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  • Envoyé spécial
  • Pas d'ingérence internationale, réclament des Haïtiens

    Une marchande de rue vend du riz à Port-au-Prince.

    Une marchande de rue vend du riz à Port-au-Prince.

    Photo : Reuters / Ivan Alvarado

    Philippe Leblanc

    Huit semaines de manifestations parfois violentes, une population affamée luttant pour sa survie chaque jour, la corruption qui gangrène l’État. Haïti vit une profonde crise politique et humanitaire.

    Au milieu de cet écœurement populaire et de ce désir de changer le système d'oppression économique des citoyens, un autre discours s’impose également en discutant avec les gens dans la rue.

    Ils veulent en finir avec ce qu'ils appellent la soi-disant aide internationale ainsi que l’impérialisme. Ici, on accuse souvent les Américains de soutenir le président Jovenel Moïse.

    Cette crise est haïtienne avant tout. La solution doit être haïtienne et l'impérialisme, les Américains, ils doivent juste arrêter cette ingérence.

    Gilbert Mirambeau, cinéaste et militant anticorruption

    Les racines du sentiment antiaméricain

    Le ressentiment envers les Américains ne date pas d'hier en Haïti. Les États-Unis ont occupé la Perle des Antilles de 1915 à 1934 pour protéger leurs intérêts économiques stratégiques dans ce pays instable politiquement. Un fort nombre d'Haïtiens affirment que Washington dicte encore le paysage politique du pays.

    Impossible non plus d'oublier que les Américains ont longtemps soutenu la dictature sanglante de François et Jean-Claude Duvalier (Papa et Bébé Doc), de 1964 à 1986.

    Les Américains ont fermé les yeux sur la dictature des Duvalier, soutient Gilbert Mirambeau. C'était un appui sous le couvert de l'anticommunisme et de leurs politiques à travers le monde. Ils ont dit "ok" puisque les Duvalier étaient anticommunistes, soi-disant. On a subi cette dictature qui nous a fait très mal.

    Un homme, assis, de profil, pianote sur son ordinateur portable.

    Gilbert Mirambeau, cinéaste et militant anticorruption

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Dépendance forcée aux produits américains

    Le tiers des Haïtiens vivent en situation d'insécurité alimentaire grave, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Pourtant, Haïti produisait suffisamment de riz pour nourrir sa population jusque dans les années 80.

    Aujourd'hui, en vertu d'accords commerciaux, c'est le drapeau américain qu'on voit sur les poches de riz des marchés d'Haïti. Le riz américain, subventionné par Washington, est vendu à bas prix et a détruit la production agricole locale. Les Américains contrôlent essentiellement le marché du riz et d'autres produits comme les haricots.

    Pourquoi les Américains appuient le président Jovenel Moïse? Ils gèrent leurs affaires, c'est sûr. On n'oublie pas qu'on représente un grand marché pour le pétrole américain et pour le riz aussi. Géopolitiquement, on est aussi bien placés.

    Gilbert Mirambeau

    Où est passée l'aide humanitaire?

    Les milliards d'aide humanitaire amassés après le tremblement de terre dévastateur de 2010 en Haïti devaient servir à la reconstruction du pays. Près de 10 ans plus tard, beaucoup d’Haïtiens vous diront qu'ils n'ont vu qu'une infime fraction de cette aide.

    On ne cesse de nous répéter ici que les conditions de vie se sont dégradées pendant que les étrangers et les élites d'Haïti empochaient la quasi-totalité de cet argent.

    En 2014, un chercheur de l’Université de Montréal déplorait le manque de transparence dans la gestion de l’aide humanitaire canadienne, affirmant qu’il était impossible de savoir à qui les deux tiers des sommes canadiennes avaient été attribués.

    Vous pensez que les étrangers sont impliqués dans les problèmes de corruption du pays? C'est pas une pensée, c'est un constat, laisse tomber un jeune rencontré au Champ-de-Mars, à Port-au-Prince.

    Que pense le Canada de la crise politique haïtienne?

    Lors d'une discussion à bâtons rompus avant une conférence de presse jeudi dernier, le sénateur Sorel Jacinthe discutait de la motion de solidarité envers le peuple haïtien adoptée à l'unanimité par les députés de l'Assemblée nationale du Québec le 1er novembre.

    Ce parlementaire qui réclame la démission du président Jovenel Moïse cherchait à savoir si le Canada allait se prononcer sur cette motion. Le silence du gouvernement du Canada face à la crise haïtienne en inquiète plusieurs. D'autres disent par contre comprendre ce mutisme.

    Je ne pense pas que le Canada ou la France appuient ce qui se passe ici. On les a rencontrés plusieurs fois de manière officieuse. Ils étaient très directs et très carrés. Ils disaient qu'ils n'appuient pas ce qui se passe (dans le gouvernement haïtien). C'est vraiment l'Oncle Sam qui décide de tout ce qui se passe. Les Américains soutiennent Jovenel.

    Gilbert Mirambeau

    Un nouvel interlocuteur à l'international

    Les différents groupes d'opposition réclamant la démission du président haïtien se sont entendus samedi soir sur un éventuel plan de transition advenant le départ de Jovenel Moïse.

    Edgard Leblanc fils regarde son interlocuteur.

    Edgard Leblanc fils, coordonnateur-général d'un des partis politiques membres de Mache Kontre

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    On a compris que la seule façon de faire bouger les choses est de se mettre ensemble, dit Edgard Leblanc fils, dont le parti politique est membre du groupe d’opposants Mache Kontre.

    Il s'agit non seulement de forcer le départ du président, mais aussi d'être un interlocuteur à l'international. Je pense aux Américains, mais aussi au gouvernement canadien, qui appuient quand même le président en fonction, selon moi. On sera un interlocuteur dans lequel il y aura un regroupement de partis opposés et qui représente l'ensemble des secteurs de la population haïtienne, ajoute-t-il.

    Notre envoyé spécial Philippe Leblanc est en Haïti toute la semaine pour rendre compte de la situation sur le terrain alors que le pays traverse une profonde crise.

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