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Les retrouvailles, d'Olyvier Leroux-Picard, finaliste du Prix de poésie 2019

Portrait en couleur d'Olyvier Leroux-Picard, souriant, avec des lunettes de soleil.

L'auteur Olyvier Leroux-Picard

Photo : Geneviève Grenier

Radio-Canada

Jeune trentenaire montréalais, Olyvier Leroux-Picard a une maîtrise en études internationales et travaille aux Éditions Écosociété. Il est également parrain de Loulou depuis un an et demi, ce qui a, dans ses mots, «  changé sa vie.  »

Les opinions exprimées par les autrices ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certaines personnes pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez noter que certains textes s'adressent à un public averti.

Les retrouvailles

Vous êtes peu nombreux et peu nombreuses; je suis souvent à vos côtés. Je vois vos angoisses se cacher dans le manque de lumière et vos peaux se coller à toutes les saisons. Vos rires n’ont pas d’âge; vos blessures, quelques siècles de pères sortis, de mères rentrées.

Vos blessures n’ont que quelques secondes
pour se taire.


Parfois je suis la foule qui vous encourage; j’ai une voix pour chacune de vos fatigues, une maison à chacun de vos retours.

Secrètement, j’anticipe sans cesse le moment où je vais vous perdre de vue.

La fenêtre est courte pour dire
et le temps interminable
à vous aimer.


Je vous écris pour que vous m’apparaissiez plus clairement
quand vous n’êtes pas là

quand vous êtes à côté
de votre feu

je colle aux allusions que fait l’ombre
à propos de vous.


Je vous entends souffler sur vos journées
quelques fois par jour

j’ai hâte avec vous, ici, maintenant
les masques se reconnaissent mieux que les visages
l’air s’épaissit de bulles
expirées sous les draps, la nuit
sous l’eau, le jour

je n’entends pas seulement des bronches
se vider de leurs aspirations
j’entends la plus simple expression de la hâte
prêter une orbite au sang
un muscle aux caprices
une enfance à l’adulte

j’ai hâte avec vous.


Je ne sais pas combien de regards vous occupent
les yeux fermés
combien de fois vous avez tenu
votre image comme une promesse trop longue
pour vos nerfs, une pose trop rigide
pour vos éclaircies.


J’aimerais être une personne avec qui vous n’avez pas honte, une fête d’où l’on ressort démêlé, un champ où crier n’est pas qu’une conséquence

aucun autre animal ne fait le mort pendant des mois
parmi les siens

je vous entends parfois
partir

c’est mince entre nous, vous savez
mince comme un texte
dense comme un tabou à fendre
avec le ciel renversé des poumons
et la mer qu’on devine au loin.


Nous savons rarement quand ça commence
quand ça finit

vous marchez droit, un ballon de fête accroché
à la ceinture, la tête moulée dans un océan
la mâchoire musclée d’avoir retenu trop de répliques
la peau épaisse, verrouillée
vous attendez un spasme qui adonnerait
qui crèverait la honte;
son sac étouffant.


En attendant nous faisons la fête
trouvons toutes les raisons de la faire
et de l’oublier

les corps ondulent dans l’alcool
l’individu dans la foule
maintenant dans maintenant
flash après flash
les corps enflent, s’embrassent et s’estompent
dans le maintien crevant d’un éclat;

quelques fissures
assez poudrées pour plaire
avant d’apparaître.


Le circuit de nos frissons
anticipe la fin du monde; le début d’un show
posé sur la peau par des lèvres
dopées de soifs

vous n’êtes pas seuls à ne plus savoir
si vos yeux sont ouverts
mais vos muscles, sous d’autres mains
vos murs cèdent :

une clarté se propage
sans trouver son perchoir.


Ça ne paraît pas toujours
aucun parachute ne s’est ouvert
l’autre fois, aucun cri
n’a été entendu

nous avons bien appris
à mépriser la douleur pour avancer
à feindre d’en jouir
pour mieux nous taire

ce n’est pas nouveau
ce n’est pas fini :

quelqu’un m’a dit
que le silence craque quand il s’étend trop
entre des dents serrées.


Nous manquons souvent d’air pour finir nos phrases
et les commencer

entre le travail
et le travail;
la course et la falaise;
le projet et la fuite;
une soif, quelque part

entre le cœur et les côtes
nos corps répondent, les yeux fermés
prêts à tout reprendre.


Découvrez les autres finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2019

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles (fictions) et poèmes inédits soumis au concours.

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