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L'Abitibi-Témiscamingue attire les travailleurs français, mais peine à les garder

Émilie Daraize, Fernand Lemieux et Frédérick Macé psoentdevant des escaliers.

De gauche à droite: Émilie Daraize, Fernand Lemieux le propriétaire de la maison où elle et son conjoint résident, et Frédérick Macé, le conjoint d'Émilie Daraize.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Jean-Marc Belzile

Un couple français venu travailler en Abitibi-Témiscamingue déplore la lenteur avec laquelle les dossiers d'immigrations sont traités. Ils dénoncent aussi que certains services liés à l'immigration ne soient pas offerts dans la région, ce qui rend leur arrivée beaucoup plus complexe.

Jean-Marc Belzile les a rencontrés

Séduits lors d'un salon de l'emploi en France, Frédérick Macé et Émilie Daraize décident en 2018 de venir s'installer au Québec.

En juin 2019, Frédérick, qui est tuyauteur-soudeur, reçoit son permis de travail fermé pour trois ans, ce qui permet à sa conjointe d'obtenir quant à elle un permis de travail ouvert.

Une carte du monde montrant une ligne rouge entre le Québec et la France.

Émilie Daraize et Frédérick Macé ont choisi de quitter la France pour s'établir à Palmarolle pour bénéficier d'une meilleure qualité de vie.

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

Ils décident de s'installer à Palmarolle en Abitibi-Ouest, mais, rapidement, les problèmes commencent pour Émilie, qui est enseignante de formation.

Que ce soit l'entretien que j'ai eu avec l'entreprise pour laquelle je travaille ou la commission scolaire où elle avait pris contact, on nous a dit "Tu fais ton équivalence de diplôme et il y a plein de boulot, il manque plein de professeurs", se souvient-elle.

Alors on s'est dit c'est génial. Elle a fait son équivalence de diplôme et puis on s'est dit on arrive et puis elle travaillera. Puis, finalement, non, il faut une visite médicale. Si on l'avait su, on aurait pu le faire en France, raconte Frédérick Macé.

Un examen médical difficile à obtenir

Émilie Daraize ne peut donc pas enseigner avant d'avoir passé un examen médical. Elle croit alors qu'il ne s'agira que d'une formalité, mais elle va se renseigner sur le site du gouvernement pour obtenir la liste de de tous les médecins habilités par l'immigration.

En région, aucun médecin, même à Rouyn-Noranda, se désole Émilie Daraize. J'ai quand même appelé des cliniques, on m'a dit que c'est possible si les médecins sont d'accord de passer la visite médicale, mais il faut qu'ils aient un accord de l'immigration pour passer cette visite médicale, mais aucun n'était au courant, c'était compliqué de passer par l'immigration alors il valait mieux aller à Montréal.

Non seulement Émilie doit passer cet examen à Montréal, mais elle doit refaire la demande de permis de travail en entier et débourser un autre 250 $.

Le principe on le comprend, je le trouve génial. Être en bonne santé, être psychologiquement bien devant les enfants, c'est très bien, mais par contre, [...] je trouve ça hyper long et hyper cher, affirme Frédérick.

Des délais et des coûts qui découragent

Le mieux, ce serait d'avoir un médecin à l'immigration dès qu'on arrive qui fasse passer une visite médicale et qui dit voilà vous êtes aptes, je l'ajoute sur votre permis de travail, renchérit Émilie.

Le nouveau député fédéral d'Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, croit qu'il s'agit d'un frein à l'immigration en région et que des changements s'imposent.

L'exemple que vous donnez avec le défi d'aller faire un examen médical à l'extérieur de la région, forcément ça devient plus compliqué et ça ne devrait pas l'être. Pour moi, on choisit de s'établir en région, mais on n'a pas à avoir moins de services parce qu'on est en région, surtout des services d'un médecin, dit-il.

Oui, il y a des coûts de déplacement parce qu'il faut s'y rendre, il faut souvent se loger et c'est pas juste le cas au niveau des examens médicaux, c'est aussi le cas pour prêter serment pour la citoyenneté et les examens qui sont à faire pour la citoyenneté. On a une réflexion à faire pour s'assurer et revendiquer que ce service soit offert dans la région, ajoute Sébastien Lemire.

Frédérick Macé et Émilie Daraize ont dépensé plus de 1250 $ en papiers d'immigrations pour le moment, beaucoup d'argent pour le service rendu, selon Frédérick.

Cinq mois d'attente pour des résultats

Lors de notre rencontre, Émilie Daraize venait tout juste de recevoir son permis de travail pour enseigner, cinq mois après avoir passé son test médical. Heureusement, le propriétaire de la maison où elle demeure, Fernand Lemieux, lui a offert du travail dans un commerce en attendant, ce qui a permis au couple de subvenir à ses besoins.

On a entendu beaucoup de Québécois qui croient qu'on a gagné à la Loto d'être là, alors que pas du tout, au contraire. Vu tout ce qu'on a payé c'est loin d'être le cas, je peux vous assurer.

Émilie Daraize

Franchement je vous assure, s'il n'y avait pas eu Fernand on serait parti parce que la France nous fait l'appel du pied parce que nous on a deux métiers, où il en manque cruellement en France et au Québec et ailleurs même. On n'est pas du tout là par obligation, mais par choix, insiste Émilie.

Un phénomène répandu

La France faisant elle aussi face à une pénurie de main-d'oeuvre, les Français peuvent facilement y trouver un travail. Malgré tout, certains font le choix de venir dans la région pour la qualité de vie que l'on y trouve. Le problème, c'est que plusieurs retournent rapidement chez eux.

Le pire, c'est que ça fait de la mauvaise publicité pour le Québec parce que forcément le bouche-à-oreille en France va se faire et nous aussi on avait des tas de copains qui nous ont dit quand on est parti "Vous partez en éclaireurs et si c'est bien on vous rejoint."

Frédérick Macé

Deux médecins ont notamment quitté le Témiscamingue en 2018, et même scénario en 2019 pour des infirmières qui souhaitaient s'installer dans la région.

Nous, on est arrivé trois Français à deux semaines d'intervalle environ. Il y en a un qui est déjà reparti et il y en a un autre avec ses enfants, il attend la fin de l'année scolaire puis tout indique qu'il va repartir aussi, rapporte Frédérick Macé.

Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, agir sur l'attractivité est une chose, mais aussi sur l'intégration et la rétention de ces gens-là. Quand on a des délais administratifs qui font en sorte que les gens sont moins contents d'être là, ça nous aide pas, remarque Sébastien Lemire.

Frédérick Macé et Émilie Daraize comptent demeurer dans la région pour le moment comme ils ont finalement leurs deux permis de travail. Ils espèrent que les problèmes sont maintenant derrière eux.

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Abitibi–Témiscamingue

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