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DPJ Côte-Nord : la création des CISSS à la source de plusieurs problèmes

Un bébé se trouvant dans une chaise sauteuse appuie sa main sur un jouet.

Le nombre de signalements retenus par la DPJ est en augmentation sur la Côte-Nord.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Laurence Royer

Pour la deuxième journée de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, des témoins, dont la mairesse de Blanc-Sablon, Wanda Beaudoin, ont critiqué la réforme du réseau de la santé qui a notamment mené à la création des Centres intégrés de santé et de services sociaux en avril 2015.

Wanda Beaudoin a expliqué aux commissaires que le nouveau modèle, mis en place par le gouvernement libéral, n’est pas compatible avec les réalités des communautés éloignées comme celles de la Basse-Côte-Nord. 

Elle a poursuivi en expliquant que, depuis 2015, les liens entre les intervenants de la santé, de l’éducation, de la sécurité publique et de la Municipalité sont fragilisés. La collaboration entre les personnes qui doivent intervenir auprès d’un enfant est plus difficile. 

Le monde travaille en silo. Les intervenants sont épuisés, les gestionnaires sont épuisés. Pour offrir le meilleur service à l'ensemble des familles en Basse-Côte-Nord, tu n'as pas le choix, à cause de l'isolement des communautés, de travailler en partenariat avec l'ensemble des personnes sur le territoire.

Wanda Beaudoin a ajouté que plusieurs employés du centre de santé ont démissionné depuis 2015 en raison de la lourdeur des nouveaux processus administratifs.

Une intervenante me disait qu’elle devait se rapporter à cinq gestionnaires différents.

Wanda Beaudoin, mairesse de Blanc-Sablon

Ces intervenants étaient surtout originaires de la Basse-Côte-Nord et ont souvent été remplacés par de nouveaux employés qui ne connaissent pas les réalités de la région, dit-elle.

C’est aussi l’avis de la directrice des services éducatifs de la Commission scolaire de l’Estuaire, Manon Couturier, qui a témoigné plus tard dans la journée. Près de cinq ans après la réforme, elle soutient qu’il est encore difficile de savoir à qui s’adresser pour collaborer ou aller chercher de l’aide complémentaire au sein du CISSS de la Côte-Nord. Elle ajoute que plusieurs gestionnaires ont démissionné ou sont en congé de maladie, et qu'il est parfois difficile de savoir qui a repris le flambeau.

Encore aujourd’hui, c’est difficile de s’y retrouver.

Manon Couturier, directrice des services éducatifs de la Commission scolaire de l'Estuaire

Interrogée par les commissaires à ce sujet, la directrice du programme jeunesse du CISSS de la Côte-Nord a dit être consciente des problématiques entraînées par la réforme du système de santé québécois.

Oui, il y a une réforme qui a provoqué le chaos pendant un bout de temps. Ces changements-là ont eu un impact sur les processus de communications, mais il y a quand même des bons coups dans cette réforme, pour ma part.

Anne Tremblay a bon espoir que les cinq coordonnateurs de territoire embauchés par le CISSS de la Côte-Nord en novembre 2018 permettront de régler certains des problèmes entraînés par la réforme.

La directrice du programme jeunesse a aussi expliqué aux commissaires que dans les petits milieux comme Blanc-Sablon les intervenants peuvent être amenés à faire un éventail de tâches beaucoup plus grand que dans les plus grandes villes. Des moyens technologiques peuvent aussi être utilisés pour pallier l’isolement et le manque de ressources à proximité.

Longs délais en cour

De son côté, l’avocate au Bureau d’aide juridique de Sept-Îles, Kim Chiasson, a vivement dénoncé le manque de ressources en protection de la jeunesse et en services sociaux sur la Côte-Nord.

Kim Chiasson a expliqué aux commissaires qu’il faudrait notamment un plus grand nombre de psychologues et d’avocats spécialisés en protection de la jeunesse dans la région.

Selon elle, cet important manque de ressources, en plus du grand volume de signalements à la DPJ retenus dans la région, entraîne de longs délais dans le traitement des dossiers de protection de la jeunesse.

Par exemple, l’impossibilité pour un enfant d’avoir une consultation avec un pédopsychiatre, demandée par un juge, peut retarder le traitement de dossiers à la cour, a-t-elle expliqué aux commissaires.

Kim Chiasson a aussi constaté que les services d’hébergement pour les enfants sont déficients sur la Côte-Nord. 

Lorsque nos centres d’hébergement à Sept-Îles sont pleins, ça se peut qu’un enfant se retrouve à Gaspé ou à Québec.

Kim Chiasson, avocate au Bureau d'aide juridique de Sept-Îles
Kim Chiasson pendant son témoignage à la commission Laurent.

Kim Chiasson est avocate au Bureau d'aide juridique de Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, a aussi témoigné devant les commissaires. Il affirme qu’il faut réunir les efforts de différents milieux pour arriver à réellement améliorer les services offerts aux enfants. Il croit que des gens des domaines politique, de la santé et de l’éducation, par exemple, doivent travailler de concert pour trouver des solutions.

Les Autochtones seront écoutés

Lors d’un point de presse tenu en début de journée, la présidente de la commission, Régine Laurent, a assuré que les réalités des communautés autochtones seront prises en considération. Les commissaires vont consulter les rapports de la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et les services publics et de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

La présidente précise qu’une section complète du rapport de la commission Viens aborde les services aux enfants et la protection de la jeunesse.

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, lors d'une conférence de presse.

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, lors d'une conférence de presse

Photo : Radio-Canada / Laurence Royer

Elle ajoute que les commissaires vont, parallèlement aux audiences, rencontrer des organismes qui représentent les groupes autochtones, comme l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Femmes autochtones du Québec et le Regroupement des centres d’amitiés autochtones, dans le but de recueillir leurs commentaires sur ces rapports.

On veut mieux connaître leur vision, leur analyse du rapport Viens et voir, de notre côté, comment on est capables d'aller plus loin. Le juge Viens et son équipe ont vraiment fait un travail très exhaustif.

Même s’ils n’ont pas été invités à témoigner pendant les trois jours d’audience, les chefs de communautés autochtones pourront déposer un mémoire pour faire valoir leur point de vue sur la protection de la jeunesse dans la région. Le chef de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, Mike McKenzie, a l’intention de déposer un mémoire, selon la présidente Régine Laurent.

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