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Poursuite de « Colosse » Plamondon : un procès hors norme

Yves Colosse Plamondon, un homme aux cheveux blancs, regarde la caméra. Il porte une cravate rose et un complet noir.

Yves « Colosse » Plamondon au palais de justice de Québec

Photo : Radio-Canada

Marie-Pier Mercier

Au banc des témoins, le juge de la Cour du Québec René de la Sablonnière témoigne. À sa gauche, assis dans la chaise du requérant, Yves Plamondon, l’homme qu’il a mis derrière les barreaux il y a près de 35 ans. L’ancien procureur de la Couronne tente de convaincre son collègue de la Cour supérieure, Jean-François Émond, qu’il n’a pas causé de dommages au demandeur malgré quelques irrégularités lors du procès pour triple meurtre en 1986.

Mardi, la défense a de nouveau interrogé son témoin principal, René de la Sablonnière. Il était, en 1986, procureur de la Couronne au procès d’Yves Plamondon, alors accusé du meurtre de trois trafiquants de drogue à Québec.

M. de la Sablonnière est très préparé. Même s’il se fie aux notes du procès de 1986, il dit se souvenir très bien d’éléments importants. Il décrit par exemple le témoignage de Jean-Pierre Boudreault venu témoigner contre « Colosse ». Boudreault était un trafiquant de drogue dans la mire de M. Plamondon, explique-t-il.

Quand Boudreault est entré dans la salle d’audience, il tremblait tellement qu’on voyait ses fessiers bouger à travers ses vêtements, se souvient M. de la Sablonnière.

Il affirme qu’Yves Plamondon, assis au banc des accusés, a regardé Jean-Pierre Boudreault en imitant un revolver posé sur la tempe. Je me souviens de ça comme si c’était hier, dit-il.

À moins de deux mètres de lui, « Colosse » le regarde maintenant témoigner à travers ses lunettes rectangulaires noires sans un mot ni une expression, les bras croisés.

Le juge René de la Sablonnière témoigne au procès d’Yves Colosse Plamondon.

Le juge René de la Sablonnière témoigne au procès d’Yves « Colosse » Plamondon.

Photo : Radio-Canada

Plamondon réclame maintenant au Procureur général du Québec 35 millions de dollars pour pertes morales et financières ainsi qu’en dommages-intérêts punitifs pour les 28 années qu’il a passées en prison.

Il prétend que, M. de la Sablonnière a été malveillant lors du procès pour triple meurtre et que sans cette malveillance la décision du jury aurait été différente. La Cour d’appel a d’ailleurs établi en 2013 que des enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) et le procureur de la Couronne de l’époque, René de la Sablonnière, ont omis de transmettre des déclarations de deux témoins clés.

Les accusations ont été retirées en mars 2014 dans le cas d’une des victimes. Il y a eu arrêt des procédures pour les deux autres cas.

Retour sur les témoignages de 1986

M. de la Sablonnière est notamment revenu sur le témoignage du délateur André Desbiens, qui avait témoigné sur les trois meurtres.

La majorité des prétentions de la Couronne étaient basées sur ce témoignage. « Bull », de son surnom, était ami d’Yves Plamondon, mais il lui devait aussi beaucoup d’argent.

Il avait peur de se faire tuer lui aussi, a soutenu René de la Sablonnière devant le tribunal.

L’ancien procureur dit avoir interrogé ce témoin pendant deux heures en 1986. Le contre-interrogatoire, lui, a duré deux jours. « Il a été contre-interrogé par un des meilleurs avocats de défense de l’époque [Léo-René Maranda] », affirme René de la Sablonnière.

« Connaissant le niveau intellectuel de Desbiens, il a témoigné de façon exemplaire », ajoute-t-il au tribunal. Il explique que Me Maranda avait comme stratégie de poser des questions pêle-mêle, sans ligne directrice, pour induire le témoin en erreur. Il était habile, dit-il.

Quelqu’un qui ne disait pas la vérité n’aurait pas été capable de passer ce contre-interrogatoire, ajoute René de la Sablonnière.

Selon les avocats de la défense, le témoignage de M. de la Sablonnière devrait se poursuivre jusqu’à vendredi. Il doit notamment témoigner sur les circonstances qui ont mené à l’omission de transmettre certaines déclarations à la partie défenderesse.

L’avocat d’Yves Plamondon, Daniel Rock, procédera par la suite à son contre-interrogatoire.

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