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Montréal envisage une réforme radicale du stationnement

Plus de places payantes, tarification à la demande, bonus-malus… Montréal s'inspire de villes comme Calgary et San Francisco.

Une voiture stationnée.

La ville compte 500 000 places sur rue, dont 90 % sont gratuites. Le reste, c’est 5 % de parcomètres et 4 % de vignettes.

Photo : Radio-Canada/Simon-Marc Charron

Thomas Gerbet

En Belgique, la capitale Bruxelles supprimera 65 000 places de stationnement de ses rues d’ici 2030. Aux Pays-Bas, Amsterdam en retranchera 10 000 d’ici 2025.

À travers le monde, de grandes villes changent radicalement leur gestion du stationnement pour protéger l’environnement, redonner de l’espace aux citoyens et favoriser le transport collectif.

Montréal n’échappe pas à la réflexion.

Trouver une place de stationnement est de plus en plus difficile au centre-ville de la métropole. La Ville évalue que les places sont souvent occupées à plus de 85 %.

Avec le nombre d’automobiles qui augmente, des études évaluent que les gens qui se cherchent une place comptent pour 30 % de la circulation dans les centres-villes congestionnés.

Rendre presque toutes les places de stationnement payantes dans les arrondissements centraux, varier la tarification en fonction de la demande et instaurer un système de bonus-malus selon l’empreinte environnementale des véhicules font partie des mesures envisagées par des élus de l’administration au pouvoir à la ville centre et dans les arrondissements de Projet Montréal.

Le cabinet de Valérie Plante explique que des mesures très ambitieuses [...] vont se poursuivre à la ville-centre et en arrondissement afin d’atteindre la cible de 55 % de réduction des GES d’ici 2030.

Il faut revoir le partage de l’espace public tout en s’assurant d’offrir des alternatives pour les déplacements des Montréalais, tant en transports collectifs qu’actifs, explique le directeur des communications de la mairesse, Youssef Amane.

L’administration souhaite déterminer les mesures les plus efficaces, s’assurer de leur cohérence inter-arrondissements et les partager avec la population pour obtenir son adhésion.

Youssef Amane, directeur des communications de la mairesse de Montréal.

En 2016, l’administration de Denis Coderre a mené une étude pour dresser le portrait du stationnement à Montréal. La ville compte 500 000 places sur rue, dont 90 % sont gratuites. Le reste, c’est 5 % de parcomètres et 4 % de vignettes.

La réalité est différente selon les arrondissements. Dans des secteurs comme Ville-Marie ou le Plateau-Mont-Royal, c’est environ la moitié des places sur rues résidentielles qui sont tarifées (avec les vignettes).

Lecture de plaque et tarification dynamique

La plupart de ces voitures ont pu se stationner gratuitement dans cette rue résidentielle de l'arrondissement Ville-Marie.

La plupart de ces voitures ont pu se stationner gratuitement dans cette rue résidentielle de l'arrondissement Ville-Marie.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

En 2020, un nouveau système de lecture de plaques d'immatriculation devrait se développer dans la gestion du stationnement montréalais.

Des bornes ont déjà commencé à apparaître sur des artères commerciales. Elles permettent d'inscrire le numéro de plaque d'immatriculation comme à Westmount et à Saint-Jean-sur-Richelieu. L'automobiliste peut payer une fois et se déplacer à différents endroits.

Les voitures des agents de stationnement pourraient aussi être munies de caméras qui scannent les plaques d’immatriculation dans les rues résidentielles.

À Calgary, la technologie de lecture de plaque a permis d'adopter une tarification variable selon la demande. C'est une solution envisagée par la Ville et des arrondissements.

San Francisco a fait la même chose et a réussi à obtenir une meilleure rotation des véhicules dans les secteurs à forte demande tout en attirant des utilisateurs dans les secteurs où la demande était faible.

Dès 2013, le conseiller municipal Marvin Rotrand avait milité pour que Montréal adopte la tarification dynamique selon la demande. Les élus avaient voté en faveur de l'idée, mais elle n’a jamais été mise en place.

Bonus-malus

Des VUS stationnés dans une rue du Plateau-Mont-Royal.

Des VUS stationnés dans une rue du Plateau-Mont-Royal.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

La Ville de Montréal envisage d'offrir des rabais de stationnement sur rue aux conducteurs qui effectuent du covoiturage. Dans le même temps, ceux qui conduisent des véhicules polluants comme les VUS pourraient payer plus cher, comme vient d'annoncer le Plateau-Mont-Royal.

La pilule de l'augmentation tarifaire pourrait être plus facile à avaler avec une des possibilités offertes par la technologie, soit d’indiquer les places disponibles sur rue grâce à une application.

Cet objectif avait d’ailleurs été qualifié de prioritaire dans la politique de stationnement de la Ville, rendu public en 2016.

On ignore pour l’instant l’investissement nécessaire pour la technologie. Stationnement de Montréal est déjà engagé depuis quelques mois dans la modernisation de ses 1400 bornes de paiement, un projet de plus de 15 millions de dollars.

En janvier prochain, Stationnement de Montréal reviendra dans le giron de la Ville.

L’organisation, qui relevait de la Chambre de commerce, deviendra une société paramunicipale baptisée Agence de la mobilité durable.

Les élus auront ainsi plus de latitudes pour générer un changement de pratiques et réfléchir au stationnement dans une perspective globale.

La révolution du stationnement divise le parti au pouvoir

La mairesse Plante s'adresse aux journalistes.

La mairesse de Montréal Valérie Plante, entourée du responsable de l'urbanisme et de la mobilité au comité exécutif Eric Alan Caldwell, ainsi que de la mairesse de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le stationnement, c’est « une vache sacrée », explique un haut placé au sein de l'administration. « Il y a des frileux » et d’autres qui « veulent aller de l’avant rapidement ».

On aimerait le faire, dit un représentant d’un arrondissement de Projet Montréal, mais il y a des craintes pour l’impact politique. Ça pourrait se faire progressivement.

Radio-Canada a interrogé une dizaine de sources, du comité exécutif aux élus des arrondissements en passant par des employés municipaux engagés dans ce dossier.

C’est une question sensible, explique une élue d’un autre arrondissement central de Montréal. Mais on a toujours l’intention de le faire, dit-elle.

Outremont a été le premier à aller de l’avant de façon radicale, au mois de mai, en annonçant la tarification de 100 % des stationnements dès 2020.

En quittant la vie politique en mai dernier, l’ex-maire du Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez avait regretté que Montréal n’aille pas assez vite dans la transition écologique. Dans sa lettre de démission, il avait soutenu l’idée de « taxer 100 % du stationnement sur rue et hors rue ».

S’attaquer au stationnement entraîne inévitablement des réactions émotives.

Extrait de la politique de stationnement de la Ville de Montréal, 2016

Voici ce que devrait faire la Ville, selon des experts

La voiture de fonction de la mairesse Valérie Plante, stationnée devant l'Hôtel de Ville.

La voiture de fonction de la mairesse Valérie Plante, stationnée devant l'Hôtel de Ville.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

  • Pierre Barrieau, chargé de cours en planification des transports, à l'Université de Montréal et à l'Université du Québec à Montréal

La situation du stationnement devient de plus en plus problématique à Montréal, constate Pierre Barrieau.

Il est favorable à l'augmentation des tarifs, mais de manière progressive, afin que la population puisse s'adapter.

Pierre Barrieau espère que les revenus générés serviront prioritairement à améliorer la mobilité et les transports collectifs.

  • Brigitte Milord, économiste, Chaire Mobilité, Polytechnique Montréal

« Actuellement, le stationnement est géré coin de rue par coin de rue, alors que ça devrait être pensé à l'échelle métropolitaine », dit Brigitte Milord.

« Les grands afflux de voitures au centre-ville de Montréal, ça vient de la banlieue, rappelle-t-elle. On peut toujours augmenter le tarif, mais si le seul mode de transport possible c'est la voiture, on n'est pas plus avancé. »

Selon Brigitte Milord, la solution à long terme est de mieux outiller les banlieues en leur offrant des options de transport collectif.

  • Christian Savard, directeur général de Vivre en ville

Le meilleur outil pour réguler l’occupation des cases de stationnement sur rue, c’est la tarification, dit Christian Savard.

Ça vaut quelque chose, l’espace, ce serait la moindre des choses de faire payer.

Il milite pour réduire graduellement l’offre de stationnement et privilégie une approche progressive qui laissera à chacun le temps de s’adapter et changer ses habitudes.

  • Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal

90 % de places gratuites à Montréal, ça n’a pas de sens, dit Coralie Deny. Il va falloir que la taxe sur le stationnement s’étende.

Elle croit qu’« il faut faire payer le juste prix » pour « sortir de l’auto solo ». « On n’a pas le choix », ajoute-t-elle. Il faut que les gens comprennent que c’est un espace public privatisé. »

Dans le même temps, le Conseil régional de l’environnement de Montréal pense qu’il faudra présenter les retombées positives de ces mesures possiblement impopulaires. Il faut montrer la plus-value de tout ça : les quartiers seront plus agréables, explique-t-elle. Les gens, collectivement, ils y gagnent.

  • Jean-Philippe Meloche, professeur spécialisé en tarification du transport à l'École d'urbanisme de l'Université de Montréal

La tarification selon l’offre et la demande est une bonne idée, selon lui : « Il faut de la rareté pour que ce soit pertinent. C’est le cas au centre-ville de Montréal. »

Un stationnement payant, c’est un incitatif au covoiturage, dit-il. Il n’y a pas de droit inhérent à la rue devant chez nous [...] Quand on ne peut pas se trouver un stationnement, c'est parce que les prix ne sont pas assez chers.

En revanche, il croit que la politique mise en place par Outremont est très agressive, par rapport aux problèmes qu’il peut y avoir dans l’arrondissement. Ça aurait été beaucoup plus logique dans Ville-Marie.

À lire demain : Montréal montre-t-elle l’exemple?

Avec la collaboration de Daniel Boily

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