère du Développement social.

Elle m’a demandé : Cheryl, est-ce que des fois tu paies des choses pour Ryan. J’ai dit : qu’est-ce que tu veux dire, Ryan est mon enfant. Est-ce que je n’ai pas le droit? Elle a dit que non. Comme vous avez accepté les services du Développement social, vous n’avez pas le droit. J’ai dit : même l’épicerie. Elle a dit : non, c’est comme un revenu, se souvient-elle.

Selon elle, ces règles maintiennent son fils dans une situation de pauvreté.

Ça me fait assez de la peine, parce que Ryan, mon enfant, a travaillé toute sa vie. Il a tout le temps donné son 150 %. Comme mère, je ne peux pas me permettre de lui payer son épicerie. Je ne pense pas que ça devrait être un choix. Je pense que ça devrait être un droit.

Cheryl LeBlanc, mère de Ryan Hébert

Cheryl LeBlanc n’est pas la seule à remettre en cause ces politiques.

La Dre Caroline Jose, chercheuse sociale, a constaté, elle aussi, que les positions du ministère de Développement social ne poussent pas les personnes à besoins spéciaux vers l’autonomie.

Portrait de la docteure Caroline Jose.

La Dre Caroline Jose, chercheuse sociale, a constaté, elle aussi, que les positions du ministère de Développement social ne poussent pas les personnes à besoins spéciaux vers l’autonomie.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

C’est dommage. Ça fait en sorte que ces adultes-là, alors qu’ils essaient de chercher l’autonomie et l’indépendance financière, ils restent coincés. S’ils veulent l’aide du gouvernement, il y a des choses qu’ils ne peuvent pas faire. S’ils atteignent un certain revenu, cette aide serait supprimée. Ça n’incite pas nécessairement à l’autonomie, explique cette chercheuse.

Pas d’aide spécifique pour les adultes à besoins spéciaux

L’un des problèmes, selon Cheryl LeBlanc, est qu’il n’existe pas d’aide spécifique pour les personnes à besoins spéciaux, après 18 ans.

L’allocation d’aide sociale des personnes autistes est la même que celle des chômeurs ou autres personnes précaires. Elle ne prend pas en compte le coût des soins, des médicaments et la balance difficile vers une vie autonome.

Selon Jean-Claude Basque du Front commun pour la justice sociale, il serait temps de créer une nouvelle catégorie pour les personnes à besoins spéciaux avec un plus grand financement.

Dans un communiqué, le Front commun pour la justice sociale déclare : Il a été démontré que les personnes vivant seules et avec des handicaps sévères au Nouveau-Brunswick ne sont pas capables de subvenir à tous leurs besoins de base lorsqu’ils dépendent de l’aide sociale dans cette province. Et on dit des personnes incapables de remplir tous leurs besoins de base qu’elles vivent dans une pauvreté extrême.

Par courriel, le ministère du Développement social a réagi à cette situation. Il confirme que les aides régulières entraînent automatiquement une baisse de l’allocation d’aide sociale.

L’admissibilité à l’aide sociale dépend du revenu et de l’actif de la personne. Le ministère du Développement social examine toutes les ressources disponibles avant de fournir de l’aide.Il convient de noter que tous les paiements et sommes versés directement aux clients sur une base régulière doivent être considérés comme un revenu.

Le ministère précise qu’il est possible de faire des donations depuis un règlement de 2013.

D'après un reportage de Wildinette Paul

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