•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Commissions scolaires : Montréal, Pointe-de-l'Île et Laval affrontent Roberge

Les commissions scolaires font valoir que de plus en plus d'élèves obtiennent leur diplôme.

Catherine Harel-Bourdon assise tient dans ses mains une copie du projet de loi 40.

Catherine Harel-Bourdon est venue défendre les commissions scolaires en commission parlementaire sur le projet de loi 40.

Photo : Radio-Canada

Anne Marie Lecomte

Le projet de loi sur la gouvernance scolaire est « stérile et dénué de sens », selon les commissions scolaires de Montréal, de la Pointe-de-l'Île et de Laval, qui craignent que cette réforme ne mette à risque le réseau scolaire public.

Déposé le 1er octobre dernier par le ministre de l'Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge, le projet de loi 40 vise à modifier la Loi sur l'instruction publique relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaire.

S'il est adopté, il sonnera le glas des commissions scolaires du Québec, qui seront transformées en centres de services.

Il y a trois semaines, Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), avait déploré ne pas avoir été invitée à la commission parlementaire qui se penche sur ce projet de loi.

L'invitation avait finalement été lancée à Mme Harel Bourdon par le gouvernement de François Legault, qui s'était défendu d'avoir ainsi cédé aux pressions de l'opposition.

Mardi, la présidente de la CSDM s'est donc présentée aux audiences en compagnie de Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval, et de Miville Boudreault, président de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île (CSPI). Les trois élus, dont les mandats respectifs se termineront si le projet de loi est adopté, se sont faits fort de rappeler qu'ils représentent 220 000 élèves, 34 000 employés et 350 écoles et centres.

Faisant référence aux 45 millions de dollars en économies que le ministre Roberge fait miroiter, selon elle, lorsqu'il vante sa réforme, Catherine Harel Bourdon a demandé si ces prétendues économies allaient permettre de maintenir la qualité des services offerts à la population. C'est la vraie question, selon elle.

Les élus de la grande région de Montréal n'étaient pas les premiers, mardi, à manifester leur opposition à ce projet de loi.

En tout début de matinée, les représentants des commissions scolaires de l'Outaouais s'étaient, eux aussi, présentés devant la Commission de la culture et de l'éducation pour tenter de convaincre le ministre Roberge de reculer sur sa réforme.

Selon le président de la Commission scolaire des Draveurs (CSD) et de la concertation des commissions scolaires de l’Outaouais, Claude Beaulieu, beaucoup d'éléments de ce projet de loi vont nuire aux réalités régionales.

On dit souvent que le diable se cache dans les détails; bien là, je pense que le diable se cache même pas.

Claude Beaulieu, président de la Commission scolaire des Draveurs
Jean-François Roberge assis devant un micro et des écrans de tablettes.

Le ministre Roberge assure que plusieurs personnes le soutiennent dans son projet de loi pour réformer les commissions scolaires.

Photo : Radio-Canada

Une omerta, selon le ministre

Le ministre Roberge compte néanmoins un appui en Outaouais, puisque la semaine dernière, le commissaire Pierre Daoust a voté contre une résolution dénonçant le projet de loi 40.

Mardi, le ministre de l'Éducation s'est félicité de cet appui avant de dénoncer le traitement qui a été réservé, par la suite, à M. Daoust. Ce dernier s'est vu invité, par un autre commissaire, à démissionner.

Selon Jean-François Roberge, le commissaire Daoust n'est pas un cas isolé, et d'autres personnes ne peuvent pas s’exprimer sur le projet de loi 40. Il dit recevoir des appels de directions d'écoles et de cadres qui se disent victimes d’intimidation.

Il y a une omerta, a soutenu le ministre.

La réplique est venue de Catherine Harel Bourdon : Personne dans mon réseau ne m’a dit avoir été ou s'être senti intimidé. Ni les commissaires ni les parents.

Et elle a poursuivi en réprouvant ce que le ministre Roberge avait dit, au jour même du dépôt de son projet de loi.

Février 2020, finis les commissaires, finies les parties de golf et les rencontres de formation dans le Sud, avait déclaré ce dernier lors d’une entrevue à RDI.

Relativement à cette phrase du ministre, le Conseil des commissaires de la Commission scolaire René-Lévesque avait réclamé des excuses publiques à ce dernier, pour atteinte à sa crédibilité.

Je pense que beaucoup de commissaires se sont sentis intimidés par certains propos du ministre, a martelé Catherine Harel Bourdon, mardi. Je veux rappeler que je ne suis jamais allée dans le Sud pour ma commission scolaire. En disant qu’on jouait au golf : malheureusement, je participe à des tournois de golf pour la persévérance scolaire, pour donner un montant d’argent aux différentes fondations, mais je ne joue pas au golf.

Ils [les commissaires] ont été intimidés par des propos qui disaient que les futurs CA [conseils d'administration] allaient donner, et non pas prendre. Moi, depuis six ans, je ne pense pas que j’ai pris; je pense que j’ai beaucoup donné à ma commission scolaire.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal

Répondra-t-il à un conseil d’administration?

Visiblement remontée, Catherine Harel Bourdon a dénoncé n'avoir pas reçu de réponses à une quinzaine de lettres envoyées durant la dernière année au ministre de l'Éducation sur des sujets tels que l’implantation d’une école au centre-ville de Montréal, l’éducation à la sexualité, le programme national d’alimentation dans les écoles et les budgets en milieux défavorisés.

Jean-François Roberge a répliqué que son ministère avait tenu compte de bon nombre des demandes de la CSDM et qu'il y avait donné suite en tenant des rencontres et en adoptant des politiques. Je peux vous assurer qu'il y a eu action et déblocage de fonds, a-t-il dit.

Comme le projet de loi 40 prévoit le remplacement du conseil des commissaires par un conseil d'administration, Catherine Harel Bourdon se dit inquiète. S’il ne répond pas à une présidente dûment élue, répondra-t-il à un conseil d’administration?, a-t-elle demandé.

Quelques minutes auparavant, en impromptu de presse dans les couloirs de l'Assemblée nationale, Catherine Harel Bourdon s'était inquiétée à la perspective qu'un conseil d'administration vienne remplacer le comité exécutif de la CSDM.

Un comité exécutif qui, l'an passé, avait approuvé 419 contrats pour un total de 337 millions de dollars, a-t-elle rappelé. La reddition de comptes est importante, dit la présidente de la plus grosse commission scolaire du Québec.

Traitement discriminatoire pour les francophones

Au premier jour des audiences, le 4 octobre dernier, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) avait dénoncé le texte de loi qui abolit les élections scolaires partout au Québec, sauf dans les communautés anglophones. Les francophones ne pourront plus élire leurs représentants scolaires, tandis que leurs concitoyens anglophones, eux, pourront continuer de le faire, avait déploré en substance le président de la FCSQ, Alain Fortier.

Mardi, Catherine Harel Bourdon a reproché au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’expédier les choses en raison d’éventuels problèmes juridiques qui pourraient survenir sur le plan constitutionnel.

Que des parents francophones n'aient pas les mêmes droits que les anglophones constituerait un traitement totalement inacceptable, voire discriminatoire, a déclaré Mme Harel Bourdon.

Votre gouvernement affirme être le champion de l’identité québécoise. Mais, comme bien d’autres, vous semblez être prêts à en laisser partir des morceaux sans trop vous en formaliser.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM
Une cour d'école avec des lignes colorées au sol; un conteneur vert, une école modulaire en chantier et trois employés portant des casques de construction par une journée ensoleillée.

De plus en plus d'écoles doivent construire des bâtiments modulaires, faute de place.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Des problèmes plus pressants

Les réalités lavalloises et montréalaises peuvent présenter certaines ressemblances. Mais, lorsque notre rôle est de représenter un quartier, force est de constater que les besoins varient énormément d'un milieu à l'autre. C'est là que la gouvernance actuelle prend tout son sens.

Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval

S'ils conviennent que la gouvernance scolaire doit être repensée et améliorée, les présidents des commissions scolaires de Montréal, de la Pointe-de-l'Île et de Laval réclament du ministre qu'il réfléchisse.

Car, disent-ils, d'autres problèmes sont plus pressants : la pénurie de personnel, surtout en adaptation scolaire, les difficultés de recrutement, l'augmentation de la population scolaire et l'état, toujours inquiétant, des bâtiments scolaires.

Le mois dernier, par exemple, le gouvernement Legault s’était retrouvé sur la défensive pour tenter d'expliquer sa gestion du dossier de l'eau potable dans les écoles du Québec.

De plus, tant à Laval qu'à Montréal, il manque d'espace dans les écoles et dans les centres. Et la centralisation des décisions qu'entraînerait le projet de loi 40 pourrait desservir le réseau, selon le président de la CSPI, Miville Boudreault, qui a cité en exemple une situation survenue l'an passé.

Dans l'arrondissement d'Anjou, il a en effet fallu réaménager à toute vapeur une ancienne école pour pouvoir y accueillir des élèves dès septembre. Une telle célérité n'aurait pas été possible dans la nouvelle structure que propose le ministre, soutient M. Boudreault, et jamais les élèves n'auraient pu entrer en septembre.

Comme la réforme en santé?

Au grand agacement du ministre Roberge, qui maintient que sa réforme n'a pas à être comparée à celle du gouvernement libéral dans le réseau de la santé et des services sociaux, M. Boudreault a mis Québec en garde en établissant tout de même une comparaison.

Lorsque le gouvernement est entré en fonction il y a un peu plus d'un an, a-t-il rappelé, la nouvelle ministre de la Santé a tenu à rassurer les gens du réseau en disant : ''On sait à quel point la réforme a été déstabilisante pour beaucoup d'entre vous''.

Or, il arrive la même chose en éducation publique, affirme M. Boudreault. Ce dernier dit que quantité d'employés et de représentants syndicaux lui ont demandé s'il allait y avoir des suppressions d'emplois, dans la foulée du projet de loi 40.

Il vaudrait mieux s'attarder aux défis gigantesques des écoles, dit Miville Boudreault, que d'entraîner des changements qui créeront instabilité et déséquilibre pendant plusieurs années.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Éducation

Politique