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Un historien russe réputé tue et démembre sa compagne et ex-étudiante

Le reportage de Tamara Alteresco

Photo : Reuters / Anton Vaganov

Tamara Alteresco
Mis à jour le 

C'est une histoire des plus sordides qui ébranle la Russie et qui a même des répercussions jusqu'en France. Le célèbre historien Oleg Sokolov, une sommité en Russie, mais aussi le plus grand expert au monde de l'histoire de Napoléon Bonaparte, a avoué lundi avoir tué et démembré une ancienne étudiante.

En 2003, le professeur de la prestigieuse Université de Saint-Pétersbourg avait été décoré de la Légion d'honneur par Jacques Chirac pour l’ensemble de son œuvre.

Aujourd'hui, Oleg Sokolov est en prison, accusé du meurtre d’Anastasia Yeshchenko, 24 ans, une ancienne étudiante avec qui il habitait depuis trois ans à Saint-Pétersbourg. Anastasia était aussi une passionnée d’histoire et avait cosigné plusieurs ouvrages avec son professeur.

Le couple porte des costumes de Joséphine et Napoléon.

Oleg Sokolov danse avec Anastasia Yeshchenko.

Photo : VK.com

Selon les sources policières, Oleg Sokolov l’aurait tuée il y a quelques jours dans son appartement, puis il aurait caché son corps, avant de le démembrer et de le jeter dans les eaux glaciales de la rivière Moika samedi soir, à Saint-Pétersbourg.

Des caméras de surveillance ont capté la scène alors qu’il jetait des sacs dans l’eau. Oleg Sokolov serait tombé dans la rivière en essayant de se débarrasser des restes du cadavre. Des passants l’ont aidé à en sortir.

Selon les détails troublants publiés par les autorités, les bras de la victime étaient cachés dans le sac à dos qu’il portait. Une scie et la tête de la jeune femme ont ensuite été trouvées dans l’appartement de M. Sokolov, qui est passé aux aveux lundi matin.

Selon l’interrogatoire, l’accusé prévoyait de se rendre à la célèbre forteresse Pierre-et-Paul le soir où il a été arrêté pour s’enlever la vie déguisé en Bonaparte. Oleg Sokolov enfilait régulièrement le costume de Napoléon, puisqu’il était aussi champion de la reconstitution des champs de bataille.

Lundi, son avocat, Alexander Pochuyev, s’est adressé aux journalistes devant le tribunal. Il a avoué le crime et le regrette, a-t-il affirmé, ajoutant que son client n’était pas lui-même au moment du crime, mais « sous influence », sans préciser laquelle.

L’affaire suscite l’indignation en Russie. Sur les plateaux de télévision, le débat fait rage. Cet homme connu et respecté a-t-il agi de façon préméditée ou lors d’un moment de folie?

Les plus grands criminalistes du pays prédisent qu’il plaidera non coupable et qu’il pourrait recevoir une peine réduite de trois ans.

La mère de la victime, qui est policière et vit à Krasnodar, s’est rendue jusqu’à Saint-Pétersbourg pour identifier sa fille. Dans une courte entrevue accordée à la télévision, Galina Yeshchenko parle d’un meurtre odieux et très certainement prémédité.

Elle ne croit pas à la thèse de l’aliénation mentale. Le frère de la victime a affirmé pour sa part à l’agence russe RBK que sa sœur l’a appelé vendredi matin en pleurant pour lui dire qu’elle et Oleg Sokolov s’étaient disputés en raison de la jalousie du professeur.

Des étudiants avaient sonné l’alarme

Sur le campus de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg, où le professeur dirigeait une chaire d’étude, c’est la consternation. Plusieurs étudiants affirment que le comportement excentrique du professeur aurait dû sonner l’alarme depuis longtemps.

Il y a eu un incident similaire il y a dix ans quand il a battu quelqu'un. Il la battait aussi [Anastasia Yeshchenko]. Personne n'y a prêté attention. L'administration de l'université n'a pas réussi à empêcher cela. C’est sa faute, a déclaré Ivan Poustovoït, un étudiant.

Dans un tweet, Vasily Kusin, conseiller municipal de Saint-Pétersbourg et ancien étudiant du professeur, écrit avoir prévenu l’université, mais que la direction n’a jamais donné suite à sa plainte.

En fait, plusieurs plaintes auraient été formulées et auraient été ignorées par les autorités universitaires. Selon des témoignages recueillis par plusieurs médias russes, la relation entre Anastasia Yeshchenko et le professeur était un secret de Polichinelle sur le campus.

Selon la rumeur, il l’appelait Joséphine, en référence à l’épouse de Napoléon Bonaparte.

Par ailleurs, il demandait aussi régulièrement à ses étudiants de l’appeler « sire ».

Oleg Sokolov lève une épée devant des soldats qui tiennent des baïonnettes.

Oleg Sokolov, costumé comme l'empereur Napoléon, accompagne des admirateurs d'histoire militaire habillés de l'uniforme français, à Krasnoyarsk, en Sibérie, en 2005.

Photo : Reuters / Ilya Naymushin CVI/TC

Une pétition circule désormais au sein de la communauté étudiante pour exiger une enquête sur la façon dont la direction de l’université a géré l’affaire.

Dans un communiqué, l’université de Saint-Pétersbourg dit avoir congédié Sokolov depuis son arrestation.

La direction confirme du même souffle que le professeur Sokolov avait déjà fait l’objet de mesures disciplinaires après une altercation avec un étudiant au printemps dernier.

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