•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un ancien combattant se confie sur son déploiement en Afghanistan

Philippe Marcoux demande au major Stéphane Tremblay ce que signifie pour lui le jour du souvenir et comment il voit sa carrière au sein des Forces armées canadiennes

Radio-Canada

Il s'enrôle dans les Forces armées canadiennes alors qu'il n'est âgé que de 18 ans. Près de 20 ans plus tard, l'homme originaire de Saint-Quentin, dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, fait un retour sur ces années qui ont marqué ses souvenirs au fer rouge.

Jonathan Thériault choisit de s'enrôler dans l'armée après le secondaire. En 2002, l'adolescent prévoit faire des études pour devenir enseignant... mais une rencontre avec un recruteur des Forces armées le fait changer d'idée.

Quelques années plus tard, devient caporal-chef dans le Royal 22e Régiment.

L'uniforme des Forces armées canadiennes

Forces armées canadiennes.

Photo : Radio-Canada

Cinq ans après son entrée dans l'armée, on lui apprend qu'il sera déployé en Afghanistan. Après s'être entraîné sans arrêt depuis des années, il se sent prêt.

Mais rien ne pouvait le préparer à ce qui allait venir.

On n’était pas beaucoup de soldats. Pour la plupart, on était des [caporaux] avec beaucoup d’expérience dans les Forces, se souvient-il. On se préparait depuis des années ensemble, on était vraiment un groupe lié.

Une date qu'il n'oubliera jamais

Le 22 août 2007 est une date qui le hantera à jamais.

Ce matin-là, la journée s'annonçait comme toutes les autres. Jonathan Thériault était en Afghanistan depuis trois semaines et il commençait à s'habituer à ce pays qui serait son chez-soi jusqu'en mars 2008.

Des soldats en habit de camouflage marchent dans la poussière. Ils sont photographiés de dos.

Quelque 40 000 militaires canadiens ont été déployés en Afghanistan entre 2001 et 2014. Sur cette photo, des soldats patrouillent au sud-ouest de Kandahar, le 7 juin 2010.

Photo : Anja Niedringhaus

Pourtant, en une seule seconde, son monde a basculé.

Moi, mon élément déclencheur, qui fait que je souffre du [trouble de stress post-traumatique], c’est vraiment l’accident dans lequel j’ai fait partie, raconte Jonathan Thériault, la gorge nouée.

Mon camion a explosé. J’ai perdu trois confrères. [Il y avait] plusieurs blessés, j’ai failli mourir... Je me suis vu mort.

Jonathan Thériault, ancien combattant en Afghanistan

Son groupe était installé près de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, repaire d'un grand nombre de talibans qui se servaient de l'endroit comme base arrière pour attaquer des villages. L'équipe de Jonathan Thériault avait pour mission de faire reculer les talibans pour libérer les villages et y faire entrer la police.

Ce jour-là, le véhicule blindé de M. Thériault s'est accidentellement arrêté sur une bombe.

Un véhicule blindé léger canadien, construit par General Dynamics

Ce véhicule blindé est devenu un symbole des forces armées canadiennes en Afghanistan.

Photo : Radio-Canada

Quand j’ai regardé en arrière, mon véhicule était ouvert à moitié. On parle d’un blindé. [Là] où mes collègues étaient assis, le plancher était ouvert. On a pilé sur une mine. C’est comme un gros camion plein d’explosif et quand on a passé dessus, ç’a explosé, se remémore-t-il.

Il n'a jamais oublié les hommes qu'il a perdus. Il ne pensait pas, ce matin-là, qu'il leur parlerait pour la dernière fois.

Mario est décédé. J’ai perdu aussi mon caporal-chef qui était médical. J’ai perdu mon interprète afghan. J’ai un de mes amis qui a failli perdre ses deux jambes, raconte Jonathan Thériault.

Mario Mercier, c’était notre papa. Il nous appelait toujours ses petits oursons. C’est un homme qui avait 28 ans de service. En honneur, on a tous mis des petits oursons sur nos camions.

Jonathan Thériault

Il n'oubliera pas le bruit assourdissant qui a retenti dans ses oreilles ni la poussière qui a rempli le véhicule au moment de l'explosion. Le plus marquant a été pour lui de sentir le sang éclabousser ses vêtements et de comprendre qu'il n'était pas le sien.

Des années pour guérir

Aujourd'hui, Jonathan Thériault est père de deux jeunes filles. Il consulte un psychologue depuis son retour et il a quitté les Forces armées canadiennes en 2013, après 12 ans de service.

Il considère vivre une belle vie en 2019, en dépit du retour qui n'a pas été facile.

J’ai deux enfants, deux filles. La première est née prématurée. Et le stress quand elle est née, la peur de la perdre… ça m'a dérangé. J’étais encore face à la mort. C’est comme si d’être face à la mort, ç'a fait sortir tout ce que j’avais refoulé depuis que j’étais là-bas, dit-il.

Un homme, qui semble désespéré, est isolé dans un couloir

Jonathan Thériault affirme avoir réussi à surmonter le traumatisme de sa mission en Afghanistan. (Photo : archives)

Photo : Shutterstock

Après la naissance de sa première fille, son syndrome post-traumatique commence à prendre le contrôle de sa vie. Son couple s'effrite. Ses parents lui demandent d'aller chercher de l'aide.

Un homme, c’est orgueilleux. Toi tu le ressens, tu sais que quelque chose cloche, mais tu te dis que t’es fait fort. Je ne me rendais pas compte vraiment que quelque chose n’allait pas. Tu as l’adrénaline au plafond pendant des semaines [de déploiement] et là tu arrives au Canada et plus rien, se souvient-il.

Sa vie, dit-il, était devenue un théâtre. Il considère qu'il était devenu bon acteur en faisant croire à ses proches que tout allait bien.

Nous autres, le psychologue sur la base à Valcartier, il est au deuxième étage à l’hôpital. On l'appelait l’escalier de la honte. Quand tu t’en vas à l’hôpital, puis que tu prends cet escalier-là et que tout le monde te voit, ils comprennent que t’as un problème, confie M. Thériault.

La maladie mentale, une douleur invisible

Un psychologue m’avait dit : ''Tu sais Jonathan, t’aurais été mieux de revenir avec une jambe en moins, pour que le monde réalise que tu es blessé'', raconte-t-il.

Jonathan Thériault.

Jonathan Thériault, était caporal-chef dans les Forces armées canadiennes pour le Royal 22e Régiment.

Photo : Radio-Canada / Bernard Lebel

Des mots qui ont longtemps retenti dans son esprit.

Quand il m’a dit ça, j’ai pété les plombs. Mais aujourd’hui, je le comprends, parce que c’est un mal intérieur que les gens doutent toujours. Après une tentative de suicide en 2016, Jonathan Thériault reprend le contrôle de sa vie. Il continue la thérapie en rencontrant son psychologue toutes les deux semaines et son psychiatre tous les six mois.

Il a aujourd'hui réussi a récupérer la garde de ses enfants, qu'il avait perdue lorsqu'il était dans la tourmente. Il considère qu'il s'agit de l'une de ses plus grandes réussites.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Conflits armés