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La littérature comme « exercice d’humanité »

Kateri Lemmens au Salon du livre de Rimouski.

Kateri Lemmens est écrivaine et professeure en lettres et création littéraire à l'Université du Québec à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Laurence Gallant

À quoi sert la littérature? Quelle importance peut-elle avoir dans nos vies, et que sait-elle de nous? Ils sont artistes, enseignants, médecins, avocats, ébénistes et réfléchissent à la question dans l’ouvrage collectif Que sait la littérature?, dirigé par le philosophe Normand Baillargeon et la professeure et poète Kateri Lemmens.

La question comme les réponses peuvent se décliner de mille et une façons, probablement parce que la littérature est pertinente pour mille choses, comme l’affirme Kateri Lemmens, professeure en littérature et création littéraire à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

À la lecture de la vingtaine de textes rassemblés dans Que sait la littérature?, on comprend que la littérature peut être tour à tour, et peut-être en même temps, une prise de parole, une rencontre avec l’autre et avec soi, une expérience, un apprentissage, une fuite ou un refuge, un espace de liberté ou un lieu de contemplation.

Une idée commune se dessine pourtant parmi tous ces récits et ces plaidoyers, écrits notamment par Jean Barbe, Louise Lecavalier ou Alexis Martin : la littérature nous apprend à être humain, profondément humain, vraiment humain, résume celle qui a codirigé l’ouvrage.

Anaïs Barbeau-Lavalette partage cet avis, alors qu’elle parle de ses lectures bouleversantes et touchantes qui lui inspirent un désir de vivre de façon absolue : Évidemment ce n’est pas toujours concrètement possible, mais je trouve que ce sont des œuvres qui rendent meilleur : elles rendent entier. Elles offrent un regard tellement juste sur la nature humaine que ça me donne le désir d’être entièrement vivante, avec ce que ça a de dangereux et de puissant et de beau.

La couverture du livre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Que sait la littérature?, un collectif dirigé par Normand Baillargeon et Kateri Lemmens

Photo : Radio-Canada

La littérature permet de s’identifier à un personnage, mais aussi de se mettre dans la peau de l’autre, explique Kateri Lemmens, qui croit que le lecteur peut ainsi développer de l’empathie, sortir de sa posture égocentrée, qui est naturelle, un mode par défaut, et s’ouvrir à l’altérité.

Elle évoque ainsi la pensée de David Foster Wallace : C’est que dans la vie des autres, il se passe aussi des choses, et qu’une part de notre décentrement d’ego, c’est de se dire "OK, ça se peut que ces autres-là vivent des choses qui sont peut-être plus importantes que les miennes".

De ne pas céder au jugement lapidaire, préliminaire, d’aller au-delà de ça, dans une espèce d’attention... C’est ça aussi, la puissance de la littérature.

Kateri Lemmens, professeure et écrivaine

L’amour de la lecture, au-delà de la pédagogie

L’ouvrage collectif convoque également les voix de plusieurs enseignants qui travaillent ou qui ont travaillé à différents cycles. Ils s’interrogent notamment sur la façon dont est abordée la littérature auprès des jeunes, souvent plaquée à une grille pédagogique, faisant abstraction du plaisir de la lecture, dénoncent-ils.

On ne cherche pas à créer une communauté de lecteurs, on ne veut que s’assurer que les élèves lisent, observe notamment Yves Nadon, qui a enseigné aux jeunes du primaire pendant 35 ans.

L’enseignement de la lecture doit devenir ce que celle-ci est à l’extérieur de l’école : vivante, vraie et enrichissante. Pour tous et toutes.

Yves Nadon, dans Que sait la littérature?
Une fillette de trois ans qui lit un livre sur un banc de la bibliothèque.

Le collectif dirigé par Kateri Lemmens et Normand Baillargeon rassemble des voix de tous les milieux autour de la question de la littérature et de son importance, voire de sa nécessité.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

En lisant ses pairs, Kateri Lemmens dit avoir mesuré d’autant plus à quel point, parfois, la pédagogie a remplacé quelque chose qui est beaucoup plus fondamental.

Il y a quelque chose au niveau de l’éducation de la littérature à tous les cycles qui m’a sauté à la figure, à la lecture des textes des profs/enseignants. [...] Je pense profondément qu’il y a d’énormes questions à se poser sur la transmission de l’amour de la lecture.

Pour elle, il s’agit de retourner à cette authenticité du contact qu'il est possible de vivre avec une œuvre.

Il y a soit un étonnement, une terreur, une révélation : tu reçois quelque chose qui t’aide à vivre, qui t’aide à comprendre.

Kateri Lemmens, professeure et écrivaine

Et ces expériences de lecture peuvent ressurgir ensuite dans la vraie vie, et se manifester dans un geste, dans une parole.

Kateri Lemmens et Normand Baillargeon ont d’ailleurs invité Pierre-Luc Landry à s’exprimer sur le sujet, lui qui a enseigné au Collège militaire royal du Canada : Il ouvre de futurs soldats à des réalités qui leur sont complètement étrangères en donnant ses cours de littérature, se ravit Mme Lemmens.

Normand Baillargeon.

Normand Baillargeon

Photo : Radio-Canada / Mathieu Arsenault

Pierre-Luc Landry affirme en outre que la littérature et la création littéraire, remparts contre la barbarie, peuvent participer d’une formation humaniste, morale, éthique, subversive, nuancée, empathique, orientée par la justice sociale et la capacité à imaginer un monde meilleur.

Dans le même sens, l’avocat Frédéric Bérard, dans Que sait la littérature?, se prononce en ces termes : Celui qui brusque l’esprit, ravive le sentiment d’injustice, assure l’indignation. Celui qui joue au visionnaire, pourfend le caractère inique du comportement politique, se veut humaniste. Celui qui procure le rêve, construit la société juste, pulvérise l’arbitraire.

[Milan] Kundera a une phrase à laquelle je pense souvent : "La littérature transforme l’horreur en sagesse existentielle", cite Kateri Lemmens.

Si la littérature est, selon la professeure, aussi pertinente dans le contexte contemporain, c’est qu’elle peut jouer un rôle face à la peur de l’autre. Elle permettrait de garder quelque chose d’ouvert par rapport aux autres, qui est la capacité justement de ne pas se les représenter par clichés, et donc de ne pas les catégoriser, les enfermer et en faire des fonctions anonymes.

Ont également participé au collectif Dominic Champagne, Thomas Hellman, Marjolaine Deschênes, Stéphane Géhami, Marcel Goulet, Brigitte Haentjens, Martha C. Nussbaum, Rodney Saint-Éloi, Yannick Rieu, Luc Papineau, Marc Séguin, Brad Cormier et Ouanessa Younsi.

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