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Les défis d'être un travailleur surqualifié

Des travaux de recherche sont menés dans un laboratoire d'un centre hospitalier.

Des années de travail acharné sont nécessaires pour obtenir un doctorat, mais ce diplôme n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur.

Photo : Radio-Canada

Jacaudrey Charbonneau

Des années de travail acharné sont nécessaires pour obtenir un doctorat, mais ce diplôme n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur. Au moment où les inscriptions au troisième cycle augmentent, les postes convoités dans les universités se font de plus en plus rares. Les doctorants doivent alors se tourner vers d'autres secteurs d'emploi, où leur surqualification peut parfois devenir un obstacle.

On sait pertinemment qu'il n'y a pas de postes à l'université, alors pourquoi on produit autant de docteurs?

La question est chargée, surtout que l'homme qui la pose s'adresse à une salle remplie de titulaires et de candidats au doctorat et qu'elle s'adresse à un panel de quatre doctorants et une recruteuse.

En 2011, 60 % des doctorants souhaitaient occuper un poste de professeur à l'université, mais moins de 20 % occupaient un emploi de professeur à temps plein.

C'est beaucoup de gens qui doivent faire le saut vers la poursuite d'une carrière à l'extérieur et ce qu'on se rend compte, c'est que cette rencontre n'est pas toujours facile parce qu'on ne parle pas forcément le même vocabulaire, explique Marianne Chevrier, chargée de recherche et agente de recrutement chez Adoc Talent Management.

Adoc est agence qui se spécialise dans le placement des titulaires de doctorat. Sa mission : valoriser ce parcours universitaire et faciliter la relation entre les employeurs et les doctorants. Un mariage qui peut être périlleux.

Après avoir passé 3, 5 ou 7 ans le nez collé sur sa thèse à travailler sur une molécule ou un cadre conceptuel, on oublie qu'on est autre chose que cette thèse et qu'on a plein d'autres compétences à offrir. On est des communicateurs, on est des chargés de projets, on est des auteurs.

Marianne Chevrier, chargée de recherche et agente de recrutement chez Adoc Talent Management
Une femme répond aux questions d'une journaliste.

Marianne Chevrier est chargée de recherche et agente de recrutement chez Adoc Talent Management.

Photo : Radio-Canada

Abattre les préjugés

Des intellectuels qui manquent d'habiletés sociales, des éternels étudiants : les préjugés à l'égard des doctorants sont nombreux. Sara Mathieu-Chartier peut en témoigner. Elle a cofondé Thèsez-vous, un organisme à but non lucratif qui soutient les étudiants à la maîtrise et au doctorat dans leur rédaction.

Noël approche à grands pas et ce qu'on constate auprès des doctorants qui font appel à nos services chez Thèsez-vous, il y en vraiment beaucoup qui sont préoccupés par ce qu'ils vont dire à Noël à leur famille parce qu'ils vont être encore aux études. Ils sont particulièrement irrités d'être considérés comme des étudiants alors que ce qu'ils font est vraiment plus de l'ordre d'un travail, d'un projet, d'une passion, explique-t-elle.

Il y a une démystification du parcours doctoral et une valorisation à faire aussi auprès des employeurs, souvent réticents à la surqualification. Pendant le panel, Sandrine Théard, une formatrice en recrutement, en a fait sourciller plus d'un. On a même demandé quelques fois à barrer des doctorats sur des CV. Je vois des têtes qui acquiescent, a-t-elle poursuivi en regardant des participants dans la salle.

Une femme répond aux questions d'une journaliste.

Sara Mathieu-Chartier est directrice et cofondatrice de l'organisme Thèsez-vous.

Photo : Radio-Canada

Elle explique que pour des recruteurs qui ne sont pas détenteurs d'un doctorat, c'est difficile de reconnaître leurs compétences. Je recrute dans le pharmaceutique. Pour le superviseur qui a tout au plus une maîtrise, recruter un doctorant pour un poste d'analyste qui va superviser, ça ne marche pas, ça marche vraiment pas.

Et le contraire est aussi vrai. Si j'affiche un poste où je demande un DEC [diplôme d’études collégiales, NDLR] et que je reçois un doc, ça ne marche pas, je ne l'engagerai pas. Donc, si cette personne-là veut vraiment occuper ce poste, oui je vais lui suggérer de le retirer.

Pourtant, lors de ce panel, Adoc révélait les résultats d'une étude sur les compétences doctorales et le marché de l'emploi au Canada. Celle-ci montre notamment que 89 % des employeurs ayant embauché des titulaires de doctorat sont satisfaits de ces employés. Un signe positif, selon Sara Mathieu-Chartier.

Chaque détenteur de doctorat qui est le premier ou la première à oeuvrer dans un organisme, il crée un précédent, il crée de l'ouverture. Il ne peut qu’ y avoir un effet multiplicateur, explique Mme Mathieu-Chartier.

Toutefois, le danger selon elle, c'est aussi d'endosser une vision trop utilitariste du doctorat, parce que l'objectif de ce parcours demeure aussi et surtout l'avancement des connaissances.

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