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Il y a 80 ans, Norman Bethune mourait en Chine

Norman Bethune, en Chine

L'une des nombreuses photos de Norman Bethune en Chine, dans le musée consacré au médecin canadien qui a servi auprès de la 8e armée terrestre de Mao en 1938-1939 durant la guerre sino-japonaise.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Anyck Béraud

Il vous faut peut-être fouiller dans votre mémoire ou effectuer une petite recherche afin de replacer ce médecin canadien, originaire de l'Ontario, décédé sur le front de la guerre sino-japonaise le 12 novembre 1939. Dans l'Empire du Milieu, Norman Bethune est considéré comme un héros.

Une statue de Norman Bethune en marbre

Une statue de Norman Bethune, au cimetière des martyrs de Jinchaji.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Quand on me parle du Canada, c’est à Bethune que je pense en premier, lance d’un trait Li Yonghe. Il est l’un des résidents de Chengnanguan, un village agricole dans la province du Hebei, située dans le centre de la Chine.

C’est en traversant la rue principale, bordée de bâtiments défraîchis surmontés d’épis de maïs séchés sur de grands grillages, que l’on tombe sur un aménagement improbable dans cet environnement si pauvre : un grand portail blanc donne sur le cimetière des martyrs de Jinchaji, très bien entretenu. Et encore, en ce matin de novembre, l’un des gardiens s’excuse des feuilles d’arbres qui traînent ici et là. Il y a eu beaucoup de vent hier, nous n’avons pas eu le temps de les ramasser, d’habitude c’est impeccable, assure-t-il.

Il y a 80 ans, Norman Bethune mourait en Chine

Le mémorial de Norman Bethune occupe une place d’honneur, au bout de l’allée centrale, celle réservée aux personnages traités avec respect en Chine. Il faut franchir un autre portail pour voir de plus près une statue à son effigie ou, encore, un globe terrestre offert par le Parti communiste chinois qui vante l’esprit d’internationalisme du médecin canadien.

Le villageois Li Yonghe assure que c’est une réelle fierté d’avoir ce mémorial chez lui. Le Dr Bethune est un ami de la nation, il a exercé ici, précise-t-il.

Au bout de la rue principale du village de Chengnanguan, on trouve le cimetière des martyrs de Jinchaji, où une section est réservée au médecin canadien Norman Bethune.

Au bout de la rue principale du village de Chengnanguan, on trouve le cimetière des martyrs de Jinchaji, où une section est réservée au médecin canadien Norman Bethune.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Dans les montagnes environnantes, sur le front de la guerre sino-japonaise, Norman Bethune a dirigé des équipes médicales mobiles. Il était arrivé en Chine au début de 1938, fort de son expérience en chirurgie thoracique, de son expérience des champs de bataille acquise quelques années plus tôt durant la guerre civile en Espagne.

Ce médecin ontarien et membre du Parti communiste du Canada était motivé par son désir d’aider les troupes de Mao Zedong dans leur combat contre l’envahisseur japonais.

Norman Bethune examine un soldat sur le front de la guerre sino-japonaise.

Norman Bethune examine un soldat sur le front de la guerre sino-japonaise. Cette photo est exposée au musée consacré au médecin canadien à Shijiazhuang, en Chine.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Dans le reflet de la vitre, à gauche, on aperçoit le profil de la statue de bronze qui représente le médecin lors de l'expédition vers un front de  l'est d'une équipe médicale.

Cette maquette recrée l'ambiance sur le front des unités mobiles mises en place par Norman Bethune, sur les champs de bataille de la guerre sino-japonaise.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Un grand portrait immortalisant la rencontre entre les deux hommes trône dans un musée consacré au médecin canadien, à Shijiazhuang, le chef-lieu du Hebei . Ils auraient passé toute une nuit à discuter, au printemps 1938. Sur les murs, des phrases de Bethune illustrent la philosophie de ce militant pour une médecine sociale. Il soutenait notamment que les médecins devaient se rendre jusqu’aux patients, jusqu’aux soldats, et pas l’inverse.

Mao et Bethune sont côte à côte, souriants, dans un tableau immortalisant leur rencontre en 1938.

La rencontre entre Mao et Bethune en 1938, immortalisée par ce tableau accroché au musée consacré au médecin canadien à Shijiazhuang, dans le Hebei.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Zhang Songqing s’anime quand elle parle de Norman Bethune. Chercheuse en chef du musée, elle raconte que le Canadien vivait comme les soldats qu’il soignait. Elle s’émeut quand elle pense qu’il avait tout laissé derrière lui, « une situation enviable dans la société et de bons revenus », pour servir dans des conditions difficiles.

Une femme est debout et parle devant l'une des statues représentant le médecin canadien Norman Bethune.

Zhang Songqing, chercheuse en chef du Musée Bethune

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Et elle ne cache pas son admiration quand elle explique ce qu'il a inventé pour adapter la pratique de la médecine aux conditions des champs de bataille. Par exemple, une table d’opération conçue pour être installée sur un cheval et qui pouvait aussi transporter des instruments.

« C’est la clinique ambulante du pont de Marco Polo », précise Zhang Songquing. Clin d’œil historique, car c'est sur ce pont – décrit avec émerveillement par l’explorateur italien – que s’est produit l’incident du 7 juillet 1937, entre les soldats japonais et chinois, qui a incité l’armée nippone à donner l’assaut. C’était le début de la guerre sino-japonaise.

On voit la table d'opération ambulante pouvant être transportée sur un cheval.

Une partie des instruments utilisés par Norman Bethune, et l'une de ses inventions : « la clinique du pont Marco Polo ».

Photo : Radio-Canada / Karsten Hohmann

Norman Bethune a notamment rédigé des manuels d’instruction et a formé des médecins et des infirmières. En tant que conseiller médical de la 8e armée terrestre de Mao, le Canadien ne s’est pas ménagé. Il a vieilli prématurément. Un de ses exploits retient particulièrement l’attention, comme le souligne la chercheuse Zhang Songqing.

Il a travaillé sans arrêt pendant plus de 70 heures, et il a ainsi sauvé plus de 100 blessés. Il a même fêté ses 49 ans sur le front. Il se qualifiait de vieux soldat et il était content d’avoir passé son anniversaire ainsi.

Zhang Songqing, chercheuse
Une vitrine protège quelques-uns des manuels d'instruction écrits par le médecin canadien pendant qu'il servait sur le front de la guerre sino-japonaise.

Quelques-uns des manuels d'instruction écrits par Norman Bethune pendant qu'il était sur le front.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Norman Bethune ne célébrera jamais ses 50 ans.

Une septicémie l’emporte le 12 novembre 1939, faute de médicaments. Il s’était infecté en effectuant une opération à mains nues, même s’il avait une coupure au doigt. Il ne restait plus de gants.

À écouter :

Les Chinois célèbrent l’altruisme et le courage du médecin canadien. Des générations apprennent son histoire sur les bancs d’école, en particulier l’éloge de Mao. Le leader chinois l’a érigé en modèle à suivre, pour avoir embrassé « la libération du peuple chinois comme sa propre mission ».

Pour Mao, « c’est l’esprit de l’internationalisme. C’est l’esprit du communisme. C’est l’esprit que tout un chacun doit apprendre, pour la cause de la révolution chinoise ».

En avant-plan, on voit une stèle sur laquelle est gravée une partie de l'éloge de Mao à Norman Bethune.

Une partie de l'éloge de Mao gravée sur l'une des stèles du mémorial de Norman Bethune.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Des couronnes sont régulièrement déposées dans son mémorial. Même chose sur sa tombe. Ses restes ont toutefois été transférés, peu après son enterrement, avec de plus grands honneurs, à Shijiazhuang, le chef-lieu du Hebei, où se trouve également un hôpital à son nom, tout près du musée qui lui est consacré.

Depuis des décennies, le leadership chinois a multiplié les hommages à Norman Bethune, érigé en symbole de l’amitié sino-canadienne. Quatre-vingts ans après la mort de ce Canadien adulé – et instrumentalisé – en Chine, les relations entre les deux pays demeurent tendues en raison de l'affaire Huawei.

Le médecin canadien lève le poing droit et tient un document dans la main gauche.

Une représentation de Norman Bethune, lors de son adhésion au Parti communiste du Canada, en 1935, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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