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« Je pense aux confrères que j'ai perdus » : le jour du Souvenir d'un soldat canadien

Philippe Marcoux demande au major Stéphane Tremblay ce que signifie pour lui le jour du souvenir et comment il voit sa carrière au sein des Forces armées canadiennes

Radio-Canada

Quand il est entré dans les Forces canadiennes en 1987, le major Stéphane Tremblay soulignait le jour du Souvenir en mémoire des anciens combattants de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. C’est encore le cas, mais, 32 ans et neuf missions plus tard, la journée du 11 novembre revêt pour lui une nouvelle signification.

Un texte de Nathalie Bastien

Je le fais pour tous les vétérans, raconte d'entrée de jeu le major Tremblay. Pour tous ceux-là qui ont donné pour leur pays, parce que... J’ai des frères d’armes; j’ai du monde avec qui j’ai travaillé; j’ai des amis qui sont décédés, qui ont été blessés. À toutes les fois que je fais cette parade-là, le 11 novembre, je pense aux confrères que j’ai perdus.

On pense souvent à un vétéran comme étant une personne âgée avec une canne, mais il ne faut pas oublier qu’on a de nouveaux vétérans. Des vétérans de l’Afghanistan et de toutes les missions qu’on a faites. Ces vétérans-là ont besoin d’être reconnus aussi.

Major Stéphane Tremblay, G1 du 33e Groupe-brigade du Canada

Stéphane Tremblay est originaire de Saint-Bruno, au Lac-Saint-Jean. Avide d’aventures, il a commencé sa carrière militaire avec le Royal 22e Régiment, dans le but de faire des missions et de voir du pays. Il a été servi : il a été déployé trois fois en Bosnie, une fois en Haïti, quatre fois en Afghanistan en une fois en République démocratique du Congo, sa plus récente mission, en 2017.

Stéphane Tremblay est assis dans l'herbe avec une gourde à la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Tremblay après une patrouille au en République démocratique du Congo.

Photo : Avec la gracieuseté de Stéphane Tremblay

C’est à Kaboul, en 2004, que le journaliste Philippe Marcoux, alors basé à Londres, le rencontre pour les besoins d’un reportage soulignant la présence des militaires canadiens au camp Julien.

Le camp Julien était alors la principale base du contingent canadien de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS).

Quinze ans plus tard, fruit du hasard, les deux hommes se retrouvent à Ottawa.

Philippe Marcoux animera lundi une émission spéciale pancanadienne sur le jour du Souvenir, à la radio de Radio-Canada, et le sergent Stéphane Tremblay d’alors est aujourd’hui major et basé lui aussi dans la capitale.

Il est G1 du 33e Groupe-brigade du Canada, et toujours aussi passionné de missions.

À Kaboul, en 2004, il était commandant de la section d’infanterie au 3e Bataillon, responsable d’assurer la sécurité de la ville. Quand il revoit le reportage de l’époque, il se fait la réflexion qu'il est toujours aussi avide de missions et d’adrénaline. Les conditions sur le terrain se sont un peu améliorées, puisqu’il n’a plus aujourd’hui à dormir sur des lits de camp sous une tente avec une trentaine de soldats.

On développe tous des dépendances. Moi, ma dépendance, c’est les missions. Mon seul regret, c’est de ne pas toujours avoir été là physiquement pour mes enfants dans les moments importants. Par exemple, j’étais déployé quand mon plus vieux a gradué de l’École de fantassins.

Major Stéphane Tremblay, G1 du 33e Groupe-brigade du Canada

La famille

Les nombreux départs pour plusieurs mois consécutifs auront eu raison de son premier mariage, comme c’est souvent le cas chez les familles de militaires. De cette union sont nés trois enfants. Ses deux fils ont d’ailleurs décidé de suivre ses traces : Pierre-Luc est fantassin au Royal 22e Régiment et est présentement en mission, tandis que Maxime est charpentier-menuisier dans l’aviation à Bagotville. Il devrait être déployé à son tour prochainement.

Heureusement, ils sont moins fous que leur père, avoue Stéphane Tremblay, en référence au niveau de risque associé à ses missions à l’étranger.

Stéphane Tremblay avec à sa gauche ses trois enfants Maxime, Sara-Maude et Pierre-Luc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Tremblay (à droite) en compagnie de ses trois enfants : Maxime, Sara-Maude et Pierre-Luc.

Photo : Avec la gracieuseté de Stéphane Tremblay

J’apprécie que mes fils n’aient pas à courir les mêmes dangers que moi. Ils ont des rôles importants, mais différents. Moi, j’ai fait partie de l’équipe d’exploitation tactique pour les explosifs improvisés. J’ai eu à ouvrir des routes pour m’assurer que mes frères d’armes ne sautent pas sur des bombes, raconte celui qui est aujourd'hui basé à Ottawa, comme G1 du 33e Groupe-brigade du Canada.

Stéphane Tremblay avoue que ses deux missions préférées ont été celles de Kandahar, en Afghanistan, en 2007 et en 2009. On est allés au combat contre les belligérants, on a fait les combats qu’on avait à faire. Oui, quand on est là, les deux pieds dans la poussière et qu’on perd des membres de notre équipe, ce n’est pas évident. Par contre, avec un certain recul, ce sont les missions que j’ai appréciées le plus.

Je ne peux pas vous dire si le Canada a changé quelque chose là-dedans; ce n’est pas mon rôle. Moi, j’ai fait ce pour quoi j’avais été entraîné.

Major Stéphane Tremblay, G1 du 33e Groupe-brigade du Canada

Il y a eu les combats, mais aussi le rôle d’éducation et de mentorat, qu’il a beaucoup valorisé. Stéphane Tremblay a été Casque bleu et a œuvré au sein des Forces alliées.

La major Stéphane Tremblay dans l'écoutille d'un véhicule blindé. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Tremblay a été déployé en Afghanistan à de multiples reprises.

Photo : Avec la gracieuseté de Stéphane Tremblay

Il a entre autres fait partie d’une équipe de cinq soldats canadiens qui ont accompagné 60 soldats afghans au quotidien, pendant plusieurs jours. Il a toujours apprécié ce contact et cette intégration avec les populations locales. Il a côtoyé des enfants pauvres, mais somme toute heureux, à qui il souhaitait de ne pas avoir à vivre ce que leurs parents ont vécu.

Il y avait d’ailleurs parfois des chocs en revenant au pays. C’est sûr que de voir des enfants chez nous se plaindre de ne pas avoir le cellulaire le plus récent, ça exacerbe l’impatience, avoue-t-il.

Et la retraite, il y pense? Bien sûr, admet-il. Mais il va falloir que ça continue à « bouger ». Entre deux missions, des randonnées, des triathlons et des demi-marathons Ironman, Stéphane Tremblay rêve de vivre sur un bateau et de voyager avec sa nouvelle conjointe, Mylène. L’embarcation est déjà commandée.

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