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Des résidents de Lamèque craignent de tout perdre à cause de l'érosion

Les problèmes liés à l'érosion doivent être pris au sérieux rapidement selon des résidents de Chiasson Office.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Alix Villeneuve

À Chiasson Office, sur l’île de Lamèque, une excavatrice s'affairait lundi à déposer des rochers sur petit tronçon de la route principale afin de la protéger contre les assauts de la mer, tout près. Une bonne nouvelle selon des résidents, qui déplorent toutefois que les ressources consacrées à la lutte contre l'érosion soient limitées.

On est contents, mais il faut que ça continue, lance Étienne Noël, qui est voisin du tronçon. Il aimerait beaucoup que sa maison puisse jouir de la même protection.

Contrairement aux routes, qui bénéficient d'un financement public, les maisons situées le long de la côte doivent être entretenues par les résidents côtiers.

Lors de la dernière tempête automnale, l’eau a atteint le garage d'Étienne Noël. À tous les mauvais temps, je suis pris pour venir ici et nettoyer. Bientôt je ne pourrais plus faire ça parce que ça va être mon garage qui va s’en aller.

Sa femme, Lise Savoie, est du même avis. Je sais que le problème est partout sur l’île de Lamèque et les environs. Mais par ici [...], on est vraiment en danger.

Si on fait rien, nous autres, on va tout perdre.

Lise Savoie, résidente de l'île de Lamèque

Le couple voudrait que le gouvernement profite des travaux actuellement en cours le long de la route pour protéger du même coup les maisons voisines.

Lors des dernières tempêtes, la mer s'est avancée jusqu'au terrain d'Étienne Noël.

Étienne Noël regarde les débris que la mer a apportés devant chez lui.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Mais ça pressait pour eux autres aussi, admet Lise Savoie en parlant de la route. Lors de la dernière tempête, il y avait des trappes à homard dans le milieu du chemin.

Des dizaines de milliers de dollars

De l’autre côté du chantier, les autres voisins, eux, ont payé le gros prix pour enrocher leur terrain. Sept ans plus tard, ils voient la différence. La plage est plus petite, mais leur maison n’est plus menacée par les tempêtes.

Le terrain juste à côté de nous autres, c’est à peu près 70 pieds qu’ils ont perdus avec les tempêtes, explique la propriétaire Sylvie Desylva, qui partage les inquiétudes de ses voisins.

Payer pour enrocher, c’est une solution, mais ce n’est pas abordable [pour tout le monde], résume la mère de famille qui affirme avoir payé plus de 30 000 $ pour cette sécurité.

Une partie d'un terrain est protégé par des rochers. Là où les rochers s'arrêtent, l'érosion a grugé plusieurs mètres.

Les rochers ont fait une différence notable pour le terrain de Sylvie Desylvas.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Nous autres, on n'aurait vraiment pas les moyens, confirme Lise Savoie, qui, avec un terrain plus grand, estime le coût des travaux à faire chez elle à une centaine de milliers de dollars.

Face à ce problème qui concerne des quartiers entiers, Mme Savoie appelle le gouvernement à l'aide. Je sais que le gouvernement fait des choses, mais pour nous, ce n’est pas assez vite.

Denis Haché discute avec un journaliste en agitant les bras.

Selon Denis Haché, il y avait autrefois des dunes de plus de 6 mètres (20 pieds) à cet endroit.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Un pêcheur de homard se joint au groupe. Il s’agit de Denis Haché, qui raconte avoir toujours habité dans la région. La côte, depuis notre enfance, elle a dû manger un bon 300 ou 400 pieds, comme il faut.

Lui aussi souhaiterait voir plus de mesures pour contrer l’érosion.

Il est très inquiet. Selon lui, un passage tout près de la route menant vers le phare de Chiasson Office pourrait disparaître bientôt… et cela mettrait Shippagan en danger.

Le « bouclier de Shippagan » en péril

Le chemin vers le phare, comme il l’appelle, c’est la pointe de sable qui s’étend à l'extrémité sud de l’île de Lamèque.

C’est une lagune naturelle qui encaisse les vagues venant du golfe du Saint-Laurent. La ville de Shippagan, à l’intérieur de la baie, peut ainsi demeurer à l’abri des ondes de tempêtes venant de l’est.

Une capture d'écran tirée de Google Earth. La lagune de sable est au bas de l'image. La ville de Shippagan et de Savoie Landing se trouve plus haut vers le nord.

Le chemin vers le phare, c'est la lagune de sable au bas de l'image.

Photo : Capture d'écran/Google Earth

Il y avait peut-être 20 ou 25 pieds de dunes de sable. Ça n’existe plus, raconte le pêcheur. Maintenant, la plus haute dune doit faire moins d’un mètre. On voit l’eau des deux bords.

Lors des dernières tempêtes, il raconte que des vagues ont glissé par dessus la langue de sable pour ensuite s’enfoncer plus profondément dans la baie, vers Shippagan.

Au rythme où vont les choses, Denis Haché craint que cette protection ne disparaisse. Une couple de mauvais temps, et ça bust des deux bords.

La mer, un coup qu’elle aura fait son chemin, elle n’arrêtera plus. Ça presse.

Denis Haché, résident de l'île de Lamèque

Et sans cette barrière naturelle contre les tempêtes, il craint pour les communautés à l’intérieur de la baie qui pourraient être frappées directement. On est tous au niveau de la mer, explique-t-il à propos des municipalités de Shippagan et de Savoie Landing.

Ils sont mieux d’arranger ici et de mettre de la roche pour protéger la côte “d’en dehors” comme on l’appelle.

Un muret de bois s'est effondré à certains endroits. L'eau pénètre alors dans la dune.

Un muret de bois retient le sable de la dune. Mais il est en piteux état, observe Denis Haché.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

En septembre, le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick et député local, Robert Gauvin, affirmait que l'érosion était un problème « assez urgent » et « qu'il [allait] falloir agir assez rapidement ».

Le mois suivant, le ministre de l'Environnement, Jeff Carr, après un passage dans la région, soulignait que la situation « était critique ».

À Cap-Bateau, plus au nord sur l'île de Lamèque, des résidents côtiers ont entrepris de déplacer leur maison pour éviter qu'elle ne tombe en bas de leur cap.

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